La société d'exploration Pétrolia planifiait trois forages sur l'île d'Anticosti en 2017.

Anticosti: «compensation» de 20,5 M$ pour Pétrolia

Le ministère des Ressources naturelles du Québec versera 20,5 millions $ à la firme Pétrolia à titre de «compensation» pour les travaux d'exploration d'hydrocarbures effectués à l'île d'Anticosti, travaux arrêtés en permanence à la suite au décret annoncé le 28 juillet par l'État québécois.
Cette somme s'ajoute aux 41,4 millions $ déjà versés par ce gouvernement à trois partenaires de Pétrolia, à savoir Junex, qui a reçu 5,5 millions $, la firme française Maurel & Prom, bénéficiaire de 16,2 millions $, et Corridor Resources, qui reçoit autour de 19,7 millions $.
Dans un communiqué, le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand dit que la somme versée à Pétrolia «repose sur des considérations d'intérêt public et non sur un manquement quelconque par Pétrolia aux normes élevées de qualité et de conformité préconisées pour de tels travaux».
Le porte-parole du ministre, Julien Marcotte, note que la détermination du montant s'appuie «sur des négociations» et qu'il n'en connaît «pas les calculs», mais qu'ils ont été basés «sur les mêmes paramètres que Maurel & Prom».
M. Marcotte ne peut dire si la référence à «un manquement quelconque par Pétrolia aux normes élevées de qualité et de conformité» explique le montant moins élevé que ce à quoi la direction de la compagnie s'attendait. 
Le ministre déclare de plus que «nous allons demander que nous soit présenté par HASEC (Hydrocarbures Anticosti, société en commandite) un programme de fermeture des puits qui devra être exécuté rapidement et dans le respect des lois et des règlements en vigueur».
«Temps de tourner la page»
Pétrolia refuse de commenter l'entente de principe. «Bien que nous soyons déçus de l'abandon de ce projet, et que nous soyons toujours convaincus, encore plus qu'en 2014, du potentiel du projet Anticosti, il est temps de tourner la page. Le projet de fusion en cours avec Pieridae, ainsi que le projet Bourque, nous permettent de nous tourner vers l'avenir» indique par communiqué son président par intérim Martin Bélanger.
Il reste un partenaire de la société en commandite Hydrocarbures Anticosti à indemniser, soit Trans American. Pétrolia était maître d'oeuvre des travaux.
À ces 62 millions $ versés aux partenaires d'Hydrocarbures Anticosti, l'État québécois a aussi injecté 30 millions $ dans la recherche de pétrole et de gaz sur l'île. Cette quête a pris du plomb dans l'aile en décembre 2015 quand le premier ministre Philippe Couillard a déclaré qu'il était défavorable à cette exploration en raison de la richesse de la nature d'Anticosti.
Pas un seul baril de pétrole n'en est sorti pendant les travaux des dernières années. Le décret québécois du 28 juillet vise notamment à faciliter les efforts visant à faire reconnaître Anticosti comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Québec «aurait dû attendre»
Pascal Bergeron, président du groupe gaspésien Environnement vert-plus croit que l'État québécois aurait dû attendre que les tribunaux tranchent l'action initiée par les Innus, visant à prouver que Québec et Ottawa ont failli à leur responsabilité de consulter les autochtones avant d'accorder des permis d'exploration sur l'île d'Anticosti.
«Il est possible que la valeur des permis tombe à zéro. Le gouvernement aurait pu épargner des dizaines de millions $. On avait écrit au ministre des Finances Carlos Leitão à ce sujet [...] Il ne nous a jamais répondu. Malheureusement, cet argent va servir à faire tourner la compagnie au seul endroit où elle a encore des projets, la Gaspésie, où il y a de la fracturation à venir», déplore M. Bergeron.
Finalement, il trouve aberrant que les derniers gouvernements du Québec soient restés imperméables pendant des années aux conseils du docteur Marc Durand, géologue à la retraite, «qui dit que le pétrole à Anticosti était trop loin, que l'île était trop isolée pour que ce soit rentable un jour».
Pascal Bergeron assiste depuis mardi un groupe de manifestants ayant bloqué lundi l'accès aux puits de la firme Junex, trois jours après l'annonce du versement de 5,5 millions $ à cette firme explorant l'emplacement Galt, près de Gaspé. «Les policiers sont ici et la Sûreté du Québec a survolé les lieux. Je pense qu'ils s'apprêtent à faire une opération.» Des pourparlers avec les Micmacs pourraient toutefois changer le cours des événements.
Christian Simard, directeur de Nature Québec, note de son côté que «nous sommes bien heureux que cette saga soit derrière nous, mais il est navrant de constater que le mirage pétrolier est le seul projet sur Anticosti dans lequel le gouvernement du Québec a investi ces dernières décennies. La municipalité a absolument besoin de soutien pour des projets durables».