Stationnement pour personne handicapée

Patrouille citoyenne des stationnements pour handicapés

Indices : «Parce qu'il fait froid. Parce que je suis pressé. Parce que je suis paresseux.» Si vous répondez : «Des raisons de stationner mon véhicule dans une case pour handicapés même si je n'ai aucun problème de mobilité», vous manquez de civisme.
Les initiés auront reconnu l'entrée en matière en référence au jeu télévisé Pyramide. Toutefois, le sujet abordé n'a rien d'un jeu pour les personnes handicapées.
Pour l'Association des paraplégiques du Québec (APQ), le problème des cases de stationnement réservées aux handicapés qui sont occupées par des automobilistes ne possédant pas de vignette valable est un problème criant.
Depuis septembre, l'APQ tente de sensibiliser la population à ce phénomène. Elle a même décrété février Mois de la patrouille citoyenne. Lundi, quatre équipes ont visité des stationnements de places commerciales de la région pour épingler des contrevenants.
«Nous déposons dans leur pare-brise un tract qui explique le but de la campagne et une contravention de civisme sur laquelle on indique le prix d'une véritable contravention [entre 100 $ et 160 $]. Nous les invitons aussi à contribuer financièrement à la campagne de l'APQ pour le tort qu'ils ont causé», explique Romain Martin, porte-parole de l'Association.
Triple problème 
Le problème est triple, souligne M. Martin. «Premièrement, il y a les gens qui conservent leur vignette temporaire. Elle peut être obtenue auprès de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) après [qu'une personne eut] subi une blessure qui l'empêche de se déplacer. Mais une fois guérie, elle la conserve et la SAAQ ne fait rien pour la récupérer à part envoyer une lettre pour signifier qu'elle est expirée.»
La société d'État estime qu'en 2008, il y avait 21 206 vignettes temporaires en circulation sur les 145 333 attribuées. De ce nombre, elle ne peut dire combien étaient expirées. Selon M. Martin, il faudrait revoir tout le processus d'attribution des vignettes.
«Il y a aussi les gens qui utilisent mal leur vignette même si elle est valable», explique Lise Vachon, qui se déplace en fauteuil roulant. «Combien de fois j'ai vu des conducteurs utiliser les espaces réservés et sortir de leur véhicule en courant. Ils n'ont pas à s'y stationner lorsqu'ils ne sont pas accompagnés de personnes handicapées.»
Enfin, il y a ces gens qui, même s'ils ne possèdent pas de vignette, n'hésitent pas à se stationner dans les espaces réservés.
M. Martin espère que les patrouilles faites en février permettront de compiler des données sur le nombre d'automobilistes pris en flagrant délit et ainsi donner à l'APQ des munitions pour convaincre les autorités à intervenir pour resserrer le mode d'attribution des vignettes et à effectuer plus de surveillance dans les stationnements.
Pas une priorité des policiers
Selon Lise Vachon, représentante de l'Association des paraplégiques, les services de police disent ne pas avoir le temps ni l'effectif pour s'occuper du problème. À la police de Québec, l'agente Catherine Viel confirme pourtant que «c'est tolérance zéro» pour ce type d'infraction. Toutefois, son service n'était pas en mesure de fournir de statistiques sur le nombre de contraventions délivrées dans une année.
À la police de Lévis, Alain Gelly avoue que ce n'est pas parmi les préoccupations premières des patrouilleurs. En 2009, 21 constats ont été délivrés contre 17 cette année. Du même souffle, il explique que ces statistiques pourraient ne pas représenter fidèlement l'action policière en ce domaine, puisque plusieurs contraventions pourraient avoir été rédigées en vertu d'une infraction municipale pour non-respect de la signalisation (30 $ plutôt que 154 $) et ne seraient pas comptabilisées.
Pour démontrer le peu d'intérêt des policiers à faire respecter les cases réservées aux handicapés, Mme Vachon raconte avoir reçu une contravention, il y a deux ans, pour s'être garée en bordure d'une allée de circulation dans le stationnement de Plaza Laval. Tout ça parce qu'un automobiliste, sans vignette, avait pris le stationnement pour handicapés. «Le pire, c'est que lui n'a jamais reçu de contravention.»