En plus d’une enquête sur les allégations d’inconduite sexuelle, le député Yves St-Denis est aussi sur la sellette pour avoir fait l’objet de plus d’une plainte pour des excès de colère envers des employés politiques du gouvernement.

Allégations contre Yves St-Denis: des questions sans réponse, dit l'opposition

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale s’interrogent sur le délai ayant couru entre le moment où une plainte a été déposée auprès du gouvernement et celui où le député Yves St-Denis a décidé de se retirer du caucus, mardi matin.

Le député d’Argenteuil a pris cette décision alors que des allégations d’inconduite sexuelle et de comportements inappropriés pèsent contre lui. Celles-ci ont été rendues publiques mardi matin.

Or, pour les partis d’opposition, des questions sans réponse demeurent sur le temps pris par la whip du gouvernement pour traiter la plainte et intervenir auprès du député. 

«Qu’est-ce que savait le bureau du premier ministre? Pourquoi ils n’ont pas agi avant? Pourquoi il n’a pas été suspendu pendant l’enquête? Ce sont des questions qu’on se pose aujourd’hui», a questionné le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.   

Selon Cogeco Nouvelles, Yves St-Denis aurait envoyé une photographie sexuellement explicite à une employée, quelque temps avant les élections de 2014. 

Au journaliste, M. St-Denis a reconnu les faits, mais il a plaidé qu’il s’agissait d’une blague et que son interlocutrice était consentante. Il a aussi laissé savoir que ce n’était pas lui sur la photo, mais qu’il avait plutôt pris un cliché d’un film pornographique à la télévision. 

Celle qui a reçu la photo n’a toutefois pas apprécié le geste. Elle a finalement déposé une plainte au bureau de la whip du gouvernement au mois de décembre dernier.  

«Le 1er décembre, la plaignante a fait un appel à mon bureau. À ce moment-là, je lui ai conseillé fortement de porter plainte. Je l’ai guidé à utiliser la politique de harcèlement de l’Assemblée nationale», a brièvement commenté la whip du gouvernement, Nicole Ménard. 

En plus d’une enquête sur les allégations d’inconduite sexuelle, M. St-Denis est aussi sur la sellette pour avoir fait l’objet de plus d’une plainte pour des excès de colère envers des employés politiques du gouvernement, rapporte Cogeco.  

Le premier ministre Philippe Couillard a confirmé qu’une enquête interne avait été déclenchée pour faire la lumière sur les comportements du député. «Il y a des vérifications à faire. Ce n’est pas le genre de comportement qu’on veut voir chez nos élus», a commenté M. Couillard.

Celui-ci a dit que la candidature du député pour les libéraux dans la circonscription d’Argenteuil était rendue difficile, maintenant que les allégations sont publiques. Yves St-Denis devait normalement voir sa candidature officialisée le 29 avril, or le Parti libéral a retiré l’annonce de celle-ci de son site Internet. 

À la sortie du caucus, Raymond Bernier, le député libéral de Montmorency, a avancé que son collègue avait pris la bonne décision de quitter. «J’ai de la misère à concevoir que quelqu’un qui veut faire de la politique n’est pas conscient des impacts des gestes qu’il va poser. Tu vis dans une cage de verre. Aujourd’hui, tout ce que tu fais, tout est scruté», a-t-il confié. 

Le Soleil a tenté de joindre le député, mais son attachée de presse a indiqué que M. St-Denis n’accorderait aucune entrevue. 

«Un colon»

La députée de la Coalition avenir Québec Nathalie Roy était révoltée par les actions alléguées au député d’Argenteuil. Un «mononcle macho», a-t-elle dit au sujet de M. St-Denis. «Un colon», a plutôt utilisé son collègue François Bonnardel. 

«De savoir qui est sur la photo porno n’a pas d’importance. Ça ne se fait juste pas», s’est insurgé Mme Roy. 

La députée solidaire Manon Massé a révélé les tensions qui existaient entre des membres de son parti et le député. Elle a raconté que son collègue Amir Khadir aurait déjà interpellé la présidence pour dénoncer le comportement de M. St-Denis, qui «regardait de façon un peu bourrue» Françoise David et Manon Massé lorsqu’elles posaient des questions en Chambre, selon cette dernière. 

Ce n’est pas la première fois que le député d’Argenteuil se trouve dans l’eau chaude. Avant d’être élu, en 2014, M. St-Denis avait demandé à être remboursé pour des déplacements pour des journées de golf et des factures de téléphonie cellulaire dépassant le forfait habituel. 

En novembre 2014, Yves St-Denis avait aussi été forcé par le Parti libéral à rendre du matériel informatique qu’il conservait chez lui et qui appartenait à son ex-employeur.  

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UN ADJOINT PARLEMENTAIRE BROUILLON

Le député désormais indépendant Yves St-Denis bâclait-il son travail? Il était pour le moins brouillon, semble-t-il.

Avant d’être forcé de se retirer du caucus gouvernemental, mardi, l’élu de la circonscription d’Argenteuil était adjoint parlementaire de la ministre responsable du Travail, Dominique Vien.

Il a occupé cette fonction du 3 février 2016 jusqu’à mardi matin, soit pendant plus de deux ans. Cette fonction offre des émoluments plus importants que la seule indemnité de base des députés de l’Assemblée nationale.

Or, Yves St-Denis aurait très rapidement démontré qu’il était incapable de remplir convenablement ses mandats d’adjoint parlementaire. À tel point qu’il a fini par être écarté non seulement d’une mission spécifique confiée par la ministre du Travail, Dominique Vien, mais de toute tâche utile liée à la refonte de la loi sur les normes du travail, selon des informations du Soleil.

M. St-Denis n’aurait finalement que porté le titre d’adjoint parlementaire, dit-on à l’interne. On aurait même dû reprendre le travail qui lui avait été confié relativement aux travailleurs étrangers. Mardi, le cabinet de la ministre Vien s’est borné à dire qu’il ne commentait pas ces informations.

Le titre d’adjoint parlementaire s’accompagne d’une indemnité supplémentaire de près de 19 000 $ par année. Celle-ci s’ajoute au salaire de base des députés, qui s’élève à près de 94 000 $.

Le député St-Denis n’a pas retourné les appels du Soleil. Jean-Marc Salvet