Pour le chef du Parti conservateur du Québec, Adrien Pouliot, «il n’y a pas assez de couleurs, pas assez de saveurs» à la Coalition avenir Québec. «M. Legault a peur de dire qu’il est à droite, alors il se place au centre. Nous, on est fièrement à droite.»

Adrien Pouliot, fièrement à droite

Considérant la Coalition avenir Québec comme une «gauche efficace» qui a peur de se positionner à droite, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) Adrien Pouliot veut offrir une alternative aux électeurs dans toutes les circonscriptions du Québec le 1er octobre prochain. L’homme d’affaires travaille à Montréal, mais se livre déjà à du porte-à-porte dans la circonscription de Chauveau, à Québec, où il espère faire une percée. À l’heure actuelle, une cinquantaine de candidats conservateurs ont été choisis et près d’une centaine de personnes participent cette fin de semaine au congrès préélectoral du PCQ, qui se tient dans Sainte-Foy. Entrevue avec un ex-adéquiste qui travaille à construire son parti, «brique par brique».

Q La CAQ est en avance dans les sondages. Est-ce parce que les Québécois sont plus à droite?

R En 2014, il y avait un mouvement «anybody but Pauline». Les gens se sont pincé le nez et ont voté libéral. Ce que j’entends aujourd’hui, c’est «anybody but Couillard». Alors la CAQ, est-ce que c’est tout simplement le meilleur parti pour sortir les libéraux? M. Legault est perçu par la population comme un agent de changement, mais je pense que c’est un peu du brouillard, de la boucane tout ça. M. Legault a été au PQ pendant 11 ans et a été l’un de ceux qui ont bâti le modèle québécois. Aujourd’hui, il recule sur ses positions face aux syndicats, c’est décevant. 

Q Qu’est-ce qui vous distingue de la CAQ?

R François Legault, c’est la gauche efficace. Un gros gouvernement, mais fort. Nous, notre vision, c’est de réduire la taille de l’État pour donner plus de liberté aux gens. C’est de trouver d’autres façons d’offrir les services publics, en déléguant au privé, en récompensant la performance. Le gouvernement est trop gros, il gaspille trop. Il n’y a pas assez de couleurs, pas assez de saveurs avec la CAQ. M. Legault a peur de dire qu’il est à droite, alors il se place au centre. Nous, on est fièrement à droite. 

Q Que pensez-vous du projet de tramway à Québec? 

R On pourra peut-être le faire dans 20 ans, mais c’est pas la priorité aujourd’hui. Quand tu te promènes le matin, le trafic, il est pas sur la Grande Allée ou le boulevard René-Lévesque. On doit d’abord se demander si le Réseau de transport de la capitale (RTC) est vraiment une organisation efficace, productive, qui satisfait la clientèle. À Londres, on a donné en sous-traitance l’exploitation des lignes d’autobus. Ce sont des gens qui sont rémunérés à la performance et ça fonctionne bien. Pourquoi on ne pourrait pas avoir ça à Québec? 

Q Croyez-vous qu’il faut construire un troisième lien routier entre Québec et Lévis?

R Tout à fait. On pense qu’au niveau de l’économie, ça va avoir un impact important sur le développement de la région. On pense qu’une capitale comme Québec doit avoir un périphérique, donc un troisième lien à l’est. La position de la CAQ là-dessus, c’est un peu confus. Ils sont pour le tramway, mais aussi pour le troisième lien. Ça a déçu beaucoup de gens de Québec d’entendre que la CAQ était pour le tramway. 

Q Quelle est votre position sur l’immigration...

R On est favorables à l’arrivée d’immigrants au Québec. Ils peuvent enrichir notre démographie. Mais on pense qu’on choisit mal nos immigrants. On donnerait la priorité absolue aux immigrants qui ont des offres d’emploi au Québec. Aujourd’hui, l’emphase est sur la langue avant tout. Nous on veut mettre ça sur l’emploi. C’est immoral d’attirer ici des immigrants et après, on n’accepte pas l’équivalence de leur diplôme et ils se ramassent à conduire des taxis. 

Q …et sur le port des signes religieux?

R On veut aller plus loin que ce que la loi actuelle prévoit. À prime abord, on est pour une laïcité complète de l’État, mais on va définir de façon plus précise notre position lors de notre congrès. 

Q Pour encadrer la vente de marijuana, est-ce que le Québec est sur la bonne voie?

R On aime trop les monopoles au Québec et encore une fois, le gouvernement a choisi la voie de la société d’État. Selon nous, c’est la mauvaise façon de faire les choses. Dans l’Ouest canadien, on a choisi un modèle de concurrence avec des entreprises privées qui sont supervisées par l’État. Si l’objectif est d’enlever ce marché-là du marché noir, il faut être concurrentiel et je vois pas comment ça va arriver. C’est un échec annoncé, ça ne fonctionnera pas. 

Q De quoi ne parle-t-on pas assez en politique québécoise?

R On a un réflexe au Québec qui est d’essayer de trouver une solution étatique à tous les problèmes de société qu’on a. Le gouvernement devrait… et là, on remplit le blanc. Nous, on pense qu’il faut faire confiance au monde, leur donner plus de liberté d’agir. Tu regardes le nombre de lois qu’on passe par année, c’est hallucinant. Et normalement, une loi, ça réduit l’autonomie individuelle. Aussi, on ne parle pas assez de l’administration de la justice, qui est l’une des missions fondamentales de l’État. Les procès s’étirent, les enquêteurs ne suffisent pas à la tâche. S’il y a un endroit où le gouvernement doit faire plus et mieux, c’est à la justice.