Une frénésie s’est emparée d’un grand nombre de Canadiens lorsque les Raptors de Toronto ont défait les Warriors de Golden State lors de la finale de la NBA au printemps 2019.
Une frénésie s’est emparée d’un grand nombre de Canadiens lorsque les Raptors de Toronto ont défait les Warriors de Golden State lors de la finale de la NBA au printemps 2019.

Plusieurs tendances ont secoué le Canada au cours de la dernière décennie

La dernière décennie au Canada a été marquée par des changements sociaux sismiques. Nous avons changé notre façon de parler de genre, de politique mondiale, de drogue et de ce que cela signifie d’être Canadien.

Voici comment le discours a évolué autour de plusieurs sujets qui définissent ce pays, particulièrement du côté du Canada anglais, et les gens qui y vivent:

Opioïdes 

La crise des opioïdes s’est amorcée au début de la décennie par une prescription excessive de ces médicaments. La situation s’est aggravée par l’apparition dans les rues de drogues synthétiques comme le carfentanil et le fentanyl. Une infirme quantité de ces drogues peut déclencher une surdose mortelle.

«La crise des opioïdes est sans aucun doute la plus grande crise de santé publique de notre génération», soutient Benjamin Perrin, l’auteur de Overdose: Heartbreak and Hope in Canada’s Opioid Crisis, un livre qui devrait paraître l’an prochain.

Selon des données récentes de l’Agence de la santé publique du Canada, le nombre de personnes mortes à la suite d’une surdose présumée d’opioïdes au Canada depuis 2016 a atteint 13 913. M. Perrin estime qu’une personne meurt d’une overdose toutes les deux heures.

Dans une entrevue à La Presse canadienne, au début du mois, le premier ministre fédéral Justin Trudeau a promis de mener une plus grande lutte contre la crise, notamment en créant plus de sites de consommation supervisée et en donnant aux médecins plus d’autorité pour prescrire des solutions de rechange aux drogues de la rue.

Cependant, il a déclaré que la dépénalisation de tous les médicaments n’est pas la «panacée» à la crise.

Identité de genre 

En 2011, un couple torontois a déclenché une frénésie lorsqu’ils ont décidé de ne pas révéler le sexe de leur bébé, Storm.

«Les commentaires vitrioliques étaient exceptionnellement nombreux», se souvient May Friedman, une professeur de l’Univesité Ryerson, de Toronto, expert sur la question de l’identité de genre.

Au cours des cinq dernières années, ce concept a lentement fait son chemin, devenant plus acceptable.

«Je ne dirais toujours pas que c’est une décision courante, mais dans les centres urbains, ce n’est pas complètement bizarre comme c’était perçu comme en 2011.»

Mme Friedman souligne que le moment tournant s’est déroulé au milieu de la décennie lorsque les personnes trans et les entre-deux sont devenus suffisamment visibles dans les médias. Le fait d’être trans et de moins accorder d’importance aux normes de genre pour les enfants a cessé d’être considéré comme une idée radicale.

Aujourd’hui, les gens mettent un pronom dans leurs signatures électroniques. De nombreuses salles de bain accueillent quiconque s’identifie comme un homme ou une femme. Certains endroits ont même abandonné l’idée de toilette séparée selon le genre.

Mme Friedman reconnaît qu’il y a encore des progrès à réaliser, particulièrement en ce qui concerne la diversité ethnique des personnes transgenres qui ne sont pas moins visibles dans les médias que les LBGTQ blancs.

Drake

Quand Thank Me Later est sorti en 2010, peu de gens prédisaient que l’artiste canadien - décrit à l’époque comme un chanteur de tendance emo par le site Pitchfork - deviendrait l’une des figures dominantes de la scène pop à l’échelle internationale. Drake a été le chanteur le plus écouté de la décennie sur Spotify. Son oeuvre a contribué à placer la ville de Toronto parmi les plaques tournantes du hip hop.

«Avant tout, c’est sa capacité à plaire à une grande variété d’admirateurs qui peuvent s’identifier aux divers aspects de sa riche personnalité, mentionne Ken McLeod, un professeur de musicologie à l’Université de Toronto. Au cours de la dernière décennie, les services de streaming ont élargi les goûts musicaux. La diversité ethnique et musicale est de plus en plus valorisée. Drake se trouve d’un point de vue métaphorique au centre d’un diagramme de Venn culturel et stylistique.»

Immobilier 

Les prix des maisons ont plus que doublé depuis le début de la décennie. En conséquence: l’accès à la propriété devient de plus en plus hors de portée pour de nombreux jeunes, notamment dans deux des principales villes du Canada, Toronto et Vancouver, signale John Pasalis, président du site immobilier Realosophy.

En 2010, M. Pasalis estime que le prix moyen d’une propriété à Toronto était environ cinq fois plus élevé que le revenu annuel moyen. Aujourd’hui, il est maintenant huit fois plus élevé. La situation est semblable à Vancouver, avance-t-il.

«La génération actuelle de nouveaux acheteurs se bat avec des loyers vertigineux et un marché qui est beaucoup plus difficile à pénétrer qu’il y a dix ans, déplore M. Pasalis. Il est plus difficile d’économiser et il est plus difficile d’accéder au marché.»

Les mesures de contrôle du marché prises par les gouvernements ont eu des effets mitigés. Selon M. Pasalis, le test de résistance hypothécaire a conduit plus de gens à acheter des condos et a considérablement gonflé leurs prix. À Vancouver, une taxe sur les acheteurs étrangers a assoupli le marché, mais les prix y sont toujours exorbitants.

Les Raptors de Toronto

Une frénésie s’est emparée d’un grand nombre de Canadiens lorsque les Raptors de Toronto ont défait les Warriors de Golden State lors de la finale de la NBA au printemps 2019. Des milliers de personnes se rassemblaient dans tout le pays pour suivre le périple de l’équipe sur des écrans géants.

Mais la patience a été de mise. En 2011, les Raptors avaient présenté la deuxième pire fiche de la conférence de l’Est.

Le directeur général Marai Ujiri s’est souvent montré audacieux, congédiant l’entraîneur-chef Dwane Casey et envoyant le joueur étoile DeMar DeRozan à San Antonio pour obtenir celui qui allait devenir le grand contributeur à la conquête du championnat, Kawhi Leonard.

Les succès des Raptors ont démontré que le basket-ball commençait à rivaliser avec le hockey, dit Laurel Walzak, Laurel Walzak, spécialiste des médias sportifs à l’Université Ryerson.

«Je ne pense pas que cela puisse se répéter dans n’importe quel autre sport à l’avenir. C’était une véritable union de fans et une véritable union du Canada», ajoute Mme Walzak.

Chine

La dernière décennie a vu l’émergence de la Chine parmi les économies dominantes de la planète. Les implications de cette montée en puissance ont été ressenties au Canada.

Les deux premiers ministres canadiens de la dernière décennie ont eu des approches très différentes des relations avec la Chine, explique Lynette Ong, une spécialiste de la Chine de l’Université de Toronto.

«La Chine n’était pas une priorité pour le gouvernement de Stephen Harper, ni à titre de partenaire commercial, ni sur le plan de la politique étrangère. Le gouvernement de Justin Trudeau a fait basculer le pendule dans l’autre sens» dit-elle.

Mais le Canada s’est retrouvé au coeur d’une tourmente diplomatique avec la Chine après avoir arrêté Meng Wanzhou, la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei à la demande des États-Unis.

En représailles, Pékin a détenu deux Canadiens, Michael Spavor et Michael Kovrig.

Malgré les tensions actuelles, Mme Ong voit des avantages potentiels à la montée en puissance de la Chine.

«Il existe une grande complémentarité entre nos deux pays. Le commerce pourrait prendre une ampleur considérable, fait-elle valoir. Si nous sommes en mesure de gérer efficacement les risques, le Canada a beaucoup à gagner du commerce avec la Chine.»