Contrairement à ce que Justin Trudeau affirmait la semaine dernière, le fédéral ne négocierait pas avec le CN pour ce qui est de la peinture du pont de Québec.

Pas de négos à propos du pont

EXCLUSIF / Il n’y a pas de négociations entre le gouvernement fédéral et le Canadien National (CN) sur le pont de Québec, a appris Le Soleil.

Lors de son passage à Québec, jeudi, le premier ministre du Canada a lui-même laissé entendre que des pourparlers avaient cours avec le propriétaire du pont centenaire.

En réponse à la question d’un citoyen présent au rassemblement à l’école secondaire De Rochebelle, Justin Trudeau a d’abord répété que la structure était sécuritaire malgré la rouille qui l’affecte.

«Par rapport à l’esthétique, je suis d’accord et c’est pour ça que le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial, on est tous en train de travailler avec le propriétaire du pont, le CN, pour essayer de trouver une solution. Le fédéral a mis de l’avant de l’argent, on est là à la table en train de chercher une solution. Je sais que ça prend beaucoup de temps, mais c’est des négociations en cours et à chaque fois que je viens à Québec, et je viens souvent, on me pose la question et la réponse est toujours: “On est encore en train de travailler dessus”», a-t-il développé par la suite.

Or, une source proche du dossier a indiqué depuis au Soleil que le fédéral ne négocie pas avec le CN. Il n’y a même pas de discussions entre les deux. Le seul échange remonte au mois d’août, alors qu’Ottawa a demandé au propriétaire du pont sous quelles conditions il serait prêt à céder la propriété de la structure. La question d’une nouvelle peinture n’était pas abordée directement. Le CN a énuméré ses conditions. Et puis, plus rien.

Un appel au cabinet du ministre de l’Infrastructure du Canada, Amarjeet Sohi, n’a pas permis de confirmer des négociations directes ni sur quoi elles porteraient.

Kate Monfette, directrice des communications, s’est contentée de nous écrire, après avoir revisité les propos de M. Trudeau, qu’«il semble dire que les trois ordres de gouvernements sont dans des discussions qui impliquent aussi le CN».

Puis son courriel rappelle «l’importance du lien que représente le pont de Québec entre les deux rives» pour la circulation, l’économie et le patrimoine. «Notre gouvernement est à la table avec les autres partenaires et nous continuons de travailler avec eux pour les prochaines étapes menant à une solution viable et à long terme», conclut Mme Monfette.

Le ministère des Transports réfute

Le cabinet de la ministre déléguée aux Transports du Québec, Véronyque Tremblay, réfute prendre part à une négociation. 

«Nous ne sommes pas en mesure de commenter les discussions entre le CN et le gouvernement fédéral concernant la peinture du pont de Québec, elles se déroulent entre eux. Nous suivons le dossier de près puisque les sommes annoncées par notre gouvernement en 2014 pour repeinturer le pont sont toujours disponibles. De plus, le Ministère a, sur une base régulière, des discussions avec le CN concernant la convention d’usage du pont pour l’entretien de celui-ci», a indiqué l’attachée de presse Marie-Ève Dion. 

Le maire de Québec, Régis Labeaume, est aussi discret sur ce dossier depuis un bon moment puisque «ça travaille», comme il le répète sobrement. Son attaché de presse, Paul-Christian Nolin, a confirmé au Soleil que le sujet a été abordé lors du récent tête-à-tête avec M. Trudeau. «On s’est fait répondre que les négociations vont bon train», a précisé M. Nolin. La Ville de Québec n’y participe pas. 

Il n’a pas été possible d’obtenir un commentaire du CN. 

En novembre 2014, le gouvernement Harper mettait 75 millions $ sur la table pour repeinturer le pont de Québec. Le gouvernement du Québec ajoutait 23,5 millions $, la Ville de Québec, 1 million $, et Lévis, 500 000 $. Le total de 100 millions $ représente toutefois le quart de la somme de 400 millions $ jugée nécessaire pour un tel chantier.

Avant son élection, le Parti libéral du Canada a fait sienne l’offre des conservateurs et promis de trouver une solution avant le 30 juin 2016, à défaut de quoi il devait «prendre les dispositions appropriées afin de dénouer l’impasse».

Depuis cette échéance, les libéraux mettent de l’avant les discussions avec les «partenaires», qui ont d’abord tourné autour de la peinture pour glisser ensuite vers la propriété du pont de Québec. Le CN a hérité du pont de Québec quand il est passé du statut de société d’État à entreprise privée, en 1992, et se dit prêt depuis plusieurs années à le céder pour une somme symbolique.