«Le plus beau cadeau que l’on puisse me faire, c’est d’entendre une petite fille de 8-9 ans dire qu’elle a envie de jouer pour les Titans plus tard», confie Pascal Dufresne.
«Le plus beau cadeau que l’on puisse me faire, c’est d’entendre une petite fille de 8-9 ans dire qu’elle a envie de jouer pour les Titans plus tard», confie Pascal Dufresne.

Pascal Dufresne: pousser l’excellence du hockey féminin

Guillaume Mazoyer
Guillaume Mazoyer
Le Soleil
Tour à tour entraîneur de niveau atome, pee-wee, bantam masculin puis dépisteur dans la LHJMQ, Pascal Dufresne a trouvé sa niche au Cégep Limoilou. Entraîneur de l’équipe féminine, il y a installé une tradition d’excellence dans la dernière décennie, avec sept championnats en huit saisons. Au-delà du circuit cégépien, il est l’un des plus fervents acteurs du rayonnement du hockey féminin, ce qui lui vaut aujourd’hui une reconnaissance au niveau national. Retour sur ses 18 ans de carrière.

Au Pavillon de la jeunesse, juste à côté de l’antre des Remparts, le son d’une pratique de hockey en cours, avec les morsures des patins sur la glace et les impacts des rondelles projetées sur les bandes, semble parfait comme trame sonore pour une discussion avec l’entraîneur chevronné.

Le parcours de Pascal Dufresne au hockey féminin démarre à la mi-avril 2002, alors qu’il reprend les rênes des Titans du Cégep Limoilou. «Alors que toutes les inscriptions au cégep sont passées, se remémore-t-il. Je dois monter une équipe, mais je n’ai pas de joueuses. Il m’en reste une dizaine encore en poste, mais j’en ai une autre dizaine à recruter. Et je ne connais rien au hockey féminin. C’est ça, mon début»

Les huit premières années à la barre de l’équipe ont été un long apprentissage pour l’entraîneur et ses adjoints. Puis, en 2012, c’est le déclic. «Je me souviendrais toujours d’une joueuse qui m’a dit : “Là je veux que tu nous traites comme des gars”, raconte Pascal Dufresne. Ça a changé notre façon de faire.» La saison se solde par un premier championnat pour les Titans de Limoilou sous l’ère Dufresne.

L’équipe de l’édition 2012 n’était pourtant pas parmi les favorites du circuit, mais avait un vrai désir de victoire. «Elles m’ont dit : “Pascal, tu es trop gentil, pousse-nous”, poursuit l’entraîneur originaire de Québec. Cette journée-là on s’est mis à parler de victoires, de championnat et la mentalité a complètement changé. Depuis ce temps-là, on surfe là-dessus.»

Plus que du surf, il y a eu un vrai raz-de-marée de championnats pour le cégep avec sept en huit ans, dont quatre consécutifs. Un accomplissement qui donne un pouvoir d’attraction au programme de l’équipe féminine de Limoilou et qui installe une tradition gagnante. «Aujourd’hui, c’est moi qui ai le plaisir de sélectionner mon équipe et de faire certains choix, précise Pascal Dufresne. Mais au début, c’étaient les filles qui refusaient une place dans l’équipe du cégep.»

Il y a 18 ans, le plus gros problème était de recruter des joueuses. Selon lui, il n’y en avait pas assez au Québec et le hockey féminin était méconnu. Au préalable dépisteur pour les Huskies de Rouyn-Noranda dans la LHJMQ, le nouvel entraîneur s’est pourtant aussi retrouvé démuni de repères en 2002 pour évaluer le talent des joueuses. L’écart de niveau au sein des joueuses de ses premières équipes était flagrant. «Avec le temps, on a développé des outils de travail et comme le volume de joueuses est maintenant très grand, nous n’avons plus de problèmes de ce type», explique-t-il.

Acteur clé

Le hockey féminin a connu un développement marqué dans les dernières années et Pascal Dufresne en est l’un des acteurs clés, comme en témoigne sa récompense du Prix de la Percée du hockey féminin 2020, pour sa contribution inégalée à l’avancement de ce sport au Canada.

Pour le développer, Pascal Dufresne explique s’être inspiré de ce que font les Remparts ainsi que le Rouge et Or, en adoptant un modèle communautaire. Il a voulu créer des initiatives dans lesquelles les athlètes sont impliquées et faire découvrir le hockey féminin au plus grand nombre.

L’entraîneur organise entre autres un tournoi de hockey depuis sept ans, devenu une référence dans la capitale. Il a également participé à la mise en place de matchs Canada-États-Unis. En parallèle, il occupe régulièrement le poste d’entraîneur-chef au niveau provincial et a mené Équipe Québec à sa première médaille d’or aux Jeux d’hiver du Canada en 2015.

Dernièrement, à la mi-août, un camp de jour créé sous son impulsion et coaché par des anciennes des Titans, a rassemblé une soixantaine de filles sur la glace. «Le plus beau cadeau que l’on puisse me faire, c’est d’entendre une petite fille de 8-9 ans dire qu’elle a envie de jouer pour les Titans plus tard», confie l’entraîneur.

Malgré ces projets et accomplissements, Pascal Dufresne doit toujours casser des stéréotypes. «Les gens ont encore parfois aujourd’hui des a priori sur le hockey féminin, mais c’est exactement comme le hockey classique, indique-t-il. On enlève la question du sexe des athlètes et on fait la même affaire. Une fois que tu es sur la patinoire, on évolue avec le même système de jeu.»

Bien qu’il s’agisse de hockey féminin, il y a de nombreux entraîneurs masculins en poste. La prochaine étape est de développer des entraîneuses pour les équipes selon Pascal Dufresne. «À Québec il n’y en a pas beaucoup qui s’impliquent, précise-t-il. Certaines de nos diplômées commencent à revenir dans la région et on veut leur donner le goût de coacher. C’est un vœu que j’ai. Ça a un impact majeur d’avoir une fille dans l’organisation.»

L’entraîneur estime ne pas avoir brûlé d’étapes dans sa carrière et que c’est pour cette raison qu’il est à la «bonne place» aujourd’hui, avec les Titans. «J’ai eu des opportunités ailleurs, mais je n’ai pas voulu y aller, confie Pascal Dufresne. J’aime la clientèle avec laquelle je travaille. Les filles sont matures et réceptives à l’enseignement. Comme on évolue dans un milieu scolaire, l’objectif est aussi de faire diplômer nos athlètes. Le hockey vient rendre le tout plus le fun.» Certaines des athlètes sous ses ordres aujourd’hui sont des espoirs pour l’équipe olympique canadienne. Un contraste frappant, avec la situation près de 20 ans plus tôt.