Dès son entrée en fonction en janvier 2017, Donald Trump a signé un décret interdisant le franchissement des frontières américaines aux ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane.

Plus de 200 000 Salvadoriens perdent leur statut protégé aux États-Unis

WASHINGTON — L’administration Trump a annoncé lundi la fin en 2019 d’un dispositif empêchant l’expulsion de 200 000 Salvadoriens résidant aux États-Unis, nouveau signe du durcissement de la politique migratoire américaine.

L’annonce a été dénoncée par des organisations de défense des immigrés et des élus qui ont mis l’accent sur la pauvreté et la criminalité endémique qui règne dans le pays.

Le statut de protection temporaire (TPS), qui permet de travailler légalement sans titre de séjour, avait été instauré en mars 2001 pour le Salvador à la suite de l’arrivée massive de réfugiés après deux tremblements de terre dévastateurs.

«Les conditions initiales causées par les séismes de 2001 n’existent plus», a expliqué dans un communiqué le DHS, affirmant que la reconstruction des infrastructures avait été menée à bien.

Le sursis accordé — jusqu’au 9 septembre 2019 — donne le temps aux personnes concernées de «préparer leur départ ou de demander un autre statut légal d’immigration», a précisé le DHS, soulignant qu’il doit aussi permettre au Congrès de «légiférer sur une solution permanente».

«Ma vie est ici»

Mais pour les bénéficiaires du TPS, l’annonce est un coup de massue.

«Ma vie est ici», a dit à l’AFP Minda Hernandez, mère de famille de 48 ans. «C’est ici que j’ai ma maison et que je paie mes impôts. Je suis bien ici, même si on se tue au travail.»

Cette femme de ménage à Long Island, près de New York, craint surtout pour l’avenir de son fils de 16 ans, né aux États-Unis: «Il est adolescent et il y a là-bas beaucoup de délinquance et de gangs. Mais si je ne l’emmène pas, comment puis-je le laisser seul dans ce pays? Il veut continuer ses études, aller à l’université.»

«Je ne comprends pas», réagit Christian Chavez, chauffeur de taxi à Houston, au Texas. «Le président Trump dit qu’il est contre les immigrés illégaux. Mais nous ne sommes pas des illégaux, nous sommes ici légalement.»

La mesure va «bouleverser la vie de 200 000 personnes et de leurs 190 000 enfants nés aux États-Unis, forçant les familles à un “choix de Sophie” inadmissible», a accusé Hector Figueroa, responsable d’un des principaux syndicats représentant les immigrés.

La sénatrice démocrate du Nevada, Catherine Cortez Masto, a fustigé le président Trump qui «utilise les immigrants comme des boucs émissaires», appelant le Congrès à «trouver une solution pérenne pour les bénéficiaires du TPS qui perdent leur statut».

Selon le Centre d’étude des migrations, les Salvadoriens sont un modèle d’intégration avec un taux d’emploi de 88%. Ils résident en majorité en Californie, au Texas et autour de la capitale fédérale Washington.

Le gouvernement salvadorien s’est félicité d’avoir obtenu ce délai, considéré comme «une reconnaissance de l’apport de nos compatriotes [qui] représentent une main-d’œuvre importante pour ce pays». Il a rappelé les «solides liens d’amitié et de coopération» entre les deux pays qui sont des «alliés historiques».

En décembre, le Salvador a été l’un des neuf pays à voter contre une résolution de l’ONU condamnant la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Monnaie d’échange

La lutte contre l’immigration clandestine est l’un des chevaux de bataille de Donald Trump.

L’administration a abrogé en 2017 le TPS pour près de 60 000 Haïtiens, plus de 5000 Nicaraguayens et un millier de Soudanais. Quelque 57 000 Honduriens connaîtront leur sort en juillet.

Dès son entrée en fonction en janvier 2017, M. Trump a signé un décret interdisant le franchissement des frontières américaines aux ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane.

Ce décret a fait l’objet d’une intense bataille judiciaire. La troisième version du texte vise sept pays (Yémen, Syrie, Libye, Iran, Somalie, Corée du Nord et Tchad).

Après l’attentat de New York perpétré par un Ouzbek le 31 octobre, le milliardaire a annoncé la fin du Programme de loterie de visas de diversité, un tirage au sort qui offrait chaque année un permis de résidence (carte verte) à 50 000 étrangers. Il veut également supprimer le regroupement familial.

Et il a mis dans la balance le sort de 690 000 jeunes arrivés clandestinement avec leurs parents et qui ont obtenu de l’administration Obama un permis de travail et une garantie qu’ils ne seraient pas expulsés. M. Trump espère monnayer le maintien de ce programme, baptisé Daca, avec l’opposition démocrate en échange du financement de son projet de mur à la frontière du Mexique, une promesse de campagne.

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LE CANADA S'ORGANISE POUR ÉVITER UNE VAGUE DE MIGRANTS SALVADORIENS

MONTRÉAL — Le Canada «veut s’assurer d’être prêt» à l’éventuelle arrivée massive de migrants salvadoriens, actuellement au nombre de près de 200 000 aux États-Unis dont le statut spécial sera résilié dans 18 mois, a indiqué lundi le ministre de la sécurité publique.

«Nous devons être prêts à toutes les éventualités et nous le sommes», a assuré le ministre canadien de la Sécurité publique Ralph Goodale à la télévision CBC.

Le Canada travaille sur des mesures «depuis des mois» afin d’éviter une répétition de l’arrivée massive à la frontière canadienne de migrants haïtiens l’été dernier après la perte annoncée de leur propre statut temporaire aux États-Unis.

Au cours des 18 mois précédant la fin du statut de protection des quelque 200 000 Salvadoriens résidant aux États-Unis, le gouvernement canadien va «entrer en contact avec des groupes et organisations» représentant cette communauté aux États-Unis pour les dissuader de traverser illégalement la frontière canado-américaine, longue de 800 kilomètres.

Ralph Goodale a jugé que le délai de 18 mois donné aux Salvadoriens permet au Canada de s’organiser. Il a ajouté que c’est une demande que le gouvernement canadien avait transmis aux Américains.

Les réfugiés fuyant les États-Unis traversent illégalement la frontière dans des zones boisées, principalement au Québec, ou au Manitoba, afin de présenter une demande d’asile au Canada. Une majorité de ces demandes ont été rejetées pour les Haïtiens car non conformes aux conditions d’éligibilité canadiennes.

Le ministre de la Sécurité publique a également indiqué qu’une cinquantaine de demandeurs d’asile continuent à traverser quotidiennement la frontière au bout du chemin Roxham au Québec pour demander l’asile au Canada, bien que les températures hivernales avoisinent souvent les - 20 degrés Celsius.