Plus verte et moins chère, l’hydroélectricité?

L’AFFIRMATION: «La plus grande contribution environnementale que le Québec peut faire pour la planète serait d’exporter plus d’hydroélectricité. On est chanceux, on a des barrages hydroélectriques et on pourrait en ajouter d’autres. L’important c’est de remplacer des centrales au charbon, au gaz et nucléaires qu’il y a chez nos voisins. […] C’est mieux pour l’environnement et c’est moins coûteux que les autres centrales», a déclaré le chef caquiste François Legault lors d’un point de presse, mardi matin.

LES FAITS

D’un point de vue purement technique, si on construisait des barrages dans tous les secteurs qui peuvent s’y prêter, on pourrait plus que doubler la production hydroélectrique au Québec, selon une estimation de l’Association canadienne de l’hydroélectricité. La «puissance installée» (les barrages déjà en place) est de 38 400 mégawatts (MW) alors qu’il reste un potentiel de 42 400 MW qui serait techniquement harnachable dans la Belle Province.

Et ce serait en effet une très belle contribution environnementale si le Québec vendait plus de son électricité propre sur les marchés nord-américains dominés par le gaz et le charbon, dit Pierre-Olivier Pineau, professeur aux HEC et spécialiste des questions énergétiques. L’ennui, ajoute-t-il cependant, c’est que «techniquement faisable» ne veut pas dire «rentable». Le potentiel restant au Québec est largement constitué de rivières éloignées où il coûte cher de construire, et dans plusieurs cas, dit-il, «cela ne respecterait probablement pas les débits minimaux qu’on veut que les rivières conservent pour préserver leurs écosystèmes» — ce qui serait une «contribution» assez paradoxale pour l’environnement.

Et c’est sans compter que la topographie autour de plusieurs de ces rivières «potentielles» ne permettrait pas de construire de gros réservoirs, ce qui impliquerait que ces barrages ne produiraient pas à l’année, ou du moins qu’ils devraient réduire leur production à la fin de l’été et en automne, quand les débits sont faibles. «À ce moment-là, l’hydroélectricité n’a pas plus d’intérêt que l’éolien», signale le physicien Normand Mousseau, qui a coprésidé la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, en 2013.

En outre, disent MM. Mousseau et Pineau, le principal frein aux exportations québécoises d’électricité n’est pas la production (Hydro-Québec est prise avec des surplus bien documentés), mais plutôt les lignes de transport d’électricité, qui sont saturées. Il y a des projets de raccord à l’étude présentement, mais ils sont coûteux et politiquement très sensibles. Que l’on songe au projet Northern Pass, qui devait amener de l’électricité québécoise vers le Massachusetts en passant par le New Hampshire et qui a été rejeté récemment — le promoteur songe maintenant à passer par le Maine.

«Cela dit, je ne sais pas pourquoi M. Legault s’entête à vouloir construire de nouveaux barrages», se questionne M. Pineau. S’il est vrai que l’électricité produite par les barrages qui sont finis de payer est très peu chère, à moins de 1 ¢ du kilowatt-heure (kWh), il en va autrement d’un barrage que l’on devrait construire demain matin. Hydro-Québec avance le chiffre de 6,4 ¢/kWh pour son nouveau complexe La Romaine, mais cette estimation a été remise en question par divers experts, dont certains parlent plutôt de 10 ¢/kWh.

Selon des chiffres de l’Administration américaine d’information sur l’énergie, un barrage dont on commencerait la construction cette année pour une mise en service en 2022 aurait un coût de revient de 7,4 ¢/kWh. C’est moins que le nucléaire de dernière génération (9 ¢/kWh), mais c’est plus que l’éolien (4,8 ¢/kWh), le solaire (5,9 ¢/kWh) et le gaz naturel (4,8 ¢/kWh).

Or, souligne M. Mousseau, 7,4 ¢/kWh, c’est plus que ce que va chercher Hydro-Québec à l’exportation. «En moyenne, on est à 4,6 ¢/kWh si on regarde les résultats de l’an dernier», dit-il, en bonne partie parce que les lignes de transmission sont saturées aux heures de grande consommation et que les seuls moments où l’on peut exporter plus d’énergie, les prix sont complètement déprimés.

Hydro-Québec estime le coût de l’électricité produit à la centrale La Romaine à 6,4 ¢/kWh. Cette estimation a été remise en question par divers experts, dont certains parlent plutôt de 10 ¢/kWh.

LE VERDICT

Déformant. Il est vrai qu’il y aurait de beaux avantages économiques et environnementaux à exporter davantage d’hydroélectricité aux États-Unis et en Ontario, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Il est faux de dire que le Québec peut encore construire d’autres barrages (en tout cas, pas dans des sites intéressants). De toute manière, c’est la capacité de transport, pas la puissance installée, qui limite les exportations. Et il est aussi faux de dire que l’hydroélectricité est moins chère que les autres sources d’électricité.