Les Québécois ont rendez-vous avec la démocratie le 7 avril.

À deux pas de la campagne électorale...

Ce matin, à 9h, Pauline Marois sera dans l'édifice Honoré-Mercier, qui abrite ses bureaux et accueille, une fois la semaine, son Conseil des ministres. Autour de la grande table rectangulaire, les 26 membres de son cabinet ne débattront ni de nomination, ni de loi. Ils se réunissent pour convoquer les Québécois à un scrutin, le 7 avril.
Outre la chef du gouvernement, les huit femmes et les 16 hommes signeront deux décrets. Un premier «ordonne la dissolution» de l'assemblée parlementaire et «la convocation» d'une nouvelle. Le second «ordonne la tenue d'une élection générale».
Dans les circonstances, le Conseil des ministres ne s'éternisera pas. La première ministre sortira. Elle empruntera l'ascenseur pour le rez-de-chaussée, traversera la rue des Parlementaires et se dirigera vers le lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne, homonyme du ministre de l'Enseignement supérieur.
C'est la tradition. Le lieutenant-gouverneur effectuera alors la proclamation officielle des deux décrets.
À l'extérieur, autour de l'édifice André-Laurendeau, les autocars des différents politiques attendront que les chefs, leur entourage et les journalistes montent à bord avant de s'élancer pour 33 jours sur la route électorale à travers le Québec.
Comme son prédécesseur Jean Charest en 2008, Pauline Marois plonge le Québec en élections dans l'espoir d'obtenir un mandat majoritaire. Déjà, l'automne dernier, alors que des rumeurs électorales circulaient, les péquistes avaient élaboré une liste de leurs initiatives «bloquées» par l'opposition. Parmi elles, des modifications à la loi 101 sur la langue française et la création d'une banque de développement économique. Seule une majorité en Chambre permettrait l'adoption de la charte de la laïcité telle que souhaitée par le Parti québécois (PQ).
La machine péquiste détient une longueur d'avance sur ses adversaires non seulement dans les sondages, mais aussi dans le financement populaire et dans l'effectif. Le gouvernement minoritaire du PQ est formé de 54 députés. Le chiffre magique de la majorité est de 63. La formation souverainiste a pour objectif d'en récolter une bonne dizaine de plus.
Enjeux variés
Sur le chemin, des enjeux variant en intensité d'une région à l'autre. Du lot, signalons le dossier de la mégacimenterie de Port-Daniel, en Gaspésie, qui s'est fait promettre 400 millions $ en subventions par Québec; les travaux d'exploration du pétrole dans l'île d'Anticosti; les projets de mines, liés au Plan Nord initié par le précédent gouvernement libéral; la question des soins de santé en Outaouais; le redéploiement économique dans le Centre-du-Québec à la suite de la fermeture de la centrale nucléaire et de l'arrêt de l'exploitation de l'amiante; ou encore l'aide aux nombreuses communautés qui souffrent d'une crise forestière qui n'en finit pas.
Sondages
Les experts notent souvent qu'un parti politique ne doit pas culminer trop tôt dans les sondages. Les risques d'entreprendre une campagne sur une pente descendante font trembler les formations.
Pour le nouveau chef libéral Philippe Couillard, le temps d'amorcer une remontée est arrivé. Les choses n'ont pas été faciles pour M. Couillard depuis qu'il a pris la tête du Parti. Des épisodes comme la saisie de l'Unité permanente anticorruption au siège social du Parti libéral du Québec, une sortie controversée sur l'équilibre budgétaire et la crise en lien avec Fatima Houda-Pepin l'ont notamment mis à rude épreuve. Les libéraux forment l'opposition officielle, avec 49 députés.
La Coalition avenir Québec (CAQ) semble à un carrefour. Une majorité des 18 caquistes élus jouent leur avenir politique au cours de ce scrutin. Le chef François Legault doit permettre au parti de renouer avec ses chiffres de la dernière campagne s'il souhaite sauver les meubles.
D'aucuns craignent que la CAQ ne puisse récolter assez de députés pour répondre aux critères de reconnaissance d'un parti à l'Assemblée nationale. Si le parti tient le coup dans la région de Québec, il aura fort à faire pour sauver ses nombreuses circonscriptions de la couronne de Montréal. Après une tournée des régions éloignées au cours des 10 derniers jours, la CAQ n'y retournera pas. Elle se concentrera en campagne sur une quarantaine de circonscriptions où elle juge avoir le plus de chances.