Le député de Charlesbourg—Haute-Saint-Charles, Pierre Paul-Hus.
Le député de Charlesbourg—Haute-Saint-Charles, Pierre Paul-Hus.

Pierre Paul-Hus: des élections fédérales en temps de COVID? «S’il le faut, il le faut»

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
LA POLITIQUE EN QUESTIONS / Les conservateurs refusent d’appuyer le discours du Trône promulgué par le gouvernement de Justin Trudeau cette semaine, quitte à déclencher de nouvelles élections fédérales. Député de Charlesbourg—Haute-Saint-Charles et critique de l’opposition officielle à Ottawa en matière de services publics et d’approvisionnement, Pierre Paul-Hus se penche sur la suite des choses aux Communes en temps de pandémie.

Q Quelles ont été vos premières impressions sur le discours du Trône et l’adresse à la nation de Justin Trudeau, mercredi?

R J’ai été très déçu. Comme la plupart des observateurs politiques au Québec.

L’unité nationale était primordiale pour les conservateurs. Plusieurs parties du Canada ont des problématiques, alors l’unité est importante. Et la première chose que fait M. Trudeau, c’est de s’ingérer dans les compétences provinciales, en santé particulièrement. Pour nous, ç’a été l’affront envers les provinces, particulièrement le Québec.

Aussi, on comprend qu’on a eu et qu’on a encore besoin de programmes pour aider les entrepreneurs et la population contre les effets économiques de la COVID. Mais il reste qu’on voit un manque de contrôle flagrant des finances publiques. On annonce des programmes qui n’ont rien à voir avec la COVID, mais qui vont coûter des milliards et des milliards de dollars, sans mettre un budget là-dessus et sans moyens de contrôle.

Q À moins d’une surprise, le NPD votera pour le discours du Trône et les élections ne sont pas pour tout de suite. Que comptent faire valoir les conservateurs dans les prochaines semaines?

R On demande de reprendre le contrôle des finances publiques, après avoir creusé un déficit de 353 milliards $ depuis six mois.

Il faut continuer à avoir des mesures d’aide pour la COVID, mais tout en resserrant les règles impérativement. Il ne faut surtout pas commencer à créer de nouveaux programmes structurels, qui vont creuser encore plus le déficit canadien. On ne peut pas s’en permettre plus.

La réponse du gouvernement libéral de dire qu’on a des taux d’intérêt bas, c’est totalement stupide! On peut avoir des taux bas en ce moment, mais on ne sait pas ce que ce sera dans six mois, dans un an, deux ans. Et il ne faut pas oublier que ces déficits-là vont s’accumuler, s’additionner à la dette et on va devoir payer de l’intérêt! Juste pour le 353 milliards $, on parle de 18 milliards $ par année en intérêt. C’est de l’argent qu’on va devoir prendre des budgets et qu’on ne pourra pas mettre ailleurs.

Q Comment justifier une élection en période de crise, que ce soit cet automne ou au printemps?

R La situation de la COVID n’est pas idéale pour tenir une élection, on le comprend. Par contre, le Nouveau-Brunswick vient d’en tenir une, la Colombie-Britannique en a déclenché une, lundi. Si les provinces le font, ce n’est pas impossible. Il y a des situations où si on n’a pas le choix, on doit y aller. Dans l’intérêt du Canada.

On pourrait même reculer de cinq ans, mais là, ça devient encore plus flagrant qu’avec Justin Trudeau à la tête du pays, on ne peut pas continuer plus longtemps. Si on doit faire une élection, il y aura des moyens, en respectant les mesures sanitaires, de procéder. On est d’accord que ce n’est pas idéal, mais s’il le faut, il le faut.

Q L’arrivée d’un nouveau chef chez les conservateurs fédéraux change la dynamique, autant dans le parti qu’avec les autres formations. Qu’est-ce qui marque l’arrivée d’Erin O’Toole?

R Ce qui frappe les gens, c’est de voir son leadership. C’est un gars sûr de lui, qui sait où il s’en va. Aussi, son approche envers le Québec mise de l’avant pendant la course à la chefferie, sa plate-forme, la rencontre positive avec François Legault. Un Parti conservateur qui respecte les champs de compétences, qui travaille en collaboration avec le Québec, c’est ce qui va plaire aux Québécois.

Erin O’Toole est un homme qui démontre du leadership, qui a été militaire, qui a des valeurs très terre-à-terre. Aussi, les deux peuples fondateurs qui ont créé ce pays, les Français et les Anglais, c’est important pour lui. C’est pour ça que la reconnaissance du Québec est très importante, tout comme la représentativité du Québec.

Q D’autres provinces ont adopté l’application de téléphone cellulaire pour détecter les contacts COVID, dont l’Ontario. Le gouvernement québécois devrait-il l’imposer?

R D’un point de vue théorique, cette application-là peut être utile. Par contre, d’un point de vue pratique, le problème, c’est le respect de la vie privée, le transfert d’informations. Il y a un manque de fiabilité. C’est pour ça que le Québec n’a pas voulu la prendre, parce que des experts en cybersécurité ont émis des réserves.

Ce n’est pas vrai que l’application fonctionne en mode autonome, il peut y avoir du piratage informatique sur les appareils. Donc, tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas les confirmations que le logiciel est à l’épreuve d’un piratage ou d’un vol de données, on doit continuer à avoir des réserves sur son utilisation.