D’importants travaux sont nécessaires à la maison Legros, construite en 1890
D’importants travaux sont nécessaires à la maison Legros, construite en 1890

Patrimoine bâti du Québec: le rapport de la Vérificatrice générale ne surprend pas en Gaspésie

Laxisme, manque de vision et absence de leadership pour préserver le patrimoine bâti du Québec. Le directeur général de Patrimoine Gaspésie, Jean-Marie Fallu, partage les constats du rapport très critique de la Vérificatrice générale du Québec (VGQ) déposé la semaine dernière.

«Le patrimoine bâti, ça a toujours été le parent pauvre du ministère de la culture. Enfin, il y a quelqu’un d’objectif et de crédible qui met au grand jour ce qu’on dit depuis des années», lance M. Fallu. Il va donc sans dire que lorsqu’il a pris connaissance du rapport, il n’a pas été surpris par son contenu. «Ça fait des années que tous les intervenants du milieu crient qu’il faut un coup de barre, on espère que le rapport nous permettra d’être entendus aujourd’hui», explique-t-il.

Dans son rapport publié le 3 juin, le bureau d’enquête du VGQ note que «le ministère de la Culture et des Communications (MCC) n’assume pas adéquatement ses responsabilités en matière de patrimoine immobilier et n’exerce pas le leadership attendu». On y dénonce aussi des délais déraisonnables pour traiter les demandes de classement, souvent entre 5 et 10 ans. «Souvent, le bâtiment a le temps de s’effondrer 10 fois avant d’avoir une réponse», dénonce Jean-Marie Fallu.

En Gaspésie, de nombreux bâtiments patrimoniaux auraient besoin d’attention immédiate, rapporte M. Fallu. Par exemple, la maison Legros de Pointe-Sainte-Pierre, à Percé. Le bâtiment emblématique des années de pêche à la morue construit en 1890 aurait besoin d’importants travaux. «C’est toujours frustrant de se faire dire : ‘‘on aurait aimé intervenir mais…’’ quand il est trop tard», lance l’historien.

Un lien brisé avec les municipalités

Pour le directeur général de Patrimoine Gaspésie, une fracture entre le MCC et les municipalités pourrait être la cause de ce manque de leadership et de plan concret. «Quand ils ont relégué cette responsabilité-là aux villes, l’argent et l’expertise n’ont pas suivi, explique M. Fallu. Ils ont un peu dit aux municipalités : ‘‘arrangez-vous avec le trouble’’». 

Ce dernier soutien que le ministère devrait encourager les municipalités à aider les propriétaires, notamment dans les travaux de réfection. M. Fallu propose donc aux différents paliers de gouvernement de couvrir les coûts supplémentaires pour les propriétaires, comme les travaux de bâtiments patrimoniaux sont souvent plus coûteux. 

Même son de cloche pour la députée de Gaspé et porte-parole du Parti Québécois en culture, Méganne Perry-Mélançon. «Il n’y a pas d’incitatifs financiers intéressants pour quelqu’un qui souhaite garder du patrimoine bâti en bon état», déplore-t-elle. Elle dénonce aussi «une culture du minuit moins une» au ministère. «Ce n’est pas normal qu’on soit toujours en train d’éteindre des feux, de sauver le patrimoine à la pièce !» 

La coordinatrice des projets municipaux de développement en lien avec le patrimoine bâti et naturel de Percé, Lisa-Marie Gagnon, n’a pas non plus été surprise par les conclusions du rapport et juge que celui-ci arrive «à point». «On sent qu’il y a un problème de gestion, un problème de communication», ajoute-t-elle. 

Une culture à bâtir 

Contrairement à d’autres états en Amérique du Nord, comme l’Ontario ou le Maine, le Québec n’a pas la culture du patrimoine bâti selon Jean-Marie Fallu. «Ici, on ne voit pas le patrimoine bâti comme un bien collectif, tandis qu’ailleurs, ils se font vraiment une fierté de le préserver «, déplore-t-il. Selon lui, les municipalités devraient être fières de leur histoire architecturale plutôt que de la voir comme un fardeau. « Souvent, les municipalités prennent l’approche comptable plutôt que la vision historique. C’est vraiment dommage», se désole M. Fallu.