La maison Milot

Place Royale en chantier

EXCLUSIF / Il y aura de l’action à place Royale au cours des deux ou trois prochaines années, et ce n’est pas parce que des régiments touristiques envahiront le site «patrimonial» au pas de charge; ça, c’est déjà une réalité! Ce sont plutôt les ouvriers et leur outillage qui résonneront. Quatre bâtiments doivent être requinqués pour qu’ils demeurent beaux, mais aussi pour qu’un plus grand nombre de «vrais» habitants puissent y loger.

«Il y a quatre chantiers qui se préparent», annonce au Soleil Benoit-Pierre Bertrand, directeur du patrimoine immobilier à la Société de développement des entreprises culturelles. Une maison de la côte de la Montagne sera retapée, les autres sont aux abords de la place Royale et dans les rues voisines : Notre-Dame et Saint-Pierre. 

Attendez une minute. La SODEC à quelque chose à voir avec les structures de pierres des alentours de place Royale? Oui. Le bras immobilier de l’organisme étatique possède 26 immeubles ayant une valeur historique dans ce secteur (bit.ly/2sd45IL).

Du nombre, les quatre sujets de cet article : les maisons Joseph-Canac-Dit-Marquis; Milot; Dumont-LePicart; Jean-Renaud—des Jésuites.

Et il est temps de dépenser dans la pérennité, semble-t-il. Dépenser combien? Nous avons entendus les mots «million» et «millions» durant l’entrevue. Parfois, les travaux s’annoncent simples. Ailleurs, ce sera plus dispendieux : toiture d’époque en planches «à l’identique»; refaire au complet l’intérieur pour aménager des logements, incluant la plomberie et l’électricité… 

Vous avez bien lu logements. Car les «vieilles» pierres cachent des logis destinés à des résidents, souligne M. Bertrand. «À place Royale, la SODEC a 57 appartements. Tout est loué à du vrai monde. Il n’y a pas de Airbnb.» Nous avons encadré vieilles par des guillemets. Car celles qui habillent ces chez-soi ne sont pas aussi âgées qu’on pourrait le penser. La maison Joseph-Canac-Dit-Marquis de la côte de la Montagne est «plutôt authentique». Les autres sont des reproductions d’époque réalisées durant les années 70. M. Bertrand évoque des «restaurations stylistiques […] pour reproduire le régime français».

L’approche patrimoniale a changé depuis.

Mais, peu importe le débat sur l’approche théorique, il demeure que dans la pratique les éléments ont fait leur œuvre. Et que des ouvriers prendront d’assaut le site stratégique afin de réparer les dégâts.

Pas d’omelette...

La SODEC essaiera de ne pas trop nuire durant la saison touristique, des croisières. «En même temps, on ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs.»

M. Bertrand veut éviter que le chantier se transforme en «cirque». Notamment en espaçant les travaux. 

«Il faut rappeler que le lieu est petit, qu’il est habité, qu’il est visité, qu’il est exploité commercialement […] et que différentes activités s’y déroulent», soulignent, à propos, des documents officiels. Un défi pour les bâtisseurs qui devront «s’efforcer de réduire ou de contenir le bruit, la poussière, les émissions de particules, la présence de plusieurs véhicules, etc.»

N’empêche, des travaux préliminaires sont déjà en cours. Dès août, les entrepreneurs pourraient se mettre au boulot. Et ils seront sur place au moins jusqu’en décembre 2019. Au moins. Notre interlocuteur évoque deux ou trois ans de travaux.

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QUATRE IMMEUBLES À RÉNOVER

1  Maison Milot

40, rue Notre-Dame

Jean Talon est devenu le premier intendant de la Nouvelle-France, chargé de mettre en application les directives royales pour le développement de la colonie. Il a été propriétaire du terrain de 1667 à 1687. C’est en 1689 que celui qui a donné son nom à la maison, Jean Milot, érige la demeure. Il était marchand. Le bâtiment repose sur une fondation de pierre en forme de voûte. Brûlée en 1966, la maison Milot, comme tout le secteur, a été restaurée au début des années 70 dans le style Nouvelle-France. Une galerie d’art occupe présentement toute la demeure.

2 Maison Joseph-Canac-Dit-Marquis

64 et 66, côte de la Montagne

La maison Joseph-Canac-Dit-Marquis

Cette maison classée «immeuble patrimonial» est une des plus âgées au Québec. Elle est d’ailleurs plantée sur un des plus anciens sites d’occupation française de la capitale. Il y a eu une installation de défense militaire dès 1620; la première maison a cependant été érigée en 1679. Celle-ci a toutefois subi des dommages importants durant le siège des Anglais en 1759. Joseph Canac dit Marquis l’achète en 1768 et reconstruit; il y habitera avec sa famille jusqu’en 1806. Elle sera agrandie en 1867 sur la falaise : il y a donc quatre étages et demi à l’arrière, contre deux étages et demi sur la côte. Propriété étatique, elle est toujours habitée par un seul ménage.

3 Maison Dumont-LePicart

30, rue Notre-Dame ainsi que 1 et 3, place Royale

La maison Dumont-LePicart

Le bâtiment est né de la fusion de deux maisons «construites» en 1689, juste après le début de l’érection de l’église Notre-Dame-des-Victoires. La Lambert-Dumont fait le coin de rue. Victime du feu de 1966, elle a été reconstruite par l’État en 1972 selon la description du bien rédigée au décès d’Eustache Lambert Dumont en 1835. 

La maison Le Picart est aussi une reproduction, puisque le dernier bâtiment ayant occupé le lot a été démoli en 1971. Elle a donc peu de valeur patrimoniale puisqu’il s’agit d’une reconstitution de la maison LePicart érigée au XVIIsiècle. Certains se souviendront que la Maison des vins logeait ici à une autre époque. Une boutique loge maintenant au rez-de-chaussée; l’étage et les combles restent à aménager.

4 Maison Jean-Renaud/des Jésuites

2 à 20, rue Saint-Pierre ainsi que 25 et 27, rue de la Place

La maison Jean-Renaud/des Jésuites

Immeuble patrimonial classé regroupant deux structures. L’origine de la maison Jean-Renaud remonte à 1686, alors qu’un premier bâtiment est érigé sur le terrain. L’architecture a évolué plusieurs fois au fil du temps. Mais l’État québécois a décidé de lui redonner un style Régime français durant la restauration du quartier des années 70. D’où son nom actuel, soit celui de Jean Renaud, négociant et grand voyer (chargé de l’administration des voies publiques). Il a bâti sa maison en 1768 sur les ruines de la précédente, amochée durant le siège de Québec de 1759. Juste à côté, encore une reproduction effectuées durant les années 70 selon l’aspect de la fin du Régime français : la maison des Jésuites, architecturée dès 1684. L’habitation d’origine a été lourdement abîmée par les bombardements de 1759, puis par un incendie en 1836. Aujourd’hui, un commerce et sept appartements occupent les lieux.  

Sources : Répertoire du patrimoine culturel du Québec, SODEC, Commission de toponymie du Québec, Ville de Québec