Les corridors de l'Université Laval étaient vides, vendredi.
Les corridors de l'Université Laval étaient vides, vendredi.

Pas d’école pour deux semaines, ou plus

Cadeau pour les enfants, casse-tête pour les parents. Tous les services de garde, écoles, cégeps et universités du Québec sont fermés pour les deux prochaines semaines, minimum, à cause de l’épidémie de coronavirus. Du jamais vu.

«Je comprends très bien les parents qui se disent : “Wô, j’ai tout un casse-tête devant moi!” Mais c’est la moins pire des solutions», a affirmé le premier ministre François Legault, vendredi, lors de sa deuxième conférence de presse quotidienne conjointe avec le directeur de la Santé publique du Québec, Horacio Arruda, et la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Au jour 2 de cette gestion de crise de santé publique, le trio était cette fois accompagné des ministres de l’Éducation, Jean-François Roberge, et de la Famille, Mathieu Lacombe. Qui retournent à la maison près de 2,2 millions de jeunes et moins jeunes, bambins, écoliers et étudiants, à compter de lundi. Et ce au moins jusqu’au 30 mars. La situation sera réévaluée et les écoles pourraient alors être rouvertes ou la fermeture prolongée.

Du côté de l’Université Laval, on annonce la fermeture complète dès samedi, le 14 mars, pour au moins deux semaines, donc jusqu’au 27 mars. Les résidences étudiantes demeurent toutefois ouvertes, tandis que tous les cours, sauf ceux en ligne, sont suspendus.

«Gros casse-tête»

«Ça va amener des perturbations, amener de gros casse-tête pour les parents, reconnaît M. Legault. Mais c’est une mesure qu’on doit prendre, parce qu’on a la responsabilité de le faire. Parce qu’on a un défi au cours des deux prochaines semaines pour s’assurer le moins de progression possible et le moins de cas de personnes infectées.»

Après avoir ordonné l’isolement obligatoire des employés de l’État qui reviennent de l’étranger et l’interdiction de rassemblement de 250 personnes ou plus, jeudi, le gouvernement fait un autre pas dans sa lutte à la maladie COVID-19. Un grand pas. Même si le Québec n’avait à ce moment que 17 cas confirmés, dont deux seulement hospitalisés.

Le premier ministre a encore demandé aux employeurs d’être compréhensifs des absences de leurs employés, au cours des prochaines semaines. «Au cours des prochains jours, on va annoncer des mesures pour aider les entreprises et les individus qui ne pourront pas se rendre au travail», a-t-il réitéré, comme la veille.

En cas d’infection, la très forte majorité des enfants ne seraient peu ou pas affectés par la COVID-19, mais constituent de fantastiques vecteurs pour transmettre le virus. Le casse-tête causé par ces fermetures s’avère d’autant plus complexe qu’il est donc déconseillé de faire garder les enfants par leurs grands-parents, puisque les personnes les plus susceptibles de souffrir de manière aiguë de la maladie sont les personnes âgées.

«C’est l’une des raisons pourquoi on a attendu, que ce soit absolument nécessaire. Alors, je demande à tous les gens d’être solidaires, il faut être capables de s’aider. Souvent, les parents sont deux», laisse tomber le premier ministre Legault, un peu dépourvu au rayon des solutions pratiques.

Les deux semaines de fermeture correspondent aux 14 jours d’isolement recommandés par la Santé publique dans le cas d’une personne positive au coronavirus. Comme plusieurs éducatrices, enseignants et élèves ont voyagé à l’extérieur du pays durant la semaine de relâche, début mars, l’heure n’est plus à courir le risque.

Pas d’école d’été

«Ça va être des “vacances”», atteste le ministre de l’Éducation, confirmant qu’aucune modification du calendrier scolaire n’est considérée pour l’instant, afin de compenser les deux semaines perdues. Les enseignants n’auront pas non plus à donner de cours à distance, par exemple par vidéo ou Facebook live, ni à transmettre de travaux en ligne à leurs élèves.

«Pour l’instant, on prévoit une fermeture de deux semaines. Alors, ce n’est pas nécessaire d’avoir toutes sortes de mécanismes de rattrapage. C’est moins long que ce qu’on a déjà vécu avec la Crise du verglas. On a confiance que jeunes et moins jeunes, que ce soit dans nos écoles, cégeps ou universités, soient capables de rattraper sans mesures particulières», atteste M. Roberge.

«On ne demande pas aux enseignants de rentrer travailler alors que les écoles sont fermées. On n’est pas équipés, on n’a pas ces mécanismes-là pour donner du travail ou des études. Il y a peut-être des parents qui vont faire la petite école à la maison, mais il n’y a pas d’exigences à ce niveau.»

Déjà, vendredi, certains établissements scolaires à travers la province étaient restés fermés pour faire le point sur la situation. D’autres, comme à Québec, avaient aussi laissé les élèves à la maison pour cause de mauvaise météo. Jeudi, l’Ontario et la France avaient déjà fermé leurs écoles.

Une fermeture de deux semaines pour l’ensemble des garderies, écoles, cégeps et universités du Québec s’avère un événement historique en soi.

Lors de la Crise du verglas de 1998, les écoles d’environ la moitié de la province, dont Montréal, étaient restées fermées les deux premières semaines complètes du mois de janvier. Quatre écoles primaires de Saint-Hyacinthe et de Saint-Jean-sur-Richelieu avaient été les dernières à rouvrir, au bout de cinq semaines.

Voyageurs étrangers

Le premier ministre Legault fera le point chaque jour sur la situation du coronavirus au Québec, même la fin de semaine. Après la ruée dans les épiceries amorcée jeudi soir, il a profité de son adresse de vendredi pour faire un appel au calme concernant l’approvisionnement en nourriture et en biens essentiels.

Il a aussi demandé au premier ministre canadien, Justin Trudeau, de «limiter rapidement l’entrée des visiteurs étrangers au Canada.» «Ça devient urgent!» «On a actuellement un problème de cohérence. On demande à nos citoyens [de retour de l’étranger] de prendre des mesures, de s’isoler pour 14 jours, mais on ne demande rien aux visiteurs étrangers», dénonce M. Legault, qui comptait bien répéter cette demande au gouvernement fédéral vendredi.

La ministre de la Santé a pour sa part annoncé la mise en place de 13 nouvelles cliniques dédiées à la détection de la COVID-19. Après les trois premières à Québec, à Montréal et en Montérégie, on en ouvrira une au Saguenay-Lac-Saint-Jean, deux en Mauricie-Centre-du-Québec, deux en Estrie, deux en Outaouais, une autre à Montréal, une à Laval, une dans Lanaudière, une dans les Laurentides et deux autres en Montérégie.

Mme McCann a par ailleurs imploré les Québécois de diriger toutes leurs questions sur le coronavirus au 1-877-644-4545 ou en ligne au quebec.ca/coronavirus, après avoir fait sauter la ligne Info-Santé 8-1-1 par un surplus d’appels dans les derniers jours.

Notons enfin que 29 élections partielles municipales prévues à travers le Québec jusqu’au 26 avril ont été reportées.

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Garderies d’urgence pour les travailleurs de la santé

Sur le million de petits Québécois qui fréquentent les garderies et services de garde en tous genres, une poignée pourra continuer d’y aller lundi, même quand les écoles et les CPE seront fermés. Les gamins des infirmières, médecins, policiers et pompiers auront droit à des garderies qui leur seront exclusivement dédiées.

«On va mettre en place des services de garde pour s’assurer que le personnel de la santé, les policiers, que les services essentiels puissent continuer de faire leur travail», a annoncé le premier ministre François Legault, vendredi, flanqué de ses ministres de l’Éducation et de la Famille.

Une liste des services essentiels sera établie.

On ouvrira ces services de garde d’urgence dans les écoles situées à proximité des établissements de santé, comme les hôpitaux.
«Malgré la fermeture [généralisée], il y aura des places pour vos enfants pour que vous puissiez soigner les malades», assure le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, répète qu’il n’est pas question d’ouvrir tous les services de garde des écoles. «On n’ouvre pas le réseau des services de garde de nos écoles primaires, ils seront fermés. Mais certains services de garde seront ouverts pour les travailleurs de la santé», souligne-t-il, confirmant que le critère de l’emploi du parent s’avérera la principale condition.

Deux semaines

On confirme de plus que deux semaines sans service de garde pour les jeunes, que ce soit en petite enfance ou dans les écoles, équivalent à deux semaines sans payer pour les parents.
Le Québec compte 16 349 lieux de services de garde pour les 0 à 4 ans, que ce soit les CPE, garderies subventionnées ou pas et services en milieu familial. Il y a 1893 écoles primaires, qui offrent en très grande majorité des services de garde. Cela représente 305 083 enfants âgés de 0 à 4 ans et 647 747 fréquentant le préscolaire et le primaire, pour 952 830 enfants au total.