Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh a voté avec les libéraux minoritaires mercredi, évitant ainsi une chute du gouvernement Trudeau.
Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh a voté avec les libéraux minoritaires mercredi, évitant ainsi une chute du gouvernement Trudeau.

Pas d'élection fédérale... pour l'instant

Lina Dib
La Presse Canadienne
Catherine Lévesque
La Presse canadienne
OTTAWA — Le pays ne sera pas plongé en campagne électorale - pour l’instant.

Les libéraux, les néo-démocrates, les verts et deux députés indépendants ont voté contre une motion conservatrice pour la création d’un comité spécial dédié essentiellement à l’affaire WE Charity (UNIS, en français). Les conservateurs et les bloquistes ont voté en faveur de la motion.

Elle a donc été rejetée à 180 contre 146 voix.

Le gouvernement libéral minoritaire a décidé de faire de ce vote une question de confiance, tandis que conservateurs et bloquistes l’accusent d’être prêt à tout pour éviter que les parlementaires fouillent davantage l’affaire WE Charity.

Réactions

Le chef du Bloc québécois, Yves-Francois Blanchet 

Le choix du Nouveau Parti démocratique (NPD) de se ranger du côté des libéraux a été moqué et ridiculisé par le Bloc québécois. «J’espère qu’à un moment donné, le NPD va se découvrir une colonne vertébrale», a balancé le leader parlementaire du Bloc, Alain Therrien, en conférence de presse après le vote.

La chef adjointe du Parti conservateur, Candice Bergen, dit qu’elle n’est pas déçue de la position du NPD parce que le parti est dans une «position difficile», selon elle, et ne peut pas se permettre d’aller en élections.

«Pendant que le premier ministre parle d’une élection, Monsieur et Madame tout le monde parlent de leurs inquiétudes. Ils ont peur pour l’avenir. (...) Donc, on ne va pas donner une excuse au premier ministre de déclencher des élections», avait offert le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, en guise d’explication avant le vote.

La nouvelle leader du Parti vert Annamie Paul a tenu des propos similaires.

«Nous ne laisserons pas tomber la population canadienne en nous livrant à des jeux politiques partisans alors qu’ils ont besoin que nous nous concentrions sur leurs besoins urgents», a déclaré Mme Paul, par voie de communiqué, pour expliquer le vote de ses trois députés.

Même si elle a voté contre la motion, l’ex-ministre libérale et députée indépendante Jody Wilson-Raybould a fustigé son ancien parti d’avoir soumis les parlementaires à cet exercice périlleux en pleine pandémie.

«Le choix devant lequel le gouvernement nous a placés (...) démontre un manque de leadership. Imaginez risquer la santé des Canadiens pour éviter de rendre des comptes. Honteux», a-t-elle écrit sur Twitter.

La motion présentée par les conservateurs aurait créé un comité parlementaire «spécial» qui aurait enquêté sur WE ainsi que toute autre dépense liée à la pandémie jugée douteuse.

L’organisme de charité avait obtenu un contrat pour gérer des bourses de bénévolat étudiant avant que les liens entre la famille de Justin Trudeau, celle de l’ancien ministre des Finances Bill Morneau, et WE ne soient révélés. Le contrat et le programme de bourses ont été annulés.

Le chef du Parti conservateur, Erin O'Toole

La motion aurait permis au comité spécial de convoquer des témoins, dont le premier ministre, et d’exiger des documents, dont les frais de conférenciers de la mère et le frère du premier ministre des 12 dernières années.

Les libéraux soutenaient que la partie de pêche des conservateurs aurait paralysé le gouvernement en pleine pandémie.

Ils ont donc fait une contre-proposition dans les derniers jours pour la création d’un autre comité qui aurait le mandat d’examiner les dépenses liées à la COVID-19, dont le contrat accordé à WE.

«Maintenant, ça va prendre au moins un partenaire qui appuie la création du comité. On ne peut pas le créer seul. Il faut au moins un parti qui nous appuie. On espère qu’on aura cet appui de l’un ou l’autre des partis d’opposition», a expliqué Pablo Rodriguez, leader parlementaire du gouvernement.

M. Singh dit pour sa part que ses élus vont utiliser les outils qui existent dans les comités actuels pour «s’assurer que le gouvernement ne dépense pas l’argent pour aider leurs amis proches, leurs amis riches».