Les 18 mois lors desquels Pauline Marois a été première ministre du Québec durant ces 15 dernières années ont non seulement existé; ils ont produit des résultats probants. Mme Marois rappelle notamment que c’est son gouvernement qui a préconisé qu’un député décidant de quitter son siège en cours de mandat pour des raisons n’ayant rien à voir avec la santé perde son «indemnité de départ».

Pauline Marois rafraîchit les mémoires

Pauline Marois n’est pas agacée par l’expression «15 ans de régime libéral» martelée par les adversaires de Philippe Couillard, y compris par le péquiste Jean-François Lisée. Mais les 18 mois lors desquels elle a été première ministre du Québec durant ces 15 dernières années ont non seulement existé; ils ont produit des résultats probants — plus que la mémoire collective veut bien se le rappeler, estime-t-elle.

Pauline Marois a accepté d’accorder une entrevue au Soleil, qui l’a interpellée sur les «15 ans» de régime libéral, une expression qui s’est imposée dans l’actualité. Elle comprend que des personnes près d’elle, qui étaient dans son gouvernement, puissent en être agacées. Mais ce n’est pas son cas, assure-t-elle.

Elle y voit une simple image politique et il est incontestable, souligne-t-elle, que les libéraux ont marqué le Québec depuis l’élection de Jean Charest en 2003 — négativement de son point de vue.

«Mais en un an et demi, on a fait beaucoup d’avancées, prend-elle soin de préciser. C’est dommage qu’on ne parle pas de ça ou qu’on le gomme», confie l’ex-première ministre.

Des décisions de son gouvernement ont eu un impact jusque dans l’actuel processus électoral, enchaîne-t-elle : «Les élections se tiennent à date fixe? C’est une décision de mon gouvernement. Les jeunes vont pouvoir voter dans les cégeps, dans les universités? C’est une décision de mon gouvernement. On ne peut contribuer à une campagne de financement d’un parti politique qu’à la hauteur de 100 $, et de 200 $ lors des années électorales; c’est une décision de mon gouvernement.»

«Le financement public, en passant, a offert des moyens à des partis qui avaient beaucoup de difficulté à se financer même lorsqu’ils bénéficiaient d’un certain nombre de votes. Le plus bel exemple de ça est Québec solidaire.»

Mme Marois poursuit en rappelant que c’est son gouvernement qui a préconisé qu’un député décidant de quitter son siège en cours de mandat pour des raisons n’ayant rien à voir avec la santé perde son «indemnité de départ».

Sur un autre plan, l’ex-première ministre parle de la «paix sociale», qui était menacée par le braquage qui opposait le gouvernement de Jean Charest au mouvement étudiant. Ce mouvement avait reçu le soutien d’un nombre important de citoyens. Avec le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, «on a fait beaucoup pour améliorer la paix sociale».

Un gouvernement minoritaire peut agir, même s’il n’a pas les coudées franches, insiste Mme Marois. «On a aussi modifié le Code de procédure civile. Il y avait 15 ans que ça n’avait pas été fait.»

«Blocages majeurs»

Un gouvernement minoritaire n’est pas condamné à l’inaction, mais le sien a dû affronter deux «blocages majeurs», selon elle. Celui concernant l’amélioration à apporter à la défense de la langue française, notamment. «Il y avait des objections de la CAQ, qui voulait toujours des adoucissements au projet qu’on avait présenté.»

Le deuxième blocage portait sur la Charte de la laïcité — la fameuse «Charte des valeurs». Là, dit-elle, «peut-être» que son gouvernement aurait dû se montrer plus ouvert aux propositions du parti de François Legault.

Mais ce n’est pas en raison de cette charte pilotée par Bernard Drainville que son gouvernement a perdu le pouvoir, croit-elle. «On a perdu en raison de la peur des Québécois que l’on tienne un référendum. Je suis persuadée de ça.»

Le poing levé de Pierre Karl Péladeau a contribué «à ramener dans le débat» la question «du référendum et de l’indépendance». Philippe Couillard a ensuite «joué sur la peur», dénonce-t-elle.

Scrutin hâtif

Dans le plus récent numéro de Temps de parole, publié par L’Amicale des anciens parlementaires, la directrice de cabinet de Pauline Marois, Nicole Stafford, fait valoir que son gouvernement, dès ses premières semaines, a pris «plusieurs décisions de nature environnementale et économique». Il a clos le dossier de l’exploitation de l’amiante, mis un terme à la filière nucléaire au Québec, ainsi qu’au programme des minicentrales hydroélectriques. Dans son bilan, il n’est toutefois pas question d’Anticosti.

Il est cependant question du projet d’assurance autonomie, resté à l’état de projet, mais qui continue d’être nécessaire, selon Mme Stafford, ainsi que de «Mourir dans la dignité» et de l’adoption d’une loi-cadre sur l’économie sociale.

À propos de la décision de déclencher un scrutin hâtif en 2014, Pauline Marois rappelle les «blocages» qui existaient sur la langue française et la Charte, le fait que son gouvernement jouissait d’un taux d’appui relativement élevé et que les partis d’opposition «avaient laissé entendre qu’ils allaient nous défaire sur le budget», celui de 2014-2015.

Le gouvernement Marois a dirigé le Québec de septembre 2012 à avril 2014.