Yves Bolduc

Affaire Bolduc: le ministre financera des oeuvres caritatives

Le ministre Yves Bolduc veut aller «au-delà des règles» et verser une partie de sa prime de 215 000 $ à des organismes de charité. Une résolution loin de convaincre l'opposition qui réclame encore et toujours sa démission.
Au coeur de la controverse depuis une dizaine de jours, M. Bolduc a ébauché mercredi avec le premier ministre Philippe Couillard une proposition de sortie de crise. La prime touchée pour prendre en charge 1500 patients, abandonnés un an et demi plus tard, continue de le poursuivre.
L'actuel ministre de l'Éducation a déjà indiqué qu'il rembourserait à la Régie de l'assurance maladie (RAMQ) les réclamations liées aux patients qu'il a suivis moins d'un an. Or, selon les règles, la RAMQ ne peut récupérer que 50 % de la prime versée. Le ministre a lui-même évalué à entre 40 000 $ et 60 000 $ le montant reçu sans respecter la règle à la lettre.
«Compte tenu de la situation et que je comprends ce que ça crée dans le débat public, je m'engage à donner le montant équivalent à une fondation ou à un organisme de charité en relation avec les patients», a déclaré le ministre Bolduc avant le Conseil des ministres.
Il a ensuite fait savoir qu'il ne se prévaudrait pas des crédits d'impôt en lien avec les dons caritatifs.
La prime incitative de 215 000 $ empochée par M. Bolduc lors de son retour à la pratique, après la défaite du gouvernement Charest, s'est ajoutée à sa rémunération à l'acte et à son salaire de député. Il n'entend pas retourner la partie du forfait obtenue pour des patients dont la prise en charge s'est étendue sur plus d'un an, conformément à la règle.
«La majorité, je les ai suivis pendant 12 mois, a souligné le ministre Bolduc. Je prends conscience qu'au niveau de la perception, tant par rapport au politicien qu'au médecin, la population a des inquiétudes. Je pense qu'il faut être capable de répondre à ça.»
La RAMQ devrait avoir terminé son analyse du dossier du Dr Bolduc dans trois semaines. Une vingtaine d'autres médecins sont dans la mire de la régie en lien avec le même type d'incitatif salarial.
Esprit de la règle «trahi»
Le remboursement offert par Yves Bolduc continue d'être insuffisant aux yeux de la leader péquiste Agnès Maltais. Selon elle, le ministre prend la règle au pied de la lettre et piétine allègrement son esprit. «Le ministre Bolduc a trouvé une faille dans un programme qu'il a lui-même mis sur pied, a dénoncé Mme Maltais. Il en a profité au maximum. Il devrait rembourser le maximum. Il a trahi l'esprit du programme.»
La députée soutient aussi que le ministre a profité de la retraite d'un autre médecin pour «convoquer ses patients» et se constituer une banque. «Il avait une liste disponible et il a rempli ses rendez-vous, affirme Mme Maltais. C'est le beurre et l'argent du beurre.» Il doit rembourser ou démissionner, exhorte le Parti québécois.
À la Coalition avenir Québec (CAQ), le député Éric Caire parle du «Bolducgate», un épisode «pathétique». «Où est Philippe Couillard? demande-t-il. Qu'est-ce qu'il attend pour démettre son ministre qui n'a plus aucune autorité morale pour exercer son mandat? Est-ce qu'il va falloir que l'ensemble du Conseil des ministres se couvre de ridicule pour venir à la rescousse d'Yves Bolduc avant que le premier ministre sorte de sa tanière?»
D'après lui, la prime touchée par M. Bolduc doit retourner entièrement à la RAMQ, et non pas à un organisme de charité.
L'affaire Bolduc nuit aux négos des médecins, selon Barrette
À toute chose, malheur est bon, veut l'adage. Mercredi, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a souscrit à l'idée que la controverse entourant la rémunération de son collègue Yves Bolduc nuit à la position de négociation des médecins avec le gouvernement du Québec. «Disons que ça ne doit pas l'aider, a affirmé M. Barrette.
À la table de négociation, j'ai toujours dit à mes ex-collègues que l'opinion publique était un enjeu.» Les représentants des médecins considèrent qu'ils ont un «très grand» rapport de force devant Québec, analyse le ministre de la Santé. «Je ne pense pas qu'actuellement, la situation aide les fédérations médicales, a affirmé le Dr Barrette. Disons que ça permet d'éveiller les esprits.» Le ministre négocie présentement avec les médecins spécialistes et omnipraticiens un étalement de leur hausse salariale.
La sortie de M. Barrette a irrité la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Dans un communiqué, sa présidente Diane Francoeur a qualifié les propos de «déplorables», «tordus» et de nature à «alimenter le cynisme de la population». Le ministre «devrait réfléchir à ce que la population pense de lui depuis qu'il est venu à la défense de son collègue en insultant plusieurs personnes au passage», a indiqué Mme Francoeur. Simon Boivin