Pour deux dirigeants de maisons de thérapie, il est clair que la décision de Loto-Québec de se lancer dans le poker en ligne va augmenter le nombre de joueurs pathologiques.

Poker en ligne: des groupes dénoncent le glamour et l'illusion

La notion de hasard dans le poker est trop souvent négligée ou totalement escamotée, et c'est ce qui en fait un jeu dangereux. Telles sont les craintes exprimées par les dirigeants de deux maisons de thérapie pour joueurs compulsifs de la région de Québec.
«Jouer au poker, c'est beaucoup plus glamour que la loterie vidéo. Des héros, des gens célèbres s'y adonnent», dit Lynda Poirier. La directrice de la maison de thérapie La CASA craint que ces images attirent une nouvelle clientèle maintenant que le poker en ligne sera légalisé.
«Les légendes urbaines selon lesquelles on peut s'enrichir et même vivre du poker augmentent l'attrait du jeu», ajoute Mme Poirier. Elle a assisté à la naissance des appareils de loterie vidéo légalisés par Loto-Québec. Là aussi des gens ont cru qu'avec la légalité on pourrait s'enrichir avec ces appareils, se rappelle-t-elle.
La directrice de la CASA se demande si encore une fois le gouvernement n'avance pas de façon précipitée sans être capable de mesurer toutes les conséquences. Elle attribue la popularité du poker au fait que les joueurs peuvent développer leur habileté et améliorer leur jeu. «Mais il reste toujours une part de hasard, dont on ne parle pas suffisamment.»
L'illusion de contrôler le jeu est encore plus présente au poker qu'avec les appareils de loterie vidéo, et c'est là le danger, de dire le directeur de la maison Au seuil de l'harmonie. Pierre Vachon s'inquiète beaucoup du phénomène social de l'attrait du jeu, «une espèce de rêve, d'illusion de devenir riche rapidement sans trop d'efforts».
On peut vivre du jeu, reconnaît M. Vachon. «Comme certains vivent du hockey. Mais combien réussissent sur le nombre qui en rêvent?» Pour les deux dirigeants de maisons de thérapie, il est clair que la décision de Loto-Québec de se lancer dans le poker en ligne va augmenter le nombre de joueurs pathologiques. «C'est une simple question mathématique», analyse M. Vachon. Les statistiques démontrent que 2,5 % des joueurs développent un problème. Si vous augmentez le nombre de joueurs, vous augmentez nécessairement celui des joueurs compulsifs, ajoute M. Vachon.
Isabelle Martin mène une recherche sur le poker, en ligne ou en personne face à d'autres joueurs. Pour la professeure de l'Université de Sherbrooke, le poker en ligne comporte plus de risques, et les gens jouent plus longtemps en ligne que lorsqu'ils sont à une table.
Mme Martin a longtemps mené des recherches et fait de la prévention auprès des jeunes du secondaire.
Les jeunes, dit-elle, auront l'impression que le jeu est sans risque, parce qu'un site gouvernemental sera nécessairement plus sécuritaire. Déjà 5 % des ados s'adonnent aux jeux en ligne. Mme Martin a bien hâte de connaître comment le gouvernement réussira à contrôler l'âge des joueurs, à limiter la durée d'une séance de jeu et, surtout, à limiter les pertes des joueurs. Il faudra nécessairement une carte de crédit pour jouer en ligne, ce que de nombreux mineurs possèdent déjà, dit-elle. Sans compter les cartes de crédit prépayées que n'importe qui peut se procurer.