Justin Trudeau a participé à une conférence de presse en compagnie du premier ministre italien Paolo Gentiloni, le 21 avril à Ottawa.

ALENA: Trudeau garde le cap malgré Trump

Donald Trump a beau avoir haussé le ton envers le Canada, le premier ministre Justin Trudeau ne modifiera pas sa stratégie.
Lors d'un point de presse en compagnie du premier ministre italien, Paolo Gentiloni, M. Trudeau a affirmé vendredi qu'il continuera de défendre les intérêts commerciaux canadiens «de façon respectueuse et collaborative».
«Évidemment entre pays amis et alliés [...], il va y avoir des enjeux qui vont être soulevés de temps en temps qui vont exiger un peu plus de discussion et de négociation», a reconnu Justin Trudeau.
«Mais nous allons toujours approcher ces enjeux-là avec des arguments ancrés dans les faits, avec une défense de nos intérêts toujours faite de façon respectueuse et collaborative. C'est ce à quoi les Canadiens s'attendent de leur premier ministre», a-t-il ajouté.
Le président américain a accusé le Canada jeudi de profiter des États-Unis dans le domaine des produits laitiers, du bois d'oeuvre et de l'énergie. Il s'agissait de son attaque la plus virulente jusqu'ici.
«Nous ne pouvons pas laisser le Canada ou qui que ce soit d'autre profiter de la situation et faire ce qu'il a fait à nos travailleurs et à nos fermiers», a lancé M. Trump dans le bureau ovale.
«Nous devrons nous asseoir à la table des négociations avec le Canada très, très rapidement», a-t-il ajouté.
Justin Trudeau a dit vendredi qu'il allait continuer de soutenir les agriculteurs. «Il n'y a pas un pays dans le monde qui n'appuie pas ses agriculteurs de différentes façons et l'approche qu'on a ici au Canada est bonne pour nos agriculteurs et je vais continuer de défendre la gestion de l'offre», a-t-il affirmé.
Le premier ministre italien en visite à Ottawa a vanté l'accord commercial entre le Canada et l'Union européenne, qu'il voit comme une façon d'effacer les divisions sur le libre-échange.
Lors de leur rencontre, les deux leaders ont également discuté du prochain sommet du G7 qui se déroulera en Italie à la fin du mois de mai, de changements climatiques et d'égalité homme-femme.
Offensive canadienne
Les ministres du gouvernement Trudeau multiplient les voyages aux États-Unis depuis l'élection du président Trump pour souligner l'apport du Canada à l'économie américaine.
Le ministre des Transports, Marc Garneau, revient d'ailleurs vendredi d'un court séjour en Floride, où il a rencontré le gouverneur de cet État, Rick Scott, l'ex-gouverneur Jeb Bush et Charlie Crist, membre de la Chambre des représentants.
Cette opération séduction vise à sensibiliser ces acteurs politiques aux conséquences négatives que pourraient avoir chez eux le décret présidentiel «Achetez américain, embauchez américain» signé mardi et l'imposition éventuelle d'une taxe frontalière sur les importations.
«C'est important que tout le monde comprenne qu'il y a des enjeux qui vont bien au-delà d'une politique établie à Washington et que ça va avoir un effet sur l'étendue du territoire américain», a expliqué Marc Garneau.
Il a ajouté que sur les 50 États américains, 35 exportent principalement au Canada et que plus de 300 entreprises canadiennes en Floride créent des dizaines de milliers d'emplois directs.
«Toutes les personnes que j'ai rencontrées comprennent extrêmement bien l'importance de la relation entre le Canada et l'État de la Floride, a relaté Marc Garneau. C'est bien sûr à eux de décider comment ils vont utiliser cette information-là, mais j'ai trouvé beaucoup d'oreilles sympathiques.»
D'autres ministres du gouvernement Trudeau ont voyagé aux États-Unis cette semaine. C'est le cas de la ministre de l'Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, qui était en Californie jeudi, et de Bill Morneau, qui participait à la rencontre des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales des pays du G20 à Washington.
Il faudra s'habituer aux sorties virulentes, dit Bachand
Il faudra se faire à l'idée de voir le président américain Donald Trump et d'autres membres de son administration y aller de déclarations virulentes à l'endroit du Canada, estime le conseiller spécial du gouvernement québécois dans le dossier de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), Raymond Bachand.
À son avis, il ne s'agit que d'un «jeu de négociations» étant donné que les discussions entre les deux pays à propos de l'accord commercial n'ont pas encore débuté.
«Il faut s'habituer à voir un certain nombre d'élus américains y aller de déclarations qui peuvent surprendre parce qu'ils font de la politique et qu'ils ne sont pas nécessairement à la table de négociations», a expliqué M.  Bachand, vendredi, en marge de l'assemblée annuelle de la Banque Nationale, où il était présent en tant que membre du conseil d'administration.
Au cours d'un entretien avec La Presse canadienne, l'ex-ministre québécois des Finances a rappelé que le Congrès n'avait pas encore officiellement nommé le négociateur en chef dans ce dossier et que l'avis formel qui doit lancer le processus de 90 jours avant le début des négociations n'avait toujours pas été déposé.
«Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un long processus», a souligné M. Bachand, également conseiller stratégique au sein du cabinet Norton Rose Fulbright.
Ton différent
Le ton du président Trump à l'endroit du Canada a considérablement changé au cours de la semaine dans le cadre de deux sorties distinctes.
Mardi, dans l'État du Wisconsin, le président américain a d'abord critiqué l'industrie laitière canadienne, puis, jeudi, dans son attaque la plus virulente jusqu'ici, il a accusé le Canada de profiter des États-Unis dans le domaine des produits laitiers, du bois d'oeuvre et de l'énergie.
«Cela fait partie du jeu des négociations, a dit M. Bachand. Le Wisconsin est un État pivot pour les républicains. Du moment où l'on décide de rouvrir un accord commercial, les lobbys s'activent.»
Qualifiant les Américains de «bons négociateurs», le conseiller spécial du gouvernement québécois a estimé que ces sorties n'étaient qu'une stratégie dans le but de faire monter la pression sur le Canada avant le début des négociations.