Pas tous égaux devant les vacances

Sur les rives du lac Long, en pleine forêt, Tristan et Dylan s'amusent les pieds dans le sable à construire un barrage pour retenir l'eau du ruisseau qui coule tout près. Un peu plus loin dans l'eau, Jade et ses amis s'en donnent à coeur joie, s'arrosant à coups de chaudières d'eau lancées en plein visage. Au loin, on aperçoit un groupe d'enfants partis en expédition de canot sur les eaux tranquilles du lac qui s'étire à perte de vue.
Pour Jade, 11 ans, qui passe ses étés dans le quartier Limoilou, ces trois jours en pleine nature resteront longtemps gravés dans sa mémoire. «C'est mon plus bel été. Je vais m'en rappeler toute ma vie!» lance-t-elle les yeux brillants.
Depuis déjà une vingtaine d'années, l'organisme Avant tout les enfants organise des camps d'été pour des enfants de Québec et Montréal qui viennent de familles défavorisées. Plutôt que de passer l'été en ville, on leur offre de s'évader pendant quelques jours en pleine nature. Kayak, canot, escalade, feux de camp et fous rires garantis!
«Ça leur fait quelque chose à raconter eux aussi lorsqu'ils reviennent à l'école. Au moins, ils n'auront pas passé tout l'été sur l'asphalte», lance Christine Roussel, directrice de l'organisme qui collabore entre autres avec le Patro Charlesbourg et le Centre des familles monoparentales et recomposées de Québec pour organiser cette activité.
Cette année, une centaine de jeunes de la capitale, âgés de 10 à 12 ans, ont passé trois jours au camp Kéno, dans Portneuf. Certains jeunes vivent en centre jeunesse ou en famille d'accueil. Pour eux, la vie n'a pas toujours été facile.
«Les jeunes, ici, sont vraiment différents. On n'a pas de problèmes de discipline. Ils sont super heureux», lance David Auclair, moniteur de camp de jour au Patro Charlesbourg qui les accompagne pendant leur séjour.
Pour quelques jeunes, c'est aussi la première fois qu'ils dorment à l'extérieur de la maison, comme des grands. Certains mettent toutefois un peu plus de temps que d'autres à s'habituer à leur nouvel environnement.
Nicolas, 10 ans, était plutôt réticent à participer, au début. Il avait peur de faire du canot, raconte-t-il, et ne voulait pas enfiler son maillot. Mais il a fini par embarquer dans l'aventure, le lendemain suivant son arrivée. Il a participé de bon coeur à la «bataille navale», qui lui a permis de faire chavirer les canots du camp adverse. «Et j'ai beaucoup aimé faire du tir à l'arc», lance-t-il fièrement.
«Kit de survie»
Pour certains enfants, ce petit séjour, «c'est comme Noël en plein mois de juillet», ajoute David. Même les cadeaux sont au rendez-vous.
Pour s'assurer que les jeunes ne manquent de rien pendant leur séjour, on leur remet à leur arrivée un petit «kit de survie» : sac de couchage, serviette, savon, crème solaire, chasse-moustique, gourde, lampe de poche... tout y est. On leur fournit même des livres pour agrémenter leur séjour.
«Avant, on leur faisait une petite liste de choses à apporter, mais il y avait toujours des enfants qui n'avaient pas le nécessaire. Maintenant, on les équipe pour de vrai», lance Mme Roussel.
Le séjour des enfants est défrayé à la fois par l'organisation Avant tout les enfants, qui est entièrement financée par des dons, et par la fondation du Camp Kéno.
Le directeur du camp, François Vézina, se réjouit de pouvoir apporter un peu de nature dans la vie de ces jeunes. «On veut faire la différence dans la vie d'un enfant. On veut qu'ils se disent «On est donc bien dans la nature», c'est un ancrage fondamental. On vit dans une société stressante, ça va vite. On voit de plus en plus d'enfants qui vivent de l'anxiété. C'est un phénomène très urbain. Ici, on change complètement leur rythme.»