Le ciment et les pales éoliennes sortant de la Gaspésie doivent faire une longue et coûteuse portion de leur trajet par camion, avant d’être transbordés sur des wagons à New Richmond.

Annonces de 28 M$: Pierre Moreau mélange le neuf et le vieux

PORT-DANIEL — Le ministre responsable de la Gaspésie, Pierre Moreau, a mêlé du vieux et du neuf jeudi à Port-Daniel en annonçant une aide de 12,5 millions $ en cinq ans pour la Société du chemin de fer de la Gaspésie, une mesure contenue dans le budget du 27 mars, et une somme de 15,5 millions $ pour des études et l’entretien du tronçon ferroviaire de la région.

Ces 15,5 millions $ sont aussi du vieux jusqu’à un certain point puisqu’ils sont pigés dans les 100 millions $ annoncés le 5 mai 2017 par le premier ministre Philippe Couillard. Il s’agit du premier montant majeur venant de cette enveloppe.

M. Moreau s’est défendu de faire une annonce électorale, à quelques jours du déclenchement de la campagne, disant que «le gouvernement avance».

Il a indiqué que le tronçon ferroviaire Matapédia-Gaspé bénéficiera d’une «accélération des travaux» au cours des prochaines années, en raison de l’émergence de forts besoins de deux firmes, Ciment McInnis de Port-Daniel et le fabricant de pales éoliennes LM Wind Power, de Gaspé.

Cynthia Patterson, de Dignité rurale, qui défend le dossier ferroviaire depuis 33 ans en Gaspésie, a apostrophé le ministre Moreau, «déçue qu’il n’y ait pas plus de place pour le train de passagers […] Vous n’en avez parlé qu’en une demi-phrase».

Le ministre Moreau a indiqué que les exigences pour faire rouler un train de passagers étaient plus grandes que celles d’un train de marchandises et qu’il «fallait penser à la sécurité d’abord et avant tout. Il faut faire des études».

Cynthia Patterson a plus tard souligné que le gouvernement Couillard venait de passer quatre ans sans investir dans l’infrastructure ferroviaire. «Ils sont forts en paroles, mais à court d’action. Ils auraient pu travailler sur la voie ferrée depuis quatre ans. Les besoins sont là, avec les pales, le ciment et le service passagers, mais rien n’a bougé depuis quatre ans, excepté leurs lèvres. Combien d’études faudra-t-il? Il y en a eu plusieurs depuis 10 ans. L’attente a créé une spirale inflationniste des coûts de réfection».

Le tronçon a été mis en dormance sur 61 % de sa longueur par le gouvernement Couillard en 2015, année d’acquisition de ce tronçon par ce gouvernement, pour 4 millions $, montant de ses créances. L’ex-propriétaire, la Société du chemin de fer de la Gaspésie, sous contrôle municipal, en est resté l’exploitant. La mise en dormance de l’axe Caplan-Gaspé force d’ailleurs Ciment McInnis et LM Wind Power à transporter leurs produits par camion jusqu’à New Richmond, à grands frais.

Le ministre Moreau a refusé de prédire quand la voie ferrée sera réparée de Caplan à Port-Daniel, et encore moins entre Port-Daniel et Gaspé, où seulement des études sont prévues d’ici un an. Le maire de Gaspé, Daniel Côté, dit encore espérer le retour du train en 2022.

Lelièvre inquiet

Le député indépendant de Gaspé, Gaétan Lelièvre, est bien plus inquiet. «J’accroche sur l’absence d’échéance et la lenteur de réalisation des travaux. Je salue le courage de M. Moreau de venir faire une annonce avec aussi peu de développement. C’est extrêmement décevant de voir qu’un dossier de cette importance est orphelin. Ça démontre le manque de volonté politique de ce gouvernement de régler la question du rail en Gaspésie», aborde-t-il.

«Il est déplorable que le ministre des Transports André Fortin ne soit jamais venu en Gaspésie pour le dossier de transport le plus important du côté sud de la péninsule. Ce qui m’inquiète aussi, c’est qu’on ne parle pas du retour du train à Gaspé.»