Gaétan Barrette

Affaire Yves Bolduc: Barrette pourfend Castonguay

L'affaire Bolduc a viré à la foire d'empoigne, mercredi, entre le ministre Gaétan Barrette, qui prend la défense de son collègue, et Claude Castonguay, qui compare ses agissements à ceux des acteurs de la commission Charbonneau.
«C'est de la foutaise.» La démission du ministre Yves Bolduc réclamée plus tôt cette semaine par l'ex-ministre libéral et père de l'assurance maladie, Claude Castonguay, est de la «foutaise» pour le ministre de la Santé. 
M. Castonguay a, dans une entrevue donnée à Daybreak Montreal, sur les ondes de CBC, fait preuve d'une «malhonnêteté intellectuelle pure» en liant l'appétit salarial du ministre Bolduc aux révélations de la commission Charbonneau, selon M. Barrette. Le ministre de la Santé parle même d'un «scandale». «S'il n'est pas capable de prendre sa retraite, Claude Castonguay, quelqu'un devrait peut-être lui dire de la prendre», a chargé le Dr Barrette.
Sur les ondes de la radio anglophone, M. Castonguay a effectivement évoqué les «choses de la commission Charbonneau, les gens qui magouillent et tentent de retirer le maximum du secteur public». 
«Les gens ont voté pour les libéraux en pensant que tout cela serait terminé, a déclaré M. Castonguay. Que ce genre de choses, de magouilles, de petites combines ne seraient pas tolérées. Il semble que ce soit toujours possible, non seulement pour un député ordinaire, mais pour le titulaire de l'un des ministères les plus importants du cabinet.»
Interrogé à ce sujet mercredi par Le Soleil, M. Castonguay n'a pas voulu répéter ses propos. «Je ne veux pas m'engager dans une discussion avec le Dr Barrette, a dit M. Castonguay au Soleil. Tout ce que j'ai à dire, c'est que c'est un grossier personnage avec qui ce n'est pas possible d'avoir une conversation ou d'engager un dialogue civil. C'est tout ce que j'ai à dire.»
Legault et Caire invités à prendre leur retraite
Le ministre de la Santé a par ailleurs aussi invité les caquistes François Legault et Éric Caire à prendre leur retraite. Leur déclaration voulant qu'il est impossible que M. Bolduc ait pu s'occuper de 1600 patients et s'acquitter de son rôle de député de l'opposition est «la chose la plus insignifiante que j'ai entendue dans la dernière semaine». S'ils ne peuvent supporter une charge de travail plus lourde que celle de députés de la deuxième opposition, ils ne tiendraient pas le coup au gouvernement, analyse M. Barrette. Selon lui, le nombre de patients du Dr Bolduc équivaut à un emploi à temps partiel pour un médecin de «sa génération». 
«Il existe des gens qui ont du plaisir à travailler, a déclaré M. Barrette. Aujourd'hui, au Québec, on punit et on met au pilori quelqu'un qui a une capacité de travail qui est au-dessus de la moyenne et qui a du plaisir à le faire.»
Le ministre de la Santé maintient qu'il entend néanmoins se pencher sur la question des primes comme celle touchée par M. Bolduc lors de son retour à la pratique.
La CAQ réplique
Le député caquiste Éric Caire réplique que le ministre Barrette fait preuve de «mépris et de condescendance» envers le travail de député, les jeunes médecins et Claude Castonguay. «Est-ce que Yves Bolduc a fait de la collusion ou de la corruption? Je ne pense pas. Ce que je crois, c'est qu'il a profité des failles du système pour se mettre de l'argent dans les poches.»
Il rejette les similarités relevées par le ministre Barrette avec les cas du solidaire Amir Khadir et de l'ex-caquiste Hélène Daneau, qui ont tous les deux poursuivi leur pratique pendant un mandat. «Le problème n'est pas de savoir si Yves Bolduc aurait pu prendre une ou deux demi-journées par semaine et continuer à voir des patients, dit M. Caire. Le problème est qu'il nous fait croire qu'il est capable de prendre en charge 1600 patients et toucher 215 000 $ de prime supplémentaire.»
Le chef intérimaire de l'opposition officielle, le péquiste Stéphane Bédard, estime qu'il est plus que temps que Philippe Couillard intervienne dans le débat. Le PQ exige le remboursement entier de la prime de 215 000 $ touchée par M. Bolduc pour la prise en charge de 1600 patients lors de son passage dans l'opposition. 
«C'est un dossier qui s'étend depuis trop longtemps, a indiqué M. Bédard. M. Bolduc a un devoir d'exemplarité. Il va falloir que le premier ministre nous dise quelles sont ses règles.»