Grâce à une préparation sans faille, Sébastien Lapierre a filé de Hercules Inlet jusqu’au pôle Sud sur ses skis, transportant ses équipements à l’aide d’un traîneau attaché à sa taille.

Pôle Sud en solitaire: Sébastien Lapierre sera honoré pour son exploit

L’aventurier Sébastien Lapierre sera décoré de la médaille du service méritoire du Canada pour son périple de 1200 km en 42 jours en Antarctique, l’hiver dernier, durant lequel il est devenu le premier Canadien à atteindre le pôle Sud en solitaire et en autonomie complète.

Le pompier de Québec pouvait enfin confirmer la bonne nouvelle, vendredi, après avoir gardé le secret durant quelques semaines. Il recevra la décoration des mains de la gouverneure générale Julie Payette, quelque part en 2018. Les médailles du service méritoire sont remises aux citoyens «qui accomplissent des actions exceptionnelles qui font honneur à notre pays». 

«J’étais très surpris quand j’ai reçu la lettre», a raconté M. Lapierre en entrevue au Soleil. «Ça fait presque un an [que le voyage est complété]. J’avais déjà été reçu par le Bureau du premier ministre à mon retour. Les félicitations gouvernementales, je croyais que c’était terminé! […] C’est un grand honneur, je suis extrêmement fier et content.»

Grâce à une préparation sans faille, Sébastien Lapierre a filé de Hercules Inlet jusqu’au pôle Sud sur ses skis, transportant ses équipements à l’aide d’un traîneau attaché à sa taille. Sans aide et par sa seule force physique, il a terminé l’épuisant trajet le 9 janvier, un peu plus rapidement que prévu. Après avoir résisté à un environnement hostile marqué par des vents violents et des températures plongeant sous les -50 °C, il a fondu en larmes en posant sa main sur le marqueur du pôle Sud. 

L’aventurier est rentré au pays différent, fort des enseignements, parfois brutaux, qui viennent avec des aventures d’une telle envergure. «C’est un couteau à deux tranchants. C’est extrêmement valorisant, on va chercher beaucoup de choses dans ces expéditions-là, a-t-il expliqué. Par contre, le retour à la vie normale, du moins personnellement, ça fait en sorte que j’ai parfois de la misère avec la routine et le côté facile de la vie moderne. Il faut que je me crée des défis.»

Pour palier à ses carences d’adrénaline et d’endorphine, Sébastien Lapierre donne des conférences dans les écoles et maintient un entraînement rigoureux. «Les conférences m’aident à replonger dans mes souvenirs. Ça m’aide à surfer sur la vague.»

Sébastien Lapierre à son retour, avec sa conjointe Tania

Force mentale

L’inhospitalité de l’Antarctique et la force mentale qu’il a dû canaliser pour venir à bout de son défi ont aussi changé sa perception des petites misères du quotidien. 

«On entend des gens se plaindre sur des petits problèmes qui ne sont pas vraiment des problèmes, ou qui ne sont pas des défis. On devient un petit peu intolérant à la critique et au chialage pour rien», a-t-il poursuivi. Un exemple? «Ah! Entendre le monde chialer sur l’hiver, je suis plus capable! Écoute, on est au Québec, on va en avoir encore un l’an prochain je vous le garantis!»

Sébastien Lapierre avait 38 ans quand il a complété son exploit. De son propre aveu, il croit qu’il n’aurait peut-être pas réussi à le faire plus jeune. «Ce sont des expéditions où le défi est très mental. À un certain âge, on commence à être capable de mieux le gérer. Ça prend une certaine maturité.»

Père de deux enfants de quatre ans et un an et demi, le résident de Québec n’a pas prévu repartir à l’aventure prochainement. Il commencera par profiter d’un Noël avec les siens cette année, lui qui a passé le réveillon seul dans sa tente l’an dernier. «On va prendre le temps de passer quelques années avec les enfants! […] On se fait un igloo en arrière pour initier mon petit bonhomme aux joies de l’hiver», a-t-il dit.

On risque toutefois fort bien d’entendre parler de lui de nouveau. «C’est comme une drogue […] J’ai d’autres projets en tête.» Tant que la santé sera de son côté, M. Lapierre entend viser gros, au moins «jusqu’à 50 ans!». «Je touche du bois, la santé est là. On va y aller avec ce que le corps nous permet de faire!»