En entrevue éditoriale au Soleil, mardi, le ministre des Transports, des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, Sylvain Gaudreault, a lancé un appel aux villes à trouver des solutions pour financer le transport collectif, mais a exclu la taxe sur l'essence.

Pas question d'imposer une taxe sur l'essence, assure Gaudreault

Régis Labeaume peut dormir tranquille. Le gouvernement Marois n'a pas l'intention d'imposer une taxe sur l'essence pour financer les investissements requis dans le transport collectif.
«Le gouvernement du Québec n'a pas proposé, ne propose pas et ne proposera pas une hausse de taxe sur l'essence. Je veux que ça soit clair. Il y a d'autres sources de financement possibles», a insisté mardi le ministre des Affaires municipales et des Transports, Sylvain Gaudreault, en entrevue éditoriale au Soleil.
Si Montréal récolte déjà une surtaxe sur le carburant de 3 ¢ le litre et veut d'ailleurs l'augmenter, le maire de Québec refuse catégoriquement d'utiliser ce pouvoir de taxation. Régis Labeaume dit que les contribuables sont déjà trop sollicités et que ce n'est pas aux seuls automobilistes de payer pour le développement du réseau de transport en commun de la capitale. Il l'a répété sur tous les tons au cours des dernières années.
S'il a déjà poussé sur Régis Labeaume, M. Gaudreault dit désormais se placer en mode écoute avec tous les élus municipaux, qu'il convie à un nouveau «chantier d'envergure» sur le financement du transport collectif en marge du renouvellement du pacte fiscal.
Délais serrés
Le ministre relance quelques idées pour diversifier les sources de financement : hausse des droits d'immatriculation, taxes sur le stationnement, péages fixes ou calculés en fonction de la distance parcourue... Mais il se montre particulièrement intéressé par la «captation foncière», qui permet de récupérer une partie de la hausse d'évaluation foncière attribuable au développement du transport en commun pour mieux réinvestir les sommes dans le réseau.
«Si, admettons, on a une ligne de tramway Québec-Lévis. Là où le tramway va arrêter, il va y avoir une plus-value pour les immeubles autour», donne comme exemple M. Gaudreault. Celui-ci refuse toutefois de dire si ce serait suffisant pour financer ce nouveau mode de transport lourd. «C'est trop tôt pour m'avancer là-dessus.»
S'il demande leur avis aux municipalités, le politicien leur impose aussi un échéancier serré. Dans sa tête, l'échéance, c'est la fin de l'année 2014. «Si on crée de nouveaux services, il faut être capable de les financer. Ça met les municipalités devant leurs responsabilités et ça nous force à s'entendre pour les prochains mois», souligne-t-il.
Même échéance pour la révision de la gouvernance des sociétés de transport des grandes agglomérations urbaines. Le ministre a bien dit, mardi, qu'il n'était pas question de forcer une fusion des transporteurs publics de Québec et de Lévis, mais qu'il s'attendait à une harmonisation des services, des tarifs et du service à la clientèle. La région décidera si cela doit passer par une nouvelle table conjointe, la création d'un organisme supramunicipal comme l'Agence métropolitaine des transports à Montréal ou même un regroupement.
M. Gaudreault a d'ailleurs évoqué la possibilité de lier les gros investissements de son ministère, comme le développement des voies réservées centrales sur le boulevard de la Rive-Sud, aux résultats sur le terrain.
«C'en est un argument aussi. Le gouvernement du Québec, on est prêt à financer, mais il va falloir que vous vous entendiez.»
Sylvain Gaudreault se prononce sur...
L'entrée des ponts
L'entente avec le Canadien National (CN) pour l'entretien du pont de Québec, dévoilée en janvier, n'a pas permis au gouvernement provincial de récupérer de précieux terrains en vue du réaménagement du secteur de la tête des ponts. Le précédent gouvernement libéral espérait régler d'un seul coup tous les dossiers litigieux avec le transporteur ferroviaire, qui possède des terrains de grande valeur à des endroits stratégiques dans la région de Québec, mais cela n'a pas été possible. Le ministre Sylvain Gaudreault a parlé hier de ses vis-à-vis au CN et les chemins de fer en général comme «des gros négociateurs». Les discussions se poursuivent, mais il n'y a pas d'échéancier avancé. Quant au projet de réaménagement de l'entrée de la ville, à la hauteur des ponts, il fait toujours l'objet de travaux avec la Ville de Québec. Sylvain Gaudreault dit partager l'objectif du maire de Québec, qui «n'est pas tenté par quelque chose d'ostentatoire», mais plutôt par «quelque chose d'efficace qui va être beau aussi».
Le covoiturage
Pour le ministre des Transports, un parent qui va conduire son enfant à la garderie, ce n'est pas du covoiturage. La possibilité d'ouvrir aux covoitureurs les voies réservées au transport en commun de la région de Québec obligera le gouvernement provincial et la Ville de Québec à fixer des balises. Le maire Régis Labeaume pense qu'à partir du moment où il y a deux personnes à bord, il faut permettre l'emprunt des voies réservées sur les autoroutes. Accès Transports Viables veut plutôt qu'il y en ait trois pour forcer un changement dans les habitudes de transport. «Il faut que ce soit deux personnes qui seraient en voiture», a statué hier Sylvain Gaudreault, donnant l'exemple de voisins qui embarqueraient ensemble pour se rendre travailler à l'Université Laval. Le ministre a par ailleurs rappelé qu'il n'en tenait qu'à la région de Québec de profiter de l'offre gouvernementale de payer 100 % des frais d'aménagement des voies réservées d'ici 2015. «Je fonctionne sur la base des demandes qui sont faites», a-t-il insisté devant l'avance manifeste prise par Montréal dans ce dossier.