Aide aux médias: Legault se défend de créer deux classes de journalistes

Le premier ministre François Legault s'est défendu jeudi de créer deux catégories de journalistes, ceux ayant droit au soutien financier de l'État et les autres.

Il commentait le plan d'aide financière annoncé la veille par deux de ses ministres, Éric Girard, aux Finances, et Nathalie Roy, à la Culture et aux Communications, visant à offrir à certains médias diverses mesures dont un crédit d'impôt de 35 pour cent sur la masse salariale des journalistes et autres employés des salles de rédaction.

Le programme est cependant réservé aux médias écrits, quotidiens et hebdos, de même qu'aux médias web comme La Presse ou le Huffington Post.

En sont donc exclus les médias électroniques, radios et télévisions, et les agences de presse, nommément La Presse canadienne.

Interpellé jeudi matin par la presse parlementaire, le premier ministre a justifié le choix du gouvernement en faisant valoir que, selon lui, la crise qui secoue présentement le monde des médias affectait davantage les médias écrits.

«On a une crise dans les médias écrits qui est plus urgente», a dit M. Legault, faisant référence au Groupe Capitale Médias, présentement sous respirateur artificiel et dont les six quotidiens sont à la recherche d'un acquéreur à très court terme.

Questionné à savoir s'il allait tenir compte du fait que la crise frappait tous les médias, il n'a pas rejeté l'idée d'adopter des mesures universelles, destinées à toutes les entreprises de presse, dans un deuxième temps.

«On ne l'exclut pas», s'est contenté de dire le premier ministre.

Il a rappelé qu'une commission parlementaire s'était penchée dernièrement sur l'avenir des médias, qu'elle remettrait son rapport et que ce dernier serait analysé par la ministre Nathalie Roy.

«Il faut s'assurer que notre démocratie est en santé et ça passe par les médias», a-t-il ajouté, tout en disant vouloir respecter «la capacité de payer des Québécois».

Il s'est dit «très conscient» des «défis importants» rencontrés par les médias électroniques.

Dans une déclaration écrite, le président de Québecor, propriétaire de TVA, Pierre Karl Péladeau, a jugé que «le crédit d'impôt, tel qu'établi actuellement, crée une discrimination envers les journalistes de la télévision».

Québec calcule que quelque 200 médias auraient droit de se prévaloir du crédit d'impôt annoncé, dont pourraient bénéficier, au total, 1200 employés des entreprises de presse.

Le programme vise surtout à compenser l'exode des revenus publicitaires des journaux, au profit des géants américains du web que sont Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA).

En mêlée de presse, le ministre des Finances, Éric Girard, s'est défendu lui aussi d'adopter une approche ayant pour effet de créer une hiérarchie arbitraire entre journalistes des différents types de médias.

Mais il a insisté pour dire qu'il fallait aider les journaux, pour privilégier «l'information de qualité».

«Les médias écrits sont la source de l'information générale de qualité dans notre démocratie», a-t-il soutenu, tout en niant «dénigrer le travail des autres» médias.