De gauche à droite, les ministres des Affaires étrangères chinois Wang Yi, français Laurent Fabius, allemand Frank-Walter Steinmeier, la représentante des Affaires étrangères et de la politique de sécurité de l'Union européenne Federica Mogherini, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, le président de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique Ali Akbar Salehi, le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov, le secrétaire britannique des Affaires étrangères Philip Hammond, le secrétaire d'État américain John Kerry et le secrétaire américain de l'Énergie Ernest Moniz.

Accord historique sur le nucléaire iranien

Après un marathon de 18 jours de négociations, les puissances occidentales et l'Iran ont conclu, tôt mardi matin, un accord sur le programme nucléaire de la République islamique, à Vienne.
L'entente prévoit amoindrir les craintes que l'Iran se serve de sa technologie nucléaire pour le développement d'armes offensives, en échange d'une levée des sanctions économiques valant des milliards de dollars qui lui sont imposées depuis de nombreuses années.
Pendant au moins 10 ans, la production nucléaire de la République islamique se verra limitée et le pays devra prévoir des dispositions pour que des inspecteurs internationaux puissent observer les activités de ses sites nucléaires et de ses bases militaires
La haute représentante de l'Union européenne (UE) pour les Affaires étrangères, Frederica Mogherini, et le ministre des Affaires étrangères de l'Iran, Mohammad Javad Zarif, ont procédé à l'annonce officielle en matinée.
Mme Mogherini a affirmé qu'il s'agissait d'un «jour historique» et a assuré qu'il s'agissait d'une «bonne entente» pour tous. Elle a ajouté que l'accord empêcherait l'Iran «en toutes circonstances» de se procurer ou de fabriquer des armes nucléaires.
Plus tôt, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, accompagné de ses homologues des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de la Russie et de la Chine, a reconnu que l'entente n'était «pas parfaite pour personne», mais qu'il s'agissait tout de même d'une «réussite importante».
L'un des artisans les plus importants de l'accord, John Kerry, a affirmé en conférence de presse, mardi, que sa persévérance et celle de ses homologues «avait porté fruit» parce que c'était «l'entente qu'ils cherchaient».
Le président américain Barack Obama, en point de presse, mardi matin, s'est réjoui de la conclusion d'un accord qui, selon lui, «bloque tous les chemins pour la [fabrication] d'une arme nucléaire».
«Nous avons mis en place des sanctions pour arriver à une solution diplomatique et c'est ce que nous avons fait», a-t-il déclaré, à la Maison-Blanche, en compagnie du vice-président Joe Biden.
M. Obama a par ailleurs prévenu le Congrès qu'il apposerait son veto s'ils s'opposaient à l'accord. La Chambre des représentants et le Sénat ont 60 jours pour examiner l'accord. Les élus pourraient voter contre l'entente, mais ils auront besoin de l'appui des deux tiers des chambres pour passer outre le veto du président.
«Il serait irresponsable de tourner le dos à cet accord», a tranché M. Obama.
Son homologue iranien, Hassan Rouhani, a souligné depuis Téhéran que cette nouvelle marquait «le début d'un nouveau chapitre» dans les relations entre son pays et la communauté internationale.
«Les sanctions n'ont jamais été efficaces, mais elles ont affecté les vies [des Iraniens]», a-t-il affirmé à la télévision d'État, tout juste après l'annonce de M. Obama.
Si les uns se réjouissaient de la nouvelle, d'autres ont exprimé une fois de plus leurs inquiétudes face à cette résolution diplomatique.
Le premier ministre israélien Benyamin Néthanyahou a qualifié l'accord «d'erreur historique» qui permettra à l'Iran, selon lui, de continuer de «semer la terreur» dans la région.
Les opposants sunnites à l'Iran chiite ne seront probablement pas plus satisfaits, alors que l'Arabie Saoudite, notamment menace de se prémunir de l'arme nucléaire.
Détails de l'entente
Selon des diplomates, l'Iran a accepté de prolonger d'au moins cinq ans l'embargo des Nations unies sur les armes - bien qu'il pourrait être levé plus tôt si l'Agence internationale de l'énergie atomique juge que le pays ne s'adonne pas à de la fabrication d'armes nucléaires.
Par ailleurs, la République islamique ouvrira ses sites militaires aux inspecteurs de l'ONU, une disposition à laquelle le guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei s'était toujours opposé. Or, selon le document - qui cumule plus de 100 pages - l'Iran est en droit de contester une requête de l'ONU et un comité formé de représentants de l'Iran et des six autres puissances sera appelé à trancher sur la question.
L'Agence internationale de l'énergie atomique souhaite aussi poursuivre son enquête sur les activités nucléaires iraniennes passées, ce qui nécessitera la collaboration de Téhéran. Le directeur de l'agence, Yukiya Amano, a indiqué qu'il s'était entendu avec l'Iran sur la «marche à suivre» pour résoudre les différends sur le sujet d'ici au mois de décembre.
En revanche, l'Iran recevra plus de 100 milliards $ US en actifs qui avaient été gelés à l'étranger, en plus d'une levée des sanctions.
Les négociations sur le nucléaire iranien perdurent depuis plusieurs années. C'est l'élection du nouveau président, Hassan Rouhani, en 2013, qui avait accéléré le processus.
Après plusieurs reports, les négociateurs étaient finalement parvenus à conclure un accord préliminaire, en avril. Ils travaillaient depuis quelques mois à préciser ses dispositions en vue de la conclusion d'une entente finale.