Au-delà des différends politiques pour la mémoire de Jean Lapierre

Famille, amis, collègues et politiciens de toutes les allégeances sont venus dire «adieu adieu» au commentateur et ex-politicien Jean Lapierre, décédé tragiquement le 29 mars dans un accident d'avion avec sa femme, Nicole Beaulieu.
Une semaine après une première cérémonie aux Îles-de-la-Madeleine, les proches du couple Lapierre-Beaulieu ont pu les saluer une dernière fois, samedi, à l'église Saint-Viateur d'Outremont, lors d'une messe présidée par l'archevêque de Montréal, Christian Lépine.
Très émus, la fille de Jean Lapierre, Marie-Anne, et son fils, Jean-Michel, ont rappelé les grandes qualités de leur père, soulignant «qu'ils étaient tellement fiers d'être ses enfants».
«Le 29 mars dernier, une grande partie de nous-mêmes a été emportée par le vent des Îles. Mais papa, cet amour inconditionnel que nous partageons, lui, il n'y a pas de vent assez fort pour nous l'enlever», a affirmé Marie-Anne Lapierre, en sanglotant.
Ses enfants ont également tenu à rendre hommage à leur belle-mère Nicole Beaulieu qui, pendant 27 ans, a formé un couple avec leur père.
Le frère et la soeur de Mme Beaulieu, Pierre et Martine, ont d'ailleurs livré hommage empreint d'émotion à celle qui a été criminologue dans une autre vie. Pierre Beaulieu a rappelé les racines saguenéennes de sa soeur, et son talent de cuisinière qui «aurait fait envier Thérèse», dans l'émission La Petite vie.
L'amour «indéfectible» du couple Lapierre-Beaulieu a également été évoqué par Paul Houde, qui a d'ailleurs dit imaginer le chroniqueur, écoutant la cérémonie avec son «calepin noir» pour écrire une chronique sur le sujet.
«Quelle formidable chronique ça aurait fait!», a renchéri l'animateur Paul Arcand, ajoutant qu'il le verrait bien «passer d'un premier ministre à l'autre» pour discuter avec eux.
C'est qu'il y avait plusieurs premiers ministres et anciens premiers ministres à l'église. Les ex-premiers ministres canadiens John Turner, Brian Mulroney et Paul Martin y étaient, en plus des anciens premiers ministres québécois Lucien Bouchard, Bernard Landry et Jean Charest.
Les premiers ministres actuels du Canada et du Québec, Justin Trudeau et Philippe Couillard, ainsi que les chefs actuels de l'opposition à Ottawa et à Québec s'étaient également déplacés.
Sur le parvis de l'église, tous ont salué un chroniqueur influent, qui leur donnait parfois du fil à retordre, mais qui, dans plusieurs cas, est devenu un conseiller - et même un ami, a témoigné Brian Mulroney, qui avait dû répondre à ses difficiles questions dans les années 1980.
«Moi je l'ai connu il y a 33 ans, quand il était jeune député libéral dans la Chambre des communes, (il était) dans le "Rat Pack" à ce moment-là. Il était vigoureux, fringant et très habile (...) On est devenus des amis, ultimement», a-t-il dit en rigolant.
Hommages politiques
La dernière partie de la cérémonie a d'ailleurs été réservée à la politique. Ses anciens collègues - ou sujets de chronique -, les ex-premiers ministres Paul Martin et Lucien Bouchard, ont pris la parole, rappelant sa «passion pour le Québec et le Canada».
«Il était un conseiller pour plusieurs, pour les plus jeunes, mais aussi pour les plus vieux comme moi», a témoigné l'ex-premier ministre canadien Paul Martin, qui a terminé son discours par le «salut salut» si cher à M. Lapierre. «L'écho de ta voix me manque déjà», a-t-il conclu.
Dans une longue allocution ponctuée d'anecdotes, Lucien Bouchard a souligné que Jean Lapierre «respectait les politiciens» et qu'il contribuait à «humaniser la politique» en exposant les motivations découlant des décisions politiques.
Il s'est souvenu de ses appels téléphoniques, qui commençaient invariablement par: «J'en ai une bonne pour toi». Mais il avait souvent de la difficulté à raconter ses histoires parce qu'il «s'étouffait de rire avant», a raillé l'ancien premier ministre du Québec.
Avec une touche d'humour, M. Bouchard a donné un conseil à saint Pierre: cacher les ondes pour ne pas que M. Lapierre s'en empare et tente ainsi de parler des «rares politiciens admis là-haut». «Imaginez les cotes d'écoute!», a-t-il ajouté.
Des dizaines de personnes du public ont assisté à la cérémonie sur la pelouse de l'église, malgré un important périmètre policier érigé autour. L'église était pleine à craquer; plus de 600 personnes étaient à l'intérieur lors de la cérémonie.
Ce qu'ils ont dit
«C'est un homme extraordinaire. On ne peut pas se détacher de la peine incroyable de cette famille. Pour moi, Jean était un homme de sagesse et de passion. On a eu plusieurs conversations, en ondes et en privé, sur la politique. Tout le monde cherchait toujours à savoir ce que M. Lapierre avait dit [dans sa chronique du matin].» - Justin Trudeau, premier ministre du Canada
«Nous sommes dans son quartier [Outremont]. Il avait une grande profondeur, une double expérience, celle de la politique et du journalisme, ce qui est rare. J'ai déjà dit qu'il donnait souvent le ton de la journée. On l'écoutait beaucoup. Il y avait souvent des critiques sévères dans ce qu'il disait, mais aussi des conseils qui étaient parfois bien entendus.» - Philippe Couillard, premier ministre du Québec
«Il était un grand joueur dans les médias et la politique. Je l'ai connu il y a 33 ans quand il était un jeune député libéral à la Chambre des communes. Il était vigoureux et très habile. Travaillant comme toujours. On est devenus des amis, ultimement. C'est un gars particulièrement vaillant, qui voyait toujours à l'avancement de ses ambitions et de ses positions.» - Brian Mulroney, ex-premier ministre du Canada
«Jean Lapierre et Nicole étaient de grands amis. Je connais Jean depuis qu'il était très jeune député à Shefford et on jouait au golf ensemble et on se racontait des blagues. Il m'a aidé grandement dans tout ce qu'il a fait.» - Paul Martin, ancien premier ministre du Canada
«J'ai eu le plaisir de connaître de M. Lapierre parce qu'il était un voisin de circonscription en 1984. Un rival, un adversaire. Quelqu'un que j'ai revu dans les médias et que j'ai appris à mieux connaître et que j'ai même consulté. C'est un personnage unique qu'on ne reverra pas dans notre génération. Il s'est construit une place tout à fait exceptionnelle.» - Jean Charest, ancien premier ministre québécois
«C'est un homme qui n'a jamais ménagé les efforts. C'est un homme qui aimait son métier. Un homme de famille. Nous sommes ici pour les accompagner dans cette immense tragédie. Il faisait un travail remarquable avec ses collègues.» - Pierre Karl Péladeau, chef du Parti québécois
«Jean Lapierre était un ami de tous les gens qui étaient ici. Il avait un don particulier pour expliquer les choses, même compliquées pour que tout le monde puisse comprendre. Il nous manque déjà et cela va continuer.» - Thomas Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique
«C'est un homme qui a beaucoup donné à la vie publique comme membre du Parlement et par la suite comme commentateur politique. C'est un homme qui était capable d'humaniser et vulgariser la politique. C'est important d'avoir quelqu'un comme cela parce qu'il y a tellement de cynisme dans notre société. Je suis ici pour lui dire merci. Je m'ennuie de lui.» - Bernard Drainville, député péquiste
«C'est une célébration de la vie, celle de Jean et Nicole, et de sa famille également. Ceux qui sont ici encore avec nous. C'est une célébration de la vie, parce que Jean était un amoureux de la vie, Nicole aussi.» - L'animateur Paul Houde, également ami de Jean Lapierre
«Ce n'était pas un ami, mais une connaissance politique. Il me faisait fâcher de temps à autre quand [il commentait] mes affaires, mais en dehors de cela, c'était un espèce de marchand de bonheur. Rares sont les individus qui créent du bonheur dans nos vie avec un contact assez simple.» - Régis Labeaume, maire de Québec