« Un mercredi sur deux, quand c’est le jour de la paye, je ne dors plus le soir précédent. J’ai toujours peur de ne pas être payée », a lancée la Gatinoise Shirley Taylor en entrevue avec Le Droit au sujet du fiasco Phénix.

Phénix: «J’ai toujours peur de ne pas être payée»

Même chez les fonctionnaires fédéraux qui ont été épargnés ou presque par les problèmes, le fiasco Phénix a des impacts insoupçonnés. Le cas de la Gatinoise Shirley Taylor, qui s’avoue plus anxieuse qu’avant et qui a décidé de faire une croix sur sa retraite qu’elle aurait pu prendre dès juin, est révélateur.

Dans les faits, l’employée de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada a été relativement « chanceuse ». Elle n’a été privée de paie qu’à une seule reprise, à l’hiver 2017, et des erreurs liées aux cotisations de retraite ont aussi été commises dans le passé. Or, même si la situation s’est résorbée depuis, le mal était déjà fait.

« Je vis seule, alors mon budget est basé sur 100 % de mon salaire. Et ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, mais depuis, j’ai toujours une crainte de ne pas être payée. Un mercredi sur deux, quand c’est le jour de la paye, je ne dors plus le soir précédent. J’ai toujours peur de ne pas être payée », a-t-elle lancé au Droit lorsque rencontrée il y a une semaine à la manifestation soulignant le deuxième anniversaire de l’implantation du système de paie Phénix.

Dans son cas, l’erreur est survenue lorsqu’elle est revenue occuper ses fonctions régulières, après avoir eu un poste par intérim pendant un certain laps de temps.

« De nos jours, tout le monde a un peu de la difficulté à mettre de l’argent de côté, on a des hypothèques à payer, on a des voitures à payer, etc. Alors ils ont beau faire des avances salariales aux gens touchés, ce n’est que 60 % de ton salaire. Ça cause un trou dans le budget et ça prend du temps pour se sortir de là par la suite. [...] Moi, depuis ce temps, je ne magasine plus, je me prive volontairement de choses que j’aimais faire auparavant. Ç’a des impacts sur ma vie privée », raconte Mme Taylor.

À l’emploi de la fonction publique depuis 17 ans, la dame de 65 ans confie être tellement craintive de ne pas être payée correctement qu’elle a pris la décision de reporter sa retraite, dont elle aurait pu profiter dès l’amorce de l’été.

« Je ne la prends pas à cause de Phénix. Je ne sais même pas si je serai payée. Ce qu’ils disent et ce qui se passe réellement, ce sont deux choses, alors j’ai décidé d’attendre », explique la fonctionnaire, qui ajoute que le dossier Phénix est en train de « démolir » la santé mentale de certains de ses collègues.

Mme Taylor n’est pas tendre envers le gouvernement et la haute gestion, déplorant leur manque de compassion envers les milliers de fonctionnaires affectés au quotidien par ce fiasco.

Quand on lui demande quel message elle voudrait lancer au premier ministre Justin Trudeau si on lui offrait un entretien de 30 secondes avec lui, elle répond du tac au tac.

« Le kid, il serait peut-être temps que tu retournes à l’université, car il y a des degrés que tu as manqués. Tu dois apprendre que l’argent des payeurs de taxes, ce n’est pas l’argent du Monopoly. C’est le nôtre, il ne t’appartient pas. Tu dois nous représenter, voir à nos meilleurs intérêts, pas ceux du 1 %. Commence par tes employés si tu veux avoir le respect. Écoute-nous plus souvent », s’exclame-t-elle.

Lors du dépôt du budget fédéral, le gouvernement a annoncé qu’il allait éventuellement mettre au rancart le système Phénix, indiquant qu’il étudierait d’autres options à long terme.

Pour ajouter aux quelque 460 millions $ qu’il s’était engagé à investir à ce jour pour mettre en œuvre le système et régler les problèmes qui y sont associés, le gouvernement injectera 431 millions $ répartis sur six ans dans l’espoir de continuer à améliorer la situation.