À quelques jours de la rentrée scolaire, les parents des trois garçons expulsés du Séminaire des Pères Maristes se disent incapables de trouver une place dans un établissement de la région.

Pères Maristes: en cour pour réintégrer leurs fils

Les parents des trois jeunes expulsés du Séminaire des Pères Maristes la semaine dernière demandent à la Cour supérieure de forcer la réintégration de leurs fils. Leur retour provoquerait le chaos pour les 650 élèves, rétorque la direction de l’établissement.

Les trois jeunes de 13 et 14 ans font partie d’un groupe de six garçons qui auraient partagé des photos intimes de trois étudiantes. Aucune accusation n’a encore été portée. Le dossier est présentement étudié par un procureur de la Couronne en chambre de la jeunesse.

Après la dénonciation le 18 avril, les jeunes ont été envoyés à la maison durant une semaine et, par la suite, ont suivi leurs cours dans un pavillon à part, tout en étant privés de leurs activités. Les téléphones cellulaires de quatre garçons ont été saisis et remis au policier de l’école.

Le 21 juin, la direction générale du Séminaire des Pères Maristes annonçait que les sanctions appliquées étaient jugées appropriées et que tous, filles et garçons, pourraient reprendre leur scolarité ensemble à la rentrée 2018.

Réseaux sociaux

Cette décision a soulevé la colère de plusieurs groupes sur les réseaux sociaux. Plus de 2000 personnes à travers le Québec ont signé une pétition en ligne réclamant l’expulsion des garçons, qualifiés de violeurs et d’agresseurs par les internautes.

Le conseil d’administration de l’école privée, visé par de sévères critiques, a finalement décidé de résilier les contrats d’enseignement des trois garçons, les trois autres ayant décidé de changer d’école. Une seule fille parmi les plaignantes revient aux Pères Maristes à l’automne.

L’avocat du Séminaire Me Bernard Jacob l’a admis d’emblée; la direction de l’école a choisi l’expulsion parce qu’elle se sentait prise dans un débat social qui risquait de perturber la rentrée. «L’école était incapable d’assurer un milieu de vie sain et propice à l’enseignement», résume Me Jacob.

Le Séminaire faisait toujours l’objet d’une large couverture médiatique et des groupes de pression annonçaient des manifestations pour la rentrée. Bref, la quiétude espérée ne s’est jamais installée, a expliqué le directeur François Sylvain dans sa déclaration assermentée, déposée devant le tribunal.

Le juge Daniel Dumais s’est demandé pourquoi la direction a cédé aux pressions. «Est-ce qu’il va falloir prendre des décisions en fonction de ceux qui viennent manifester devant l’école?» questionne le juge.

Pour l’un des avocats des parents, Me Marc-André Gravel, il est heureux qu’un tribunal puisse se pencher sur le dossier qui n’a que trop dérapé, à ses yeux. «Le rôle de statuer sur les droits des gens, ça revient aux tribunaux, fait-il remarquer. Pas aux réseaux sociaux.»

Les interventions ne sont pas venues seulement des commentateurs et des groupes de pression, a insisté le Séminaire.

Par deux fois, le directeur général du Séminaire François Sylvain s’est fait rappeler par le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx et des fonctionnaires du ministère qu’il devait offrir un climat de travail sécuritaire pour tous.

Le juge Dumais s’est demandé si l’école n’était pas en train de rater une belle occasion de faire de l’éducation, de montrer aux jeunes les conséquences de leurs actes. «Plutôt que de dire que ça va prendre l’armée pour rentrer à l’école, on ne devrait pas plutôt chercher du positif là-dedans?» soumet le juge.

Changer d’école

À quelques jours de la rentrée scolaire, les parents des trois jeunes se disent incapables de trouver une place dans un établissement de la région, même dans des écoles qui avaient pourtant accepté leurs garçons en juin. La commission scolaire des Découvreurs a toutefois l’obligation de les relocaliser dans un de ses établissements. L’école secondaire de Rochebelle a déjà indiqué avoir trois places.

Aux yeux de l’avocat du Séminaire, que les jeunes soient forcés de quitter leur école est un inconvénient, mais non un préjudice irréparable.

Encore une fois, le juge Dumais sourcille. «Un enfant qui a choisi son école, qui a ses copains, ses professeurs et on l’enlève de là, s’il a le droit d’être réintégré, vous dites qu’il n’y aurait pas de préjudice à ce qu’il doive aller ailleurs, deux semaines avant la rentrée?»

Le juge de la Cour supérieure a promis de rendre sa décision rapidement, lundi au plus tard.

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À quelques jours de la rentrée scolaire, les parents des trois garçons expulsés du Séminaire des Pères Maristes se disent incapables de trouver une place dans un établissement de la région.

Le juge ordonne qu’apparaisse le nom des Pères Maristes

Le Séminaire des Pères Maristes avait obtenu de la Cour supérieure que son nom soit caviardé dans les procédures, tout comme celui des jeunes expulsés. Le juge Daniel Dumais a mis fin à cette confidentialité, en soulignant l’importance de la publicité des débats judiciaires.

Dès le dépôt le 17 août de la requête en injonction des parents des jeunes expulsés, l’avocat du Séminaire a requis de la Cour supérieure que tout le dossier fasse l’objet d’une ordonnance de confidentialité. Les noms des trois jeunes et de leurs parents ont ainsi été caviardés afin de préserver leur anonymat.

L’école privée de Sillery, dont le nom circule dans l’espace public depuis des mois, avait aussi requis de rester anonyme. Le juge Simon Hébert de la Cour supérieure a acquiescé à cette demande. Le nom du Séminaire des Pères Maristes ainsi que son adresse a donc été masqué dans la procédure des parents.

Contrairement à l’habitude, la requête en injonction caviardée n’a été transmise au Soleil que mercredi après-midi, plus de trois jours après son dépôt. Comme l’ordonnance de confidentialité était toujours en vigueur, Le Soleil a pris la décision de ne pas y donner écho puisqu’il était impossible d’écrire le nom des Pères Maristes sans transgresser l’ordre du tribunal.

Avec le consentement des parties, le juge Daniel Dumais de la Cour supérieure a lui levé l’ordonnance de confidentialité, tout en maintenant l’anonymat pour les jeunes et leurs parents.

Il a d’emblée averti les avocats que si quelqu’un réclamait le huis clos ou une ordonnance de non-publication sur les débats, il refuserait. «Le débat public a aussi sa place dans le débat judiciaire, a rappelé le juge Dumais. Ce n’est pas vrai que quand on est en rendu à la cour, on garde ça caché, mais que sur les réseaux sociaux et dans les médias, on ouvre la valve.»