Politique

L’attaque de Toronto ne change rien à la sécurité du G7, insiste Trudeau

OTTAWA - Le premier ministre Justin Trudeau a qualifié tôt mardi matin d’«attaque insensée» et de «tragédie horrible» l’incident qui a fait 10 morts et 15 blessés la veille, à Toronto.

Il a toutefois dit qu’il est «assez clair» qu’il n’y a pas de connexion à la sécurité nationale du pays, même s’il faudra encore du temps pour comprendre les motivations du suspect.

«Les enquêtes continuent.(...) Pour les motifs, les motivations, ça va prendre encore un peu de temps pour comprendre ce qui était dans la tête de l’agresseur dans cette situation», a-t-il répondu pendant un court point de presse tenu dans le foyer de la Chambre des communes.

«Les Canadiens se posent beaucoup de questions et nous sommes tous ensemble à nous poser des questions sur cette attaque insensée», a-t-il ajouté.

M. Trudeau a admis qu’il faut «réfléchir aux circonstances changeantes de notre monde». On devra trouver comment augmenter la sécurité tout en restant fidèles aux valeurs que nous chérissons en tant que Canadiens, a-t-il dit.

«Nous ne devons pas commencer à vivre dans la peur, dans l’incertitude tous les jours quand on se promène dans nos villes et quand on vit nos vies», a-t-il conseillé, vantant la nécessité de «rester un pays ouvert et libre et à l’aise dans nos valeurs».

Puis, il a insisté: l’attaque de lundi ne change rien au niveau d’alerte au pays. Elle ne change rien non plus aux plans de sécurité pour le sommet du G7 qui se tiendra en juin à Charlevoix.

Comme la veille dans sa déclaration écrite, le premier ministre a offert mardi matin, de vive voix, ses sincères condoléances aux victimes et à leurs proches. Il a salué les premiers répondants de «calibre extraordinaire», dont les efforts ont certainement contribué à sauver des vies.

Pour ce qui est de sa visite des lieux de l’attaque, ce ne sera pas pour tout de suite.

«Ça continue d’être une enquête active. J’ai l’intention d’y aller dès que ça aura du sens que j’y aille. Pour l’instant, je pense qu’on va laisser les gens faire leur travail sans trop de perturbation», a-t-il expliqué.

Politique

Missions à l'étranger: soudains appels à la transparence

Des responsables politiques québécois comme le ministre Pierre Arcand ont invité, lundi, le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, à davantage de transparence sur ses missions à l’étranger et sur celles des parlementaires en général.

Ils l’ont fait, pour certains d’entre eux, avec une certaine retenue en raison de la séparation devant exister entre le «pouvoir exécutif» et le «pouvoir législatif».

Ils réagissaient à une série du Journal de Québec et du Journal de Montréal sur la transparence de l’État québécois, qui a notamment zoomé sur les missions interparlementaires.

Les responsables politiques ne peuvent cependant feindre de découvrir cette situation. Le Soleil et d’autres médias ont maintes fois écrit sur les missions interparlementaires des députés de l’Assemblée nationale et aucun d’entre eux n’avait jamais vraiment soulevé de questions jusqu’ici à ce sujet — ni réclamé davantage de transparence. Pas même lorsque les occasions se sont présentées — lors des exercices annuels d’études des crédits budgétaires de l’institution, par exemple.

En sera-t-il autrement dans quelques jours, lorsque Jacques Chagnon devra défendre devant les parlementaires le budget de près de 140 millions $ de l’Assemblée nationale?

«C’est à M. Chagnon de répondre» sur ces questions de transparence, a dit le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand. «On veut tous que la gestion soit la plus rigoureuse possible.»

Le chef péquiste, Jean-François Lisée, et le député caquiste Éric Caire ont aussi réclamé, mais plus fermement, plus de transparence et une meilleure reddition de comptes à ce chapitre.

Un budget augmenté…

Rappelons que l’ancien président de l’Assemblée nationale Yvon Vallières avait amputé le budget des missions à l’étranger des députés québécois de 33% en 2010. Son successeur, Jacques Chagnon, l’a par la suite rétabli.

Le budget des missions internationales des députés de l’Assemblée nationale est passé de 486 700 $ à 733 000 $ en 2013. À cette somme, il fallait ajouter 300 000 $ pour l’accueil de parlementaires étrangers au Québec. Le budget total prévu pour cette enveloppe était de 1 million $. 

Il n’est pas ici question des missions gouvernementales ou ministérielles organisées par le gouvernement du Québec. Mais des voyages des députés organisés par l’Assemblée nationale.

Les parlementaires ont toujours marché sur des œufs lorsque le sujet a été abordé. Ils n’ont jamais beaucoup aimé en parler. Ils ont toujours publiquement estimé qu’il est trop facile, «de loin, pour le public en général», de considérer que ces missions ne servent à rien ou que les dépenses qui y sont consacrées sont trop élevées.

En privé, quelques-uns ont régulièrement convenu qu’elles n’étaient pas toutes nécessaires ou pertinentes.

S’il rechigne à s’exprimer sur le sujet, Jacques Chagnon l’a tout de même fait en 2013 en affirmant que «ces échanges contribuent au rayonnement de la culture et des institutions politiques québécoises». Lui-même prend part chaque année à plusieurs missions.

… avant d’être réduit

Depuis quelques années, la direction de l’Assemblée nationale rend disponibles plusieurs documents sur les missions interparlementaires. Le budget total de chaque mission est inscrit sur le site Internet de l’institution, mais il est très peu ventilé. Il ne fournit aucun détail.

En 2016-2017, dernière année financière pour laquelle des informations sont disponibles, une cinquantaine de missions de toutes sortes se sont déroulées, que ce soit à New York, à Antananarivo, à Genève, à Phnom Penh, à Brisbane, à Londres, à Paris, à Dakar, etc. C’est ce que nous rapportions en juin dernier.

Jacques Chagnon, la députée libérale Maryse Gaudreault, ses collègues André Drolet et Jean Rousselle, la députée péquiste Carole Poirier, ainsi que le caquiste Benoit Charette, ont par exemple pris part à la 42e session de l’Assemblée parlementaire de la francophonie, à Antananarivo, à Madagascar. Deux fonctionnaires accompagnaient le groupe. Le coût de la mission s’est élevé à 74 528 $, dont 62 816 $ pour les déplacements.

«Ils ont réaffirmé le rôle de leader de l’Assemblée nationale du Québec au sein de l’Assemblée parlementaire francophone et ont contribué concrètement à la promotion d’une perspective québécoise sur les grands enjeux de la Francophonie multilatérale», peut-on lire dans la fiche synthèse ad hoc.

Depuis quelques années, les sommes dépensées pour ces missions sont moins élevées que celles d’abord budgétées. L’an dernier, pour les missions à l’étranger, la dépense s’est élevée à 533 628 $, alors que le budget prévu était de 632 000 $.

L’Assemblée nationale verse dans un compte qui lui appartient les sommes non dépensées. 

Politique

Migrants: Québec tient un discours irresponsable et dangereux, selon des experts

Le message provenant de l’Assemblée nationale à l’effet que le Québec a atteint sa capacité d’accueil de migrants irréguliers est irresponsable et même dangereux, préviennent certains experts.

Ils mettent en garde le gouvernement contre le risque, élevé, de nourrir les dérives xénophobes qui traversent actuellement la société québécoise.

En entrevue lundi à La Presse canadienne, les sommités Cécile Rousseau, Stéphane Leman-Langlois et Herman Deparice Okomba ont prévenu que de tels messages «de droite» résonnent dans la population, et que les plus vulnérables risquent de s’en abreuver quitte à déformer la réalité au sujet des migrants.

Deux de ces experts ont témoigné dans le dossier d’Alexandre Bissonnette, qui a plaidé coupable le mois dernier à six accusations de meurtre au premier degré et à six chefs de tentatives de meurtre pour les attentats commis à la Grande Mosquée de Québec.

«On va dire : «Les migrants en fin de compte sont mieux traités que nos propres sans-abri ici, ou sont mieux traités que nos personnes âgées, reçoivent plus d’argent, etc.», a affirmé M. Leman-Langlois, directeur du Centre sur la sécurité internationale de l’Université Laval. Bon, tout ça est complètement faux, mais c’est bien reçu parce que les gens ont l’impression (...) qu’on est à plat ventre pour faire les quatre désirs des personnes qui traversent la frontière.

«Les gens vont re-tweeter ça, re-liker ça, re-partager ça sur Facebook et ça fait les rondes», a ajouté celui qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et construction sociale du risque.

À son avis, le message qu’envoient actuellement les partis politiques vient légitimer ce genre de fausses nouvelles. «Je pense que c’est assez dangereux.(...) On est en train de normaliser cette attitude-là qui dit que les immigrants, c’est une présence suspecte, que ce n’est peut-être pas une très bonne idée d’avoir un paquet d’immigrants arriver rapidement au Québec.»

La semaine dernière, quatre ministres du gouvernement Couillard ont bombé le torse face à Ottawa, en l’accusant de se traîner les pieds dans le traitement des demandes des migrants irréguliers.

Ils ont également annoncé que le Québec n’accueillerait pas l’excédent de migrants à compter du 24 avril dans ses centres d’hébergement temporaire à Montréal.

L’année dernière a vu le Québec recevoir 25 000 migrants irréguliers, soit la moitié de toutes les entrées de ce type au Canada, comparativement à une moyenne annuelle «normale» de 3500.

Les projections du gouvernement laissent entrevoir pour l’été prochain, en période de pointe, un rythme de 400 passages irréguliers par jour, soit près du double des 250 quotidiens de l’an dernier.

Les services sociaux du Québec sont «saturés», a fait savoir, plus d’une fois, le ministre de l’Immigration, David Heurtel, soutenu par les partis d’opposition.

Il s’est plus tard réjoui d’une entente conclue avec le fédéral, selon laquelle Ottawa accepte d’examiner la demande de remboursement de 146 millions $ du Québec pour la prise en charge des demandeurs d’asile en plus de prendre une série de mesures pour alléger le fardeau de la province.

Discours électoraliste

Pour la docteure Rousseau - experte en psychiatrie transculturelle, radicalisation et polarisations sociales - il ne fait aucun doute que le discours politique actuel est électoraliste, donc reflète l’opinion publique à laquelle il veut faire plaisir.

«Je pense qu’en période préélectorale, c’est très facile d’utiliser des personnes vulnérables qui sont vues comme indésirables comme objets de débats en nourrissant l’insécurité des citoyens», a-t-elle dénoncé.

Selon elle, les groupes d’extrême-droite sont en train d’influencer le discours social en le poussant vers des positions plus intolérantes.

Pourtant, ces migrants dits «irréguliers» ont parfaitement le droit de venir déposer une demande d’asile au Canada, en vertu des conventions internationales, a-t-elle rappelé.

De son côté, le directeur général du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, M. Okomba, affirme qu’il est «totalement irresponsable» et «populiste» de faire croire aux Québécois qu’ils sont menacés par une arrivée massive de migrants.

«Cela contribue à donner l’impression qu’une vague de migration est sur le point de déferler sur le Québec, chose qui n’est pas vraie», a-t-il dit, en ajoutant que le nombre de demandeurs au Québec est «infime» comparativement à ce que l’on voit en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. À son avis, il n’est pas légitime de jouer sur les peurs ou les anxiétés identitaires au nom d’un agenda idéologique ou politique.

«Il faut dénoncer ce type de discours ou de propos qui participent à radicaliser certains individus jusque dans les conséquences les plus graves», a-t-il martelé.

Faisant un lien avec Alexandre Bissonnette, M. Leman-Langlois a expliqué qu’il existe au Québec «tout un paquet de sous-populations beaucoup moins stables que le Québécois moyen, beaucoup plus paranoïaques, beaucoup plus sous pression, stress, etc., incluant potentiellement maladies mentales, toxicomanies variées».

En plus d’attiser la colère, la haine et la suspicion de certaines de ces personnes, le discours politique ambiant aidera certainement les groupes d’extrême-droite à recruter de nouveaux membres, a-t-il déclaré.

Politique

Maltais s'attaque aux dérives sectaires des religions

L’État devrait assurer un meilleur soutien aux victimes des groupes à dérives sectaires, croit la députée péquiste Agnès Maltais, qui fait appel aux citoyens pour appuyer une pétition qu’elle entend déposer avant l’été.

Mme Maltais passe de nouveau à l’action pour que le gouvernement étudie le problème des groupes à dérives sectaires, comme les Témoins de Jéhovah ou l’Église de scientologie. 

«J’ai essayé le mandat d’initiative, le Parti libéral l’a bloqué. J’essaie maintenant la pétition, mais ça veut dire que ce sont les citoyens qui s’emparent de la discussion», a-t-elle expliqué. 

«Est-ce que, sous couvert de la liberté de religion, on accepte que des choses se passent qui autrement seraient considérées comme illégales? Est-ce que sous couvert de la liberté de religion, on empêche que les enfants aient accès à l’éducation? Qu’on permet qu’il y ait des tribunaux internes, alors que c’est contre la loi au Québec», a questionné la porte-parole de l’opposition en matière de laïcité. 

Mme Maltais participait lundi à Montréal au lancement d’une pétition pour réclamer de nouveau que le gouvernement entame une réflexion sur les groupes à dérives sectaires. L’initiative est celle de la tante d’Éloïse Dupuis, cette jeune mère membre des Témoins de Jéhovah qui est décédée après avoir refusé une transfusion sanguine.  

La députée péquiste a bon espoir que le projet suscite un débat de société et que les partis politiques soient forcés de se positionner. 

«Il faut un groupe de travail, mandaté par le gouvernement, qui débatte de cette question. Il faut qu’on entende les experts, il faut qu’on entende les citoyens qui ont vécu et qu’on trouve les difficultés que vivent les personnes qui sont dans les groupes ou qui en sortent», a défendu Mme Maltais, convaincue que le gouvernement doit agir de façon responsable pour protéger une partie de la population, particulièrement les gens plus vulnérables. 

Celle-ci précise qu’une gouvernement péquiste étudierait la question s’il était porté au pouvoir à l’automne. 

Pas une première

Ce n’est pas la première fois qu’Agnès Maltais tente qu’un groupe de travail composé de parlementaires examine les méthodes d’endoctrinement de sectes structurées. En décembre 2017, le député libéral Pierre Reid s’était montré intéressé à l’idée d’une commission parlementaire, mais jusqu’en février dernier, on ne s’entendait toujours pas sur la place que devait occuper un tel groupe de travail, si bien que le projet est resté lettre morte depuis. 

Reste que la députée de Taschereau n’a pas l’intention de baisser les bras et compte bien déposer la pétition, qui est accessible sur le site Internet de l’Assemblée nationale jusqu’au 11 juin. Elle dit «avoir espoir» que le prochain gouvernement traite du fond du problème. 

Politique

Manon Massé se fracture le fémur lors d’un accident de ski

La députée solidaire Manon Massé devra interrompre pour un temps toutes ses activités professionnelles, ayant été victime dimanche d’un accident de ski.

Mme Massé s’était rendue au Mont-Tremblant avec une amie pour une journée de ski et a fait une chute entraînant une fracture du fémur de sa jambe droite.

Elle a dû subir une intervention chirurgicale lundi à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal.

Sur son fil Twitter, la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques et porte-parole de Québec solidaire a indiqué qu’elle serait absente de l’Assemblée nationale «pendant au moins une semaine».

Politique

Pensionnats autochtones: déçu des évêques, le NPD en appelle au pape François

OTTAWA - Le Parlement canadien pourrait choisir de contourner les évêques catholiques du pays et demander directement au pape des excuses pour les pensionnats autochtones.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) utilisera sa journée d’opposition, jeudi, pour débattre une motion en ce sens, motion qui sera soumise au vote aux Communes la semaine prochaine. Étant donné les derniers gestes posés dans ce dossier, on peut croire que la motion récoltera suffisamment de votes pour être adoptée.

La semaine dernière, libéraux et néo-démocrates ont voulu que la Chambre adopte unanimement et sans débat une motion qui demandait à la Conférence des évêques catholiques d’intercéder auprès du pape François. Un député conservateur s’est opposé à l’initiative.

Le NPD revient donc à la charge, mais cette fois de manière plus formelle. Un avis de motion a été donné. Impossible donc d’éviter le débat et le vote. Et cette fois, la motion ne s’adresse pas aux évêques, mais au pape.

Le député Charlie Angus qui est à l’origine de l’effort dit qu’il a été surpris du refus des évêques, exprimé à nouveau la semaine dernière, de transmettre la demande d’excuses.

Quant à l’argument de certains conservateurs qu’il n’appartient pas à l’État de donner des ordres à l’Église, le député rappelle qu’État et Église ont travaillé main dans la main pour créer le système de pensionnats qualifié aujourd’hui de génocide culturel. Il souligne l’ironie de se réclamer maintenant du principe de la séparation entre l’Église et l’État pour éviter de présenter des excuses.

Et s’il a été déçu par les évêques, le député ne doute pas du pape. «Nous avons pleinement, pleinement, pleinement confiance que le pape François va comprendre et voudra répondre à la demande», a-t-il dit pendant le point de presse où il annonçait le dépôt de la nouvelle motion.

«Je pense qu’une invitation formelle du Parlement canadien, du peuple canadien, aidera à fermer ce chapitre», a-t-il conclu.

La manoeuvre mettra également en lumière la division des élus conservateurs sur cette question. La semaine dernière, certains d’entre eux avaient signifié leur appui pour la motion avortée.

Politique

G7: vaste zone interdite de vol

Du 1er au 10 juin, les pilotes voulant circuler dans les cieux québécois devront bien planifier leurs vols. Tout objet volant pourra être abattu par l’aviation canadienne s’il s’aventure dans un vaste territoire dont l’épicentre sera La Malbaie, hôte du Sommet du G7.

Dans la documentation officielle épluchée par Le Soleil, les mots sont clairs : «Une force létale pourra être autorisée». Un permis de tuer octroyé aux militaires qui prendront le contrôle de l’aéroport de Charlevoix pour réaliser cette mission de patrouille.

«Un espace aérien réglementé qui s’appliquera dans le cadre du Sommet du G7 a été défini pour permettre au ministère de la Défense nationale (MDN) de gérer le trafic aérien en toute sécurité et de veiller à ce que les aéronefs non autorisés et ne participant pas aux activités du Sommet ne pénètrent pas l’espace aérien entourant les zones sensibles d’activités du Sommet», explique-t-on dans une publication spécialisée destinée aux pilotes. «L’activation de l’espace aérien coïncidera avec les dates d’arrivée et de départ des chefs d’État à Bagotville et à Charlevoix et permettra au MDN de gérer l’augmentation du trafic aérien à Charlevoix dans la semaine précédant le début du Sommet.»

La suite est rédigée en lettres majuscules… «AVERTISSEMENT : TOUT AÉRONEF NON AUTORISÉ ÉVOLUANT DANS L’ESPACE AÉRIEN RÉGLEMENTÉ S’EXPOSERA À UNE INTERCEPTION PAR DES AÉRONEFS MILITAIRES ARMÉS. POUR ASSURER LE RESPECT DE L’ESPACE AÉRIEN RÉGLEMENTÉ, UNE FORCE LÉTALE POURRA ÊTRE AUTORISÉE AU BESOIN.»

Prenons une carte. Au nord-est de Québec, il y a L’Isle-aux-Grues. Bon, regardons au loin, vers l’est. Il y a Les Bergeronnes, Côte-Nord, et Rivière-du-Loup, Bas-Saint-Laurent. Début juin, mieux vaudra penser voler ailleurs qu’entre ces points sur la carte. Surtout de 7h le 7 juin à midi le 10 juin, quand le niveau sécuritaire sera à son apogée.

Vous trouvez que c’est grand? Regardons maintenant vers le nord, jusqu’à Saguenay. Reliez les points pour obtenir un grand triangle : il ne sera pas possible de naviguer dans cette immense «zone réglementée» sans soumettre une demande 48 heures à l’avance à la Gendarmerie royale du Canada qui pourra, bien sûr, refuser. Un hélicoptère ou un petit appareil qui voudrait s’élever à partir de Rivière-du-Loup, par exemple, devra avoir obtenu une permission spéciale avant.

Ce n’est pas tout. Sur la Rive-Sud, une bonne part du territoire est aussi interdite de vol. Oui, aussi loin que ça des chefs d’État des sept puissances politico-économiques qui causeront à La Malbaie. 

Politique

Réunion du G7 sur fond de confrontation

TORONTO — Les grandes puissances du G7, qui ont confirmé leur front uni face à la Russie, vont aussi afficher lundi leur fermeté avant des négociations historiques avec la Corée du Nord, sans avoir surmonté leurs divisions sur l’Iran à l’approche d’une décision cruciale des États-Unis.

La rencontre des ministres des Affaires étrangères, qui s’est ouverte dimanche à Toronto, va se terminer lundi puis s’enchaîner jusqu’à mardi avec une réunion de leurs collègues de l’Intérieur et de la Sécurité, avant le sommet des sept pays les plus industrialisés (États-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada) les 8 et 9 juin dans Charlevoix et à Québec.

Dimanche, les chefs de la diplomatie ont longuement discuté de la confrontation des Occidentaux avec Moscou, qui atteint des niveaux inégalés depuis la fin de la Guerre froide.

«Il y a eu une unité du G7 pour s’opposer à l’attitude néfaste de la Russie», a dit à des journalistes un haut responsable américain. Les pays membres ont fait le point sur les mesures prises «pour contrecarrer les tendances négatives qui émanent du Kremlin et menacent la paix et la sécurité», a-t-il ajouté.

Les débats portent notamment sur le «renforcement de la démocratie contre les ingérences étrangères» — une allusion claire au rôle attribué à la Russie de Vladimir Poutine lors des élections aux États-Unis ou en Europe.

«Nous ne devrions jamais nous montrer faibles face au président Poutine», a estimé le chef de l’État français Emmanuel Macron depuis Paris, avant d’aller rencontrer à Washington son homologue américain Donald Trump. «Quand vous êtes faibles, il s’en sert» pour «fragiliser nos démocraties», a-t-il ajouté dans un entretien diffusé dimanche sur la chaîne américaine Fox News, tout en assurant «respecter» le maître du Kremlin.

Un peu plus d’une semaine après les frappes menées par Washington, Paris et Londres contre le régime de Damas en réponse à une attaque chimique présumée, les Occidentaux ont notamment besoin de relancer le dialogue avec les Russes, qui soutiennent Bachar al-Assad, en quête d’une solution politique sous l’égide de l’ONU après sept ans de guerre.

La Corée et l’Iran

La stratégie des États-Unis, qui inquiète leurs alliés depuis que Donald Trump a annoncé son intention de retirer les troupes américaines dès que possible, «a été abordée», selon un délégué européen. «Les Américains ont conscience qu’il y a un rôle à jouer dans la durée, mais n’ont pas encore précisé quel rôle, diplomatique, militaire, humanitaire...»

Deux autres grands dossiers diplomatiques font l’objet de discussions intenses.

D’abord la Corée du Nord, à l’approche d’un sommet historique, d’ici début juin en théorie, entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, censés parler, après des mois d’escalade, d’une «dénucléarisation» de la péninsule coréenne.

Ensuite l’Iran, alors que le président américain doit aussi décider, d’ici le 12 mai, s’il «déchire» ou pas l’accord de 2015 conclu par les grandes puissances avec Téhéran pour l’empêcher de se doter de la bombe atomique. Donald Trump réclame, pour le préserver, que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, signataires européens de ce texte, jugé historique à l’époque, mais que lui considère laxiste, proposent des solutions pour le durcir.

Environnement

Les conservateurs veulent savoir les conséquences d’une taxe sur le carbone

OTTAWA — Le porte-parole conservateur en matière de finance Pierre Poilievre demandera cette semaine à la Chambre des communes d’obliger le gouvernement à dévoiler le montant de la facture que devront payer les Canadiens pour le chauffage, l’essence, et l’épicerie lorsque la taxe sur le carbone atteindra 50 $ la tonne.

M. Poilievre dit savoir que le gouvernement détient ce renseignement, car il a obtenu, en vertu de la Loi d’accès sur l’information, une note du ministère des Finances mentionnant l’existence d’un rapport sur les conséquences potentielles d’une taxe sur le carbone, fondé sur des données de consommation des ménages.

Il déplore que les données de ce rapport soient censurées.

Le député dit avoir fait part de ses intentions de présenter une résolution exigeant du gouvernement qu’il dépose ces documents à la Chambre des communes.

Le gouvernement fédéral a demandé aux provinces d’établir un prix sur le carbone à compter de l’an prochain, sinon il allait l’imposer lui-même. Le projet de loi portant sur l’exécution de certaines dispositions du budget qui est présentement étudié par le Parlement comporte des dispositions lui conférant le pouvoir de prendre des règlements à cette fin.

Les dispositions du projet de loi sur la taxe sur le carbone comptent 200 pages, mais il n’est indiqué nulle part quel en sera le coût pour la population, a souligné M. Poilievre.

«Le gouvernement ne peut pas imposer une taxe si celle-ci n’est pas approuvée par le Parlement, mais le Parlement ne peut pas approuver quelque chose qu’il ignore. Le Parlement est présentement laissé dans l’ignorance.»

Le gouvernement peut refuser la demande en expliquant qu’il s’agit d’un avis donné au gouvernement ou d’une information qui peut nuire à l’économie canadienne.

«Si le fait de savoir que le coût de la taxe sur le carbone nuira à l’économie canadienne, eh bien! cela est encore pire de ce que nous avions pensé», a commenté l’élu conservateur.

M. Poilièvre a déjà déposé une plainte à la commissaire à l’information, Caroline Maynard, lui demandant d’enquête sur le refus du gouvernement de dévoiler cette information dans sa demande de document. Selon lui, Mme Maynard a accepté sa requête.

Politique

610 000 $ pour une mission de Couillard de 7 jours en Chine

Québec veut séduire le géant chinois et ne néglige apparemment aucun effort ni aucune dépense pour y arriver.

La mission de sept jours en Chine dirigée par le premier ministre Philippe Couillard, en janvier dernier, a coûté plus de 610 000 $ aux contribuables québécois, selon les données obtenues par La Presse canadienne en vertu d’une demande d’accès à l’information.

Il s’agit d’une des missions les plus importantes — et certainement une des plus coûteuses — du gouvernement Couillard. À fortiori, le montant n’est que partiel, car plusieurs demandes d’information sont restées sans réponse.

Le ministère de l’Économie a dépensé à lui seul la coquette somme de 484 523 $ notamment pour le déplacement de 11 de ses fonctionnaires. De ce montant, 316 932 $ sont attribuables à l’évènement «L’Effet Québec» qui s’est exposé pendant trois jours au Musée d’art moderne de Shanghai.

Environ une trentaine d’artisans québécois des secteurs du multimédia, du divertissement et de la culture s’y étaient donné rendez-vous pour mettre en vitrine leurs produits.

On y avait notamment découvert le joaillier Yves Lemay, le créateur de costumes personnalisés pour hommes Nathon Kong et trois artistes du cirque Flip FabriQue, ainsi que le représentant du studio montréalais de réalité virtuelle Arnoovo.

Les invités à cet évènement étaient appelés à suivre un parcours de kiosques sur trois étages, qui culminait en une réception.

Au bureau de M. Kong, on affirme aujourd’hui que l’activité a permis de rencontrer des «partenaires potentiels», mais n’a eu aucun impact direct sur le chiffre d’affaires de l’entreprise.

Une quarantaine d’ententes

Selon le gouvernement, une quarantaine d’ententes d’une valeur de 262 millions $ ont été signées entre des entreprises québécoises et chinoises dans plusieurs secteurs lors de la mission.

M. Couillard a d’ailleurs multiplié les rencontres privées très sélectes avec des membres du gouvernement central chinois, ainsi qu’avec le puissant maire de Shanghai, Ying Yong.

Le Québec intensifie ses rapports avec la Chine en raison du potentiel de marché que représentent les 300 millions de Chinois qui appartiennent à la classe moyenne. M. Couillard s’était rendu dans l’Empire du Milieu une première fois en 2014 pour mousser le Plan Nord.

S’il est hasardeux d’évaluer les retombées de ces missions pour le Québec, il n’est pas plus facile d’en calculer le coût pour les contribuables, compte tenu de la difficulté à obtenir la liste complète des dépenses encourues, partagées entre le Conseil exécutif, le ministère de l’Économie et celui des Relations internationales et de la Francophonie. Aucune autorité gouvernementale ne centralise l’information.

Le gouvernement n’a pas fourni les coûts pour d’autres activités, telles que le Carnaval de l’hiver québécois à Pékin, le spectacle du Cirque du Soleil Kooza, et le Festival de produits québécois au centre commercial Daning.

Le montant de 610 000 $ n’inclut pas non plus les frais de l’équipe de sécurité, gardés confidentiels, ni ceux du photographe officiel du gouvernement, des employés de cabinet, ou de l’épouse du premier ministre, Suzanne Pilote.

En revanche, le ministère de l’Économie précise avoir dépensé 61 463 $ pour tenir un dîner-conférence avec le Conseil d’affaires Canada-Chine, et 8564 $ pour faire venir le planchiste de 10 ans Éli Bouchard, afin qu’il offre aux Chinois une démonstration de sauts en planche à neige. Ces sommes excluent les ententes de commandites et les frais de participation, a précisé le ministère.

De son côté, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie a dépensé au bas mot 125 618 $ pour cette mission en Chine. Cette somme couvre les dépenses du premier ministre, du ministre délégué aux petites et moyennes entreprises (PME), Stéphane Billette, d’une poignée de fonctionnaires du ministère, ainsi que du personnel des représentations du Québec en Chine.

Aucune dépense n’est attribuée au sous-ministre adjoint Michel Lafleur, même si on indique dans les documents qu’il était présent en Chine du 15 au 27 janvier.

Du montant de 125 618 $, près de 30 000 $ sont imputés directement au premier ministre, pour ses frais de transport, d’hébergement et de repas. Les services de l’interprète qui a accompagné M. Couillard ont coûté 17 914 $.

En guise de comparaison, la mission de cinq jours de M. Couillard et de cinq ministres en France en mars 2015, une mission d’envergure, avait coûté environ 127 000 $. Des coûts additionnels avaient été pris en charge par l’Élysée.

Depuis 2014, pas moins de six ministres du gouvernement Couillard ont été dépêchés en Chine: Christine St-Pierre (Relations internationales), Pierre Arcand (Ressources naturelles), Gaétan Barrette (Santé), Carlos Leitao (Finances), Stéphane Billette (Petites et Moyennes Entreprises). L’ancien ministre de l’Économie, feu Jacques Daoust, s’est rendu en Chine deux fois, en 2014 et 2015.

Québec a récemment demandé un statut de délégation générale en Chine. Un tel statut officiel lui permettrait d’être reconnu par les autorités chinoises comme un véritable joueur diplomatique, politique et économique.

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POINTS SAILLANTS

La mission de sept jours en Chine dirigée par le premier ministre Philippe Couillard en janvier dernier a coûté au bas mot 610 000 $;

Le ministère de l’Économie a dépensé 484 523 $;

Le ministère des Relations internationales et de la Francophonie a dépensé au moins 125 618 $;

Il s’agit d’une des missions les plus importantes et les plus coûteuses du gouvernement Couillard;

Une quarantaine d’ententes d’une valeur de 262 millions $ ont été signées entre des entreprises québécoises et chinoises lors de la mission, selon le gouvernement.