Trente-deux nouvelles places ont été accordées à la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, toutes dans la MRC de la Côte-de-Gaspé.
Trente-deux nouvelles places ont été accordées à la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, toutes dans la MRC de la Côte-de-Gaspé.

Places en garderies: l’annonce déçoit en Gaspésie

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
GASPÉ - Parmi les 4359 nouvelles places en garderies annoncées par Québec lundi, 32 se trouvent en Gaspésie, où des centaines d’enfants sont sur la liste d’attente. Une situation jugée «critique» par la députée de Gaspé, qui y voit un frein important au développement de la région. Le ministre de la Famille assure être «bien au fait» de la situation et rappelle que le nombre annoncé est «à titre indicatif».

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a annoncé 4359 nouvelles places subventionnées en services de garde éducatifs à l'enfance, lundi matin. De ce nombre, 32 places ont été accordées à la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, toutes dans la MRC de la Côte-de-Gaspé.

Pourtant, depuis plusieurs mois, les intervenants régionaux martèlent que la région est aux prises avec une importante pénurie de places en garderie. Seulement pour la Ville de Gaspé, près de 120 enfants sont sur la liste d’attente. Même scénario dans la MRC voisine de Rocher-Percé, où un nombre semblable de familles n’ont pas accès à une garderie subventionnée. La situation serait aussi préoccupante dans la Baie-des-Chaleurs.

«C’est de la mauvaise volonté», lance d’entrée de jeu la députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry-Mélançon, qui porte le dossier depuis plus d’un an. «La région, les acteurs économiques et les familles se sont mobilisés comme jamais, et le gouvernement décide d’ignorer le problème», ajoute-t-elle.

Celle-ci se dit dans «l’incompréhension totale» de l’annonce du gouvernement, notant que certaines familles envisagent même de quitter la région s’ils ne trouvent pas de places en CPE. «On met de l’argent pour faire venir les jeunes familles en Gaspésie, mais on n'offre pas les services nécessaires pour qu’ils s’installent et restent!» s’insurge Mme Perry-Mélançon.

Développement économique

Vendredi dernier, de nombreux acteurs économiques locaux, soit la Chambre de commerce et de tourisme de Gaspé, le Carrefour Jeunesse-Emplois de la Côte-de-Gaspé ainsi que la Ville de Gaspé joignaient leurs voix à celle de la députée et pressaient le ministre de la Famille de «s’occuper du manque criant de places dans le milieu».

Ce manque de place freine le développement économique de la région, rapporte le maire de Gaspé, Daniel Côté. «La ville de Gaspé est sur un élan économique exceptionnel. La pénurie de place en garderies constitue l’un des principaux freins à notre essor», mentionne-t-il. Dans la circonscription de Gaspé, près de 300 familles sont en attente d’une place, et «la liste va assurément s’allonger s’il n’y a pas une intervention du gouvernement», selon la députée péquiste.


« On met de l’argent pour faire venir les jeunes familles en Gaspésie, mais on n'offre pas les services nécessaires pour qu’ils s’installent et restent! »
La députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry-Mélançon

En juillet, des dizaines de jeunes mères, accompagnées de leurs enfants, ont manifesté à Gaspé pour sensibiliser le gouvernement à la pénurie de places en CPE dans la région. Une manifestation similaire avait aussi eu lieu en janvier.

Le ministre a «bien entendu le message»

En entrevue avec Le Soleil, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a affirmé avoir «entendu le cri du cœur des gens de Gaspé», notamment depuis que le maire de la municipalité lui a exposé le problème. «Je suis bien au fait de la situation, mais en tant que ministre, on doit conjuguer avec les façons de faire habituelles du ministère», explique-t-il.

Selon les outils actuels du ministère de la Famille, Gaspé n’est pas considéré comme étant déficitaire en ce qui a trait aux places en garderie. «Au départ, Gaspé ne devait pas faire partie de l’annonce de lundi matin comme la situation n’est pas considérée comme déficitaire, note le ministre. On a fait un pas important en l’ajoutant à la liste», juge-t-il.

Ce dernier croit que la différence entre les cartes ministérielles et la réalité sur le terrain est en partie dûe à la grandeur du territoire ainsi qu’à l'imprévisibilité du développement de la région. «Nos outils se basent sur les données démographiques et de natalité. On peut difficilement évaluer l’impact d’une entreprise qui s’implante sur le terrain. Les outils [pour la distribution des places] doivent être améliorés, mais dans l’intervalle il faut être flexible», note-t-il.

Pour assurer cette flexibilité, le ministre rappelle que son appel de projet comporte 500 places réservées pour des projets futurs dans les communautés considérées à «faible équilibre», comme c’est le cas pour Gaspé. Seize régions ou sous-régions de la province sont considérées comme «à faible équilibre» par la ministère.