Centenaire, le pont de Québec est rongé par la rouille. Selon Jean Hémond et Michel A. Duguay, de nombreuses déformations permanentes du métal sur des composantes, certaines critiques, sont observées et pourraient signifier l’amorce d’une défaillance d’ensemble.

Pétition controversée sur le pont de Québec

Un ingénieur à la retraite et un professeur de l’Université Laval ont convaincu le député néodémocrate Thomas Mulcair de parrainer leur pétition concernant le pont de Québec. Le texte publié sur le site Web de la Chambre des communes souligne leurs préoccupations sécuritaires et demande notamment un audit indépendant sur l’état du vieux pont ainsi que l’installation de barrières pour bloquer le trafic automobile lors du passage des trains.

Cela fait plusieurs années que Jean Hémond et Michel A. Duguay s’inquiètent pour le pont désormais centenaire et toujours rongé par la rouille.

Leur pétition a été mise en ligne mardi matin et comptait une vingtaine de signatures en soirée. Les auteurs y expriment «un grand doute chez le public quant au respect des marges de sécurité et au nombre d’années de vie utile restantes» de l’ouvrage. «De nombreuses déformations permanentes du métal sur des composantes, certaines critiques, sont observées et pourraient signifier l’amorce d’une défaillance d’ensemble», ajoutent-ils. 

MM. Hémond et Duguay demandent donc au ministre fédéral des Transports de «publier tous les rapports d’inspection et de réparations sur le pont depuis 1993». 

Ils veulent aussi que Marc Garneau exige «l’installation de barrières et de feux lumineux pour y bloquer le trafic automobile en présence des trains les plus lourds et de navires à la dérive». C’est une référence directe à un évènement survenu le 31 décembre, quand un navire a dérivé dans le secteur du pont de Québec en raison des glaces, menaçant de fracasser un pilier de la structure. 

Les deux pétitionnaires voudraient aussi que le fédéral réalise et publie «un audit technique et financier indépendant sur son état et l’ampleur des travaux visant sa pérennité».

«On a affaire à des vies humaines, ce n’est pas rien! On n’a pas le droit dans la société de menacer la vie des autres. Quand c’est un revolver, les gens comprennent vite que c’est une menace inacceptable, quand c’est un pont qui peut tomber… Moi j’aime mieux recevoir une balle parce que tomber avec le pont de Québec, on est sûr de mourir et on est glacé dans l’eau froide en plus», déclare M. Duguay en entrevue téléphonique. 

Le CN réagit

Le CN, propriétaire du pont de Québec, n’a pas tardé à réagir. «Le pont de Québec fait l’objet d’inspections annuelles par des ingénieurs indépendants dont l’expertise est reconnue à l’échelle mondiale. Le programme d’entretien du pont est développé sur la base de ces rapports et assure l’intégrité de la structure. Le CN ne permettrait jamais que le pont soit emprunté par le public en général et par ses propres employés s’il présentait un risque pour leur sécurité. Toute suggestion à l’effet contraire est alarmiste et irresponsable», a-t-il répété au Soleil

Les fonctionnaires et les politiciens du Canada et du Québec sont aussi convaincus que la structure est parfaitement sécuritaire. 


« On n’a pas le droit dans la société de menacer la vie des autres »
Michel A. Duguay, professeur en génie électrique à l’Université Laval

Confronté à sa position minoritaire, le professeur de génie électrique et militant contre le nucléaire n’en démord pas. «Souvent, en société, quand on commence quelque chose, on n’a pas le consensus en partant», dit-il, tout en répétant que «le pont pourrait tomber la semaine prochaine».

La députée provinciale Agnès Maltais a refusé que le Parti québécois parraine la même pétition sur le site de l’Assemblée nationale. Les contraintes à la circulation réclamées sur le pont, jamais évoquées par les autorités, l’ont d’abord dérangée. «Jamais je croirai que le gouvernement du Québec laisserait circuler des véhicules sur un pont dangereux», dit la représentante de Taschereau. 

Pas pour la démolition

Mais c’est quand elle a compris que M. Duguay est un partisan de la démolition du pont de Québec que Mme Maltais a décroché. «Moi je suis pour la réfection du pont, pas pour sa démolition et c’est ça la pétition qu’il propose», martèle la politicienne. 

Le député fédéral Thomas Mulcair, qui quittera la vie politique dans quelques mois, défend pour sa part le soutien apporté aux deux porteurs de la pétition et n’a pas l’impression de participer à une campagne de peur. «On a l’obligation de rassurer les gens et c’est précisément le but de la pétition d’avoir une information juste, objective et complète», a-t-il déclaré mardi. 

«J’ai habité longtemps à Québec et je n’arrive toujours pas à croire qu’on laisse cette installation vitale, patrimoniale, cruciale pour les transports dans la grande région de notre capitale nationale sans entretien valable depuis une trentaine d’années», a aussi fait valoir l’ex-député libéral provincial passé aux néodémocrates fédéraux. 

M. Mulcair ne s’arrête pas au scénario de démolition. «Moi je veux avoir l’information objective le plus rapidement possible pour que le public puisse avoir l’heure juste», dit-il, balayant l’affirmation du premier ministre canadien Justin Trudeau qui a déjà affirmé que le pont était bon pour encore 75 ans, même sans peinture.