M. Lisée croit que la réputation des médecins est «en lambeaux» à l’heure actuelle. «Il y a de plus en plus de médecins qui sont mal à l’aise. C’est dans l’intérêt des médecins que ce contrat-là ne se réalise pas.»

Aux médecins spécialistes de renoncer à l’argent, disent le PQ et QS

Le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) demandent aux médecins spécialistes de renoncer à l’argent que le gouvernement est prêt à leur consentir.

«Vous mêmes, dites-le à votre fédération que ça n’a pas de sens. Vous êtes dans les hôpitaux, vous êtes dans les soins. Vous voyez l’argent qui manque partout autour de vous. Vous voyez bien que ça n’a pas de sens», a plaidé le chef du PQ Jean-François Lisée mercredi.

Les augmentations futures et le rattrapage salarial consenti aux spécialistes atteindraient environ 1 milliard $, un chiffre qui reste à être validé lorsque l’entente sera rendue publique. 

M. Lisée croit que la réputation des médecins est «en lambeaux» à l’heure actuelle. «Il y a de plus en plus de médecins qui sont mal à l’aise. C’est dans l’intérêt des médecins que ce contrat-là ne se réalise pas.»

Selon lui, la prochaine campagne électorale pourrait être teintée par cet enjeu. «Je crois qu’il faut créer une situation politique, où les médecins eux-mêmes se rendent compte que c’est intenable.»

Retourner son chèque

Le député de QS Amir Khadir, qui est lui-même médecin, a annoncé mercredi qu’il allait retourner l’argent que le gouvernement lui enverra en guise de rattrapage salarial. «Je m’engage à retourner ce chèque-là.»

Le député veut ainsi créer un mouvement de médecins spécialistes contre la hausse salariale, qui sont prêts à bloquer la décision du gouvernement de Philippe Couillard. 

À la CAQ, on ne demande pas aux médecins de renoncer à leur argent, mais le député François Paradis constate que certains d’entre eux préféreraient avoir une qualité de pratique plutôt que des bonus. «Je dis aux médecins de se questionner sur ce qu’ils souhaitent. Je ne leur mettrai pas de réponse dans la bouche, ils vont faire l’analyse, ils sont intelligents.»

Si elle accède au pouvoir, la CAQ rouvrirait l’entente afin de s’assurer que la rémunération des spécialistes ne dépasse pas celle des autres provinces. «Nous, on ouvre et on discute», soutient M. Paradis. 

Cette entente avec les spécialistes a une fois de plus créé beaucoup d’effervescence à l’Assemblée nationale mercredi. MM. Lisée et Couillard ont tour à tour accusé François Legault d’avoir été le premier à promettre un rattrapage salarial aux médecins. 

Le premier ministre Couillard a défendu l’entente toute la journée, en demandant aux Québécois d’attendre de connaître tous les détails avant de la juger. «C’est une excellente entente pour les citoyens», plaide-t-il. 

M. Couillard a expliqué que la hausse salariale des spécialistes, sur 8 ans, serait de 1,4% par année, ce qui est moins que ce qui a été donné à certains employés du secteur public. 

Le président du Conseil du Trésor Pierre Arcand a expliqué que les fonctionnaires étaient en train de mettre la dernière touche aux ententes, qui doivent encore être ratifiées avant d’être rendues publiques. Il a toutefois demandé que le processus soit accéléré. «À tous les jours, il y a des chiffres qui sortent à gauche et à droite et qui ne sont pas exacts», déplore-t-il. 

Alors qu’elle était de passage à l’Assemblée nationale, Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), a elle aussi critiqué l’entente survenue entre le gouvernement et les spécialistes. 

Elle a soutenu qu’il s’agissait d’«encore beaucoup, beaucoup d’argent pour les médecins», des fonds qui ne servent pas à donner plus de «soins de qualité et sécuritaires aux patients».