On estime à 400 millions $ le coût pour repeinturer le pont de Québec. Son démantèlement tournerait autour de 325 millions $.

Peinture du pont de Québec: Mario Bédard entrevoit des économies

Le comptable Mario Bédard doute de l'estimation des travaux de peinture du pont de Québec à 400 millions $. Il pense possible de s'en tirer pour beaucoup moins cher en s'inspirant de l'exemple du pont Forth, en Écosse, et en créant une «synergie» entre les parties qui réalisent déjà des travaux sur le pont.
La Chambre de commerce et d'industrie de Québec (CCIQ) a publié mardi un compte rendu du Forum sur l'avenir du pont de Québec, tenu le 8 novembre, et a partagé quelques pistes de réflexion sur le modèle d'affaires et de gouvernance qu'elle proposera au début de l'année au propriétaire du pont, le CN, ainsi qu'aux gouvernements.
Cette partie du mandat est confiée à l'équipe de Mario Bédard, associé et président du conseil d'administration de Mallette. L'homme derrière la mobilisation citoyenne ayant mené à la construction de l'amphithéâtre de Québec a d'abord établi que «le pont est un incontournable» car il y passe des trains de marchandises et de passagers, 35 000 voitures par jour et éventuellement un service rapide par bus (SRB). «Je m'imagine un matin sans pont de Québec, on aurait une congestion épouvantable», a-t-il laissé tomber. 
M. Bédard a également regardé qui paie pour l'usage et l'entretien du pont. «On s'aperçoit que le premier payeur, c'est le MTQ [ministère des Transports du Québec]» puisqu'il est seul responsable du tablier et contribue aux travaux sur la superstructure dirigés par le CN. VIA Rail paie son dû pour l'usage de la voie ferrée. Les municipalités de Québec et de Lévis ou leurs services de transport pourraient être mis à contribution à cause du SRB. 
«Il y a plusieurs joueurs qui, chacun de leur côté, effectuent des travaux, pas toujours en même temps. Si on peut ramener l'ensemble de ces travaux d'entretien et ces réparations majeures dans une seule entité, si on fait converger tout l'argent, il est fort possible qu'avec les fonds déjà disponibles, il y aurait une partie de la peinture qui pourrait se faire», a expliqué le comptable. En ce sens, il considère l'important chantier de remplacement du tablier du pont de Québec, rendu au bout de sa vie utile, comme une belle occasion.
Démantèlement coûteux
M. Bédard n'a pas établi encore qui ferait partie ou dirigerait cette structure commune de gestion. Il n'a pas écarté l'idée qu'une des parties au dossier en assume le leadership. 
L'expert de la CCIQ a aussi indiqué que le coût de démantèlement du pont de Québec tourne autour de 325 millions $. Autrement dit, «ça coûte aussi cher l'enlever que le peinturer». 
Il faut dire que Mario Bédard remet en question la dernière estimation des travaux de peinture. Même s'il utilise le même point de comparaison que les ingénieurs du CN, soit le pont Forth, en Écosse, dont la partie cantilever est la plus longue au monde, après Québec bien sûr. 
S'il y a deux fois plus de surface d'acier à peinturer à Québec, le pont Forth est plus long, fait remarquer M. Bédard. Comme une grosse partie de la facture est attribuable à l'échafaudage et au confinement nécessaires pour éviter que des débris de vieille peinture se retrouvent dans le fleuve Saint-Laurent, il croit que la facture pourrait être moindre qu'anticipée. «On peut imaginer que les coûts pourraient se ressembler, mais on n'a pas de preuves de ça, on n'a pas fait les calculs», a-t-il avancé devant les journalistes, rappelant que la cure de jouvence du petit frère écossais a coûté environ 220 millions $.
Le rapport final de la CCIQ sera prêt pour la fin de janvier ou le début de février. Le président Alain Aubut, qui se félicite encore d'avoir «dépolitisé» le dossier du pont de Québec, tient à informer le CN et les gouvernements des conclusions avant de les rendre publiques. 
M. Aubut espère que le centenaire de l'ouvrage - le pont a été inauguré le 17 septembre 1917 - sera l'occasion d'accélérer un règlement pour sa restauration et sa mise en valeur. «Pour le 100e anniversaire, on souhaiterait bien que la solution soit déjà enlignée pour l'avenir du pont de Québec», a-t-il mentionné. 
Invité à réagir, le vice-président juridique du CN est demeuré fidèle aux calculs des ingénieurs. «L'estimé des coûts a été validé par plusieurs sources indépendantes et présenté aux ingénieurs de tous les paliers gouvernementaux. Bien que nous n'ayons pas les connaissances ou l'expertise pour nous prononcer sur les travaux du pont Forth, je note que le pont de Québec, bien que plus court que le pont Forth, a deux fois plus de surface d'acier, ce qui pourrait expliquer que les coûts soient deux fois plus élevés», a-t-il fait valoir.
Labeaume colle au politique
Qu'importe qui supervisera les travaux de peinture sur le pont de Québec et comment ils seront réalisés, c'est l'argent disponible pour s'atteler à la tâche qui compte, affirme le maire de Québec. «Un jour, il va falloir payer des millions et des millions pour le faire. Peu importe la gouvernance qu'on a, ça va prendre de l'argent. Il n'y a pas de miracle qu'on peut faire», a déclaré Régis Labeaume mardi, en réaction aux efforts de la chambre de commerce pour dénouer l'impasse de la peinture. Le maire demeure sceptique quant à la «dépolitisation» du dossier. «Les gens sont bien intentionnés, mais je pense que stratégiquement et politiquement, il ne faut pas donner la chance au CN de se retirer du dossier. C'est ça qui est dangereux là-dedans», a-t-il prévenu. Pour M. Labeaume, le règlement est «politique et rien d'autre». «Enlève le politique de là-dedans et ça se fera jamais», a-t-il martelé.  Annie Morin et Valérie Gaudreau
Cinq sources d'inspiration
Pont Forth, Édimbourg (Écosse)
Pont réservé au transport ferroviaire, cantilever le plus long au monde, après celui de Québec. La dernière opération de peinture a coûté 220 millions $. D'un beau rouge «forth», il constitue une attraction touristique. 
› Pont de Brooklyn, New York (É.-U.)
Ouvert à la circulation en 1883, il est l'un des plus vieux ponts suspendus des États-Unis. La dernière phase de travaux de peinture a été lancée en 2010 et a coûté plus de 500 millions $US. 
› Golden Gate, San Francisco (É.-U.)
Pont suspendu lui aussi, il permet de gagner San Francisco par le nord. Son architecture est reconnue à travers le monde. Pour préserver son état et sa couleur «orange international», il est repeint en continu.
› Pont Harbour, Sydney (Australie) 
Pont en arc métallique inauguré en 1932, symbole de la ville de Sydney, il a été photographié sous toutes ses coutures puisqu'il est possible de l'escalader moyennant quelques centaines de dollars. 
› High Line, New York (É.-U.)
Voie ferrée aérienne désaffectée recyclée en parc public. Les piétons peuvent l'emprunter gratuitement et ainsi voir la métropole américaine d'un autre angle. Environ cinq millions de visiteurs y circulent annuellement.