Le PLQ aurait souhaité qu’on impose les revenus des géants du Web récoltés ici.
Le PLQ aurait souhaité qu’on impose les revenus des géants du Web récoltés ici.

Avenir des médias: un rapport qui ouvre des portes

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le gouvernement provincial doit à la fois augmenter ses dépenses publicitaires dans les médias québécois et limiter celles auprès des géants du numérique. C’est ce que recommande le rapport sur l’avenir des médias déposé au parlement. Mais pour des objectifs précis, faudra repasser.

Après avoir entendu 61 personnes ou groupes intéressés l’automne dernier, à Québec, Matane et Rouyn-Noranda, et reçu 87 mémoires sur le sujet, la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale a déposé son rapport de 37 pages sur l’avenir des médias, en fin de journée mardi, dans un relatif anonymat.

Rapport unanime, donc endossé par les quatre partis. Les députés participants caquiste, libéral, solidaire et péquiste ont tenu à souligner la volonté de consensus ayant suivi les travaux l’année durant.

On relève dans le rapport que pendant que les revenus publicitaires chutaient de moitié dans les quotidiens québécois de 2003 à 2017, passant de 507 à 255 millions $, les entreprises américaines «Google et Facebook se partageaient en 2017 les trois quarts (74,3 %) des 6,8 milliards $ auxquels s’élevait le marché de la publicité sur Internet au Canada».

Les pertes d’emplois se sont multipliées au rythme de 7 % par année de 2009 à 2015, tandis qu’on retrouvait 10 % moins de journalistes au Québec en 2016 (3840) qu’en 2006 (4255).

Ces constats mènent la commission à faire 20 recommandations qui s’avèrent surtout des débuts de solutions. On y demande entre autres que le gouvernement «réserve un pourcentage significatif» de ses dépenses publicitaires aux médias d’ici, en plus de limiter «à un pourcentage établi» ses investissements publicitaires chez les géants du web.

Belle occasion ratée

Cette rare unanimité transpartisane ne cachait pas certaines déceptions de part et d’autre.

«Je sens que c’est des maudits bons pansements dont on a absolument besoin dans l’urgence où on se trouve, mais ça va être loin de suffire. Et quand on pense à l’avenir des médias, on pense à l’avenir de la conversation collective des Québécois entre eux, on pense à l’avenir de notre culture», a commenté la représentante de Québec solidaire, Catherine Dorion, sortie de son congé de maternité pour ce dévoilement.

La libérale Isabelle Melançon regrette qu’on soit «en train de rater une belle occasion» de taxer les géants du web que sont Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft (GAFAM).

«Malheureusement, on ne retrouve rien de tout cela à l’intérieur du rapport. Bien sûr qu’on parle des GAFAM, mais on se réfugie derrière le gouvernement fédéral qui, pour moi, est une occasion ratée d’aller chercher des millions et des millions de dollars alors qu’on est en temps de déficit au Québec», affirme Mme Melançon.

Le péquiste Harold LeBel espère «qu’il y aura du concret en bout de ligne. Parce que je me souviendrai toujours des gens qui sont venus nous rencontrer en commission qui voulaient des réponses, qui veulent des réponses, qui veulent garder leurs médias bien vivants dans chacune des régions et sous-régions du Québec, qui veulent des réponses, qui veulent des gestes concrets».

Grande porte ouverte

À la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i), entité dont fait partie Le Soleil et qui chapeaute six journaux quotidiens formés en autant de coopératives, le directeur général Stéphane Lavallée y voit «une belle grande porte ouverte pour aller plus loin sur certains éléments et conserver de bonnes habitudes».

Car à la crise des revenus publicitaires au sein des médias a succédé la crise de la COVID-19, alors que plusieurs entreprises n’avaient juste plus les moyens d’annoncer, nulle part. Ce qui a forcé le gouvernement Legault à tripler son budget publicitaire auprès des médias québécois.

M. Lavallée souhaite maintenant que ces changements drastiques lèguent «des orientations durables».


« Je sens que c’est des maudits bons pansements dont on a absolument besoin dans l’urgence où on se trouve, mais ça va être loin de suffire. Et quand on pense à l’avenir des médias, on pense à l’avenir de la conversation collective des Québécois entre eux, on pense à l’avenir de notre culture »
Catherine Dorion, députée de Québec solidaire

Le maintien du crédit d’impôt de 25 % sur la masse salariale des salles de rédaction et des subventions aux investissements numériques fait partie des recommandations à retenir, selon lui. Tout autant que de favoriser la collaboration entre les médias et soutenir les initiatives d’éducation aux médias auprès de la population.

«Plusieurs constats ont été faits et partagés depuis un bon bout de temps. Personne n’apprendra grand-chose dans ce rapport. C’est vertueux! Mais ce sont des portes ouvertes sur plein d’éléments fondamentaux pour la pérennité des médias. On verra ensuite quelles seront les mesures concrètes prises par le gouvernement et si elles seront maintenues dans le temps», résume M. Lavallée.

CN2i est née l’an passé de la faillite du Groupe Capitales Médias, qui a soumis un mémoire à la commission.

Les agences veulent du concret

Puisque les revenus publicitaires logent au cœur du problème, l’Association des agences de communication créative et le Conseil des directeurs média du Québec souhaitent aussi voir des mesures plus précises mises de l’avant.

«Il faut créer des mesures incitatives pour les entreprises qui achètent du média d’ici, afin de stimuler les investissements et ainsi contribuer à l’objectif du Mouvement média d’ici, soit celui de doubler la part de budgets numériques allant aux médias locaux dans les trois prochaines années. Cette mesure injecterait plus de 200 millions $ annuellement aux médias», a déclaré par communiqué la présidente-directrice générale de l’Association des agences de communication créative, Dominique Villeneuve.