Terre agricole dans Charlevoix

Pas de fumier dans Charlevoix pendant le G7

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a demandé aux agriculteurs de Charlevoix de ne pas épandre de fumier du 1er au 9 juin afin de ne pas indisposer les chefs d’État et de gouvernement des pays du G7. Une demande jugée farfelue par le Parti québécois, qui a pressé jeudi le ministre Laurent Lessard d’annuler cette directive.

La nouvelle a d’abord été rapportée mercredi par La Terre de chez nous. «Nous demandons votre collaboration pour que le séjour de nos invités sur notre terre d’accueil soit aussi agréable que positif. Pour cela, tous les éléments d’hospitalité revêtent une importance notable», disait le mémo que le MAPAQ a fait parvenir il y a une semaine à la Fédération de l’UPA de la Capitale-Nationale-Côte-Nord et dans lequel il priait les agriculteurs de s’abstenir d’épandre du fumier entre le 1er et le 9 juin.

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, c’est Affaires mondiales Canada qui aurait été à l’origine de la demande transmise au MAPAQ, qui l’a ensuite fait suivre à la Fédération. Il semble que l’organisation responsable de la tenue du Sommet s’inquiétait des odeurs d’épandage pouvant être perçues avant et après l’événement et qu’elle aurait demandé qu’une communication de «sensibilisation» soit faite à cet effet auprès de l’industrie agricole.

«Il n’était pas question pour nous qu’on impose ça aux producteurs, mais le mémo envoyé par courriel à la Fédération a été envoyé par erreur aux producteurs, qui ont très mal réagi. Charlevoix, ce n’est pas la Montérégie. Dans les secteurs plus montagneux, l’eau a pris du temps à se retirer parce qu’il a fait froid ce printemps, de sorte que les gens n’ont pas pu entrer dans les champs avant le 23 ou le 24 mai. Or, il faut épandre avant de semer, et la date limite des semis de La Financière agricole est le 15 juin», a rappelé en entrevue au Soleil la présidente de la Fédération de l’UPA de la Capitale-Nationale-Côte-Nord et agricultrice de La Malbaie, Jacynthe Gagnon. 

«Le long de la 138 et de la 362, les gens ont été capables d’entrer avant dans les champs [et de finir l’épandage], ce qui n’est pas le cas pour les producteurs de l’arrière-pays. Là, le beau temps joue en notre faveur, on devrait avoir fini l’épandage mardi ou mercredi prochain, mais ce ne sera assurément pas fini pour demain [vendredi 1er juin]», a averti Jacinthe Gagnon.

Au Parlement

L’information parue dans La Terre de chez nous a donné lieu à un débat à l’Assemblée nationale, jeudi. «Le ministère de l’Agriculture demande aux agriculteurs de cesser leurs opérations et d’ainsi mettre à risque les rendements des agriculteurs», a pesté le péquiste André Villeneuve.

«Ces gens-là se lèvent avant le soleil et se couchent après le soleil, a poursuivi le député. Je pense qu’ils méritent le respect. Et les repas gastronomiques qui seront servis au G7 ne sortent pas de nulle part, vous le savez comme moi; ce sont des agriculteurs qui ont produit les aliments, grâce entre autres à la fertilisation des champs.»

Et d’ajouter que «l’épandage de fumier, ça fait partie de la vie en région».

Le ministre Laurent Lessard a justifié cette demande en faisant valoir qu’il fallait présenter la région de Charlevoix sous ses meilleurs attraits. «Il y a quand même un événement international qui se tient», a commencé le ministre avant de dire que le G7 représente «une occasion de présenter les produits québécois». Et que Charlevoix est «une carte de visite à l’international».

«On accompagne aussi les producteurs pour faire en sorte que, pendant ces quelques jours-là, on puisse choisir d’autres périodes pour l’épandage des engrais verts et pour permettre une production optimale. Je pense que les producteurs vont collaborer, et qu’on va être capables d’atteindre les résultats escomptés pour que l’événement se passe correctement.»