Les points de contrôle établis samedi à Pointe-à-la-Croix et Listuguj sont assurés par la Sûreté du Québec dans le premier cas et par des citoyens supervisés par les policiers autochtones dans le second.
Les points de contrôle établis samedi à Pointe-à-la-Croix et Listuguj sont assurés par la Sûreté du Québec dans le premier cas et par des citoyens supervisés par les policiers autochtones dans le second.

Pointe-à-la-Croix pourrait se retirer de la «bulle du Restigouche»

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
POINTE-À-LA-CROIX – Le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold, croit que les élus de sa municipalité pourraient décider de sortir de la «bulle du Restigouche», en raison des conditions «inacceptables» imposées par le Nouveau-Brunswick pour que les citoyens du centre et de l’ouest de la MRC d’Avignon continuent de se rendre dans le village frontalier.

À cause de la pandémie, Pointe-à-la-Croix et la communauté voisine de Listuguj, toutes deux situées en Gaspésie, ont été incluses, comme le reste de la MRC d’Avignon, dans la bulle du Restigouche le 1er août en raison des rapports étroits de leurs citoyens avec les voisins immédiats du Nouveau-Brunswick, surtout ceux de Campbellton et d’Atholville. Le Restigouche est un secteur du nord de cette province atlantique.

Cette inclusion dans cette partie de bulle atlantique a été limitée à Pointe-à-la-Croix et Listuguj à partir du 25 septembre. Les citoyens des deux localités pouvaient se rendre au Nouveau-Brunswick pour le travail, pour les soins de santé, pour certains besoins commerciaux et à des fins sociales, les familles vivant parfois de part et d’autre de la rivière Restigouche.

Jusqu’au samedi 3 octobre, les citoyens du reste de la MRC d’Avignon, soit de Maria à l’Ascension-de-Patapédia, incluant Carleton-sur-Mer, Nouvelle et le village de Matapédia, pouvaient continuer de se rendre à Pointe-à-la-Croix et Listuguj.

En raison de la forte incidence des cas de COVID-19 dans l’est de la MRC d’Avignon, c’est-à-dire à Nouvelle, Carleton-sur-Mer et Maria, en zone rouge depuis 23h59 lundi, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a décrété que tout le monde vivant ailleurs dans cette MRC ne pouvait se rendre à Pointe-à-la-Croix ou Listuguj. D’Escuminac à l’Ascension, les cas de coronavirus sont toutefois rares.

Le maire Bujold associe cette décision du Nouveau-Brunswick à de l’ingérence en sol québécois. Il discute avec les autorités néo-brunswickoises depuis fin de semaine, avec d’autres maires et des représentants de l’État québécois, pour tenter de modifier le contexte.

«Hier (lundi), on a soumis au gouvernement du Nouveau-Brunswick une liste des commerçants que les gens d’Escuminac à l’Ascension pourraient continuer à fréquenter. Ils (les autorités néo-brunswickoises) ont demandé de revoir la liste à la baisse. On ne peut pas accepter ça. On pourrait fermer la bulle de Pointe-à-la-Croix pour rester accessible aux secteurs centre et ouest d’Avignon. Dès la première journée de formation de la bulle, j’avais dit que jamais, je ne viendrais séparer la MRC et c’est ce qui est arrivé, contre mon gré», déplore M. Bujold.

Il rappelle que l’arrêté en conseil adopté par le gouvernement du Nouveau-Brunswick vendredi et entré en vigueur samedi est passablement différent de l’entente négociée initialement, entre le ministère de la Sécurité publique du Québec, sa contrepartie néo-brunswickoise, de même que les deux directions de santé publiques.

«Initialement, il y a une dizaine de jours, il devait y avoir un point de «sensibilisation» à Pointe-à-la-Croix, un endroit où on informerait les gens de l’importance de respecter les règles de la bulle (Pointe-à-la-Croix-Listuguj-Restigouche). Le plan a été déposé par le Québec, et approuvé par le Nouveau-Brunswick. On précisait que l’accès de certaines personnes pourrait être refusé. Une semaine plus tard, l’arrêté en conseil est différent de ce qui avait été accepté. Ça confine mes citoyens. On est loin de l’entente initiale», dénonce Pascal Bujold.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, en a rajouté en point de presse mardi en précisant ne pas prévoir «élargir la bulle; je prévois la resserrer».

Le préfet de la MRC d’Avignon, Mathieu Lapointe résume la situation en disant «qu’une solution idéale ne semble pas exister».

Pointe-à-la-Croix constitue le principal village du centre et de l’ouest de la MRC d’Avignon. Des gens d’Escuminac à l’Ascension y travaillent, notamment. C’est là que se trouve le seul supermarché des huit villages de ces secteurs, bien que des épiceries assez complètes se trouvent à Matapédia, à Saint-Alexis et à Saint-François. Les gens d’Avignon fréquentent assez fortement les commerces du Nouveau-Brunswick en temps normal, mais la pandémie a compliqué le maintien de ces habitudes. Des Néo-Brunswickois fréquentent aussi certains commerces de Pointe-à-la-Croix et Listuguj.

Chez les 2100 Mi’gmaqs de Listuguj, le recours aux commerces de Campbellton est encore plus ancré dans les habitudes. De plus, une grande partie des étudiants autochtones du secondaire fréquentent le Sugarloaf High School, de Campbellton.

Les points de contrôle établis samedi à Pointe-à-la-Croix et Listuguj sont assurés par la Sûreté du Québec dans le premier cas et par des citoyens supervisés par les policiers autochtones dans le second.

La circulation y est plus modérée que d’habitude. Pendant les 20 minutes de passage du Soleil au point de contrôle de Pointe-à-la-Croix mardi, un seul automobiliste, de Nouvelle, donc en zone rouge, a dû rebrousser chemin. Il venait chercher des cigarettes. Les refus ont été plus fréquents du côté de Listuguj. Des gens roulent parfois de 100 à 200 kilomètres pour se ravitailler en cigarettes, sans succès ces jours-ci.