Exposé depuis l’enfance à des gestes violents, Steeve Grégoire s’intoxique pour geler ou oublier ses émotions, constate le juge Steve Magnan.

Peine réduite pour un Innu

La violence conjugale restera toujours un crime grave et sérieux. Mais la justice doit tenir compte de la détresse vécue dans les communautés autochtones au moment d’imposer une peine, estime le juge Steve Magnan de la Cour du Québec.

Steeve Grégoire, 30 ans, est un Innu qui a grandi à Uashat, près de Sept-Îles. Il n’a pas connu son père avant l’âge de 20 ans et a été élevé par ses grands-parents. 

Grégoire abandonne l’école tôt et dès l’âge de 11 ans, il commence à commettre de petits larcins. Bientôt, il se met à consommer régulièrement alcool et drogue et devra intégrer un foyer pour jeunes en difficulté.

Tout au long de sa vie, Steeve Grégoire a vu des proches, au moins six, s’enlever la vie. Jusqu’à sa mère, qu’il a retrouvée pendue.

Alors âgé de 27 ans, Steeve Grégoire plonge dans la dépression. Il consomme des drogues pour rester éveillé, de peur de voir des images de sa mère. 

À la fin de 2016, il déménage à Québec pour rejoindre une nouvelle conjointe. Le couple aura un petit garçon.

Coup de couteau

Steeve Grégoire n’a rien réglé de ses démons. En septembre 2018, l’homme devient violent et menaçant avec sa conjointe, qui finit par appeler les policiers.

Grégoire est arrêté une première fois. Dès sa sortie du palais de justice, il communique avec sa conjointe même si un ordre de la cour le lui interdit. 

La femme refuse de le revoir et lui indique qu’elle lui a acheté un billet d’avion afin qu’il retourne à Sept-Îles le jour même.

Grégoire rate son vol et décide plutôt d’aller boire dans un bar.

Au petit matin du 14 septembre, Steeve Grégoire, intoxiqué, cogne et crie pour entrer chez sa conjointe. Cette dernière appelle le 9-1-1.

L’homme fracasse une fenêtre et pénètre dans l’appartement. Il saisit un couteau, s’approche de sa conjointe et la poignarde au bas du dos. 

La dame s’écroule au sol en hurlant. Elle saigne abondamment mais, heureusement, la blessure se révélera superficielle.

Les enfants se réveillent et assistent à la scène. Steeve Grégoire se sauve et sera rattrapé rapidement par les policiers.

En janvier, Grégoire a plaidé coupable à tous ses crimes. 

Communauté dépossédée

Le juge Steve Magnan de la Cour du Québec l’a condamné mardi à une peine de 30 mois de prison, de laquelle il faut déduire l’équivalent de 10 mois purgés depuis son arrestation. C’était l’exacte suggestion faite par le procureur de la Couronne, Me Éric Beauséjour.

Le juge rappelle que les crimes de Steeve Grégoire sont sérieux. La victime a été terrorisée et ne veut plus jamais revoir son ex-conjoint.

La peine doit s’adapter à l’homme meurtri qu’est Steeve Grégoire, estime le juge. «L’accusé a souffert de nombreux traumatismes dans sa vie, note le juge. Il provient d’une communauté où les habitants ont été dépossédés de leurs habitudes de vie ancestrales. Plusieurs enfants, au fil des ans, ont été arrachés à leur famille et envoyés dans des pensionnats. L’éloignement de leur famille et de leur mode de vie traditionnel a eu des impacts importants sur leur vie et sur celle de plusieurs générations.»

Impacts reconnus

Le juge Magnan rappelle que le gouvernement fédéral a d’ailleurs reconnu les impacts des diverses problématiques vécues de façon criante dans les communautés autochtones, comme l’alcoolisme et le suicide.

Exposé depuis l’enfance à des gestes violents, Steeve Grégoire s’intoxique pour geler ou oublier ses émotions, constate le juge.

Pour toutes ces raisons, la culpabilité morale de l’accusé est amoindrie.