Très peu de choix s'offrent aux musulmans pour leur inhumation. Il existe un grand cimetière à Laval et ailleurs dans la région montréalaise, trois ou quatre cimetières catholiques existants ont délimité des «carrés musulmans».

Pas de cimetières musulmans à l'extérieur de Montréal

Hors de Montréal, point de salut pour les musulmans qui expirent : «Ils viennent ici, leurs enfants sont ici, mais ils doivent envoyer leurs défunts à l'étranger.»
«Le manque de cimetières crée de gros problèmes pour notre communauté», regrette Lilia Derbal, secrétaire générale de l'Association de la sépulture musulmane au Québec. À l'extérieur de la région de la métropole, les croyants qui louent Allah n'ont pas de lieu pour leur dernier repos.
Voilà qui freine l'intégration à la société d'accueil, évalue Hadjira Belkacem, Québécoise d'origine algérienne, présidente de la même Association. Le cimetière fait partie des fondements de l'enracinement, dit-elle.
«C'est un lieu d'émotion, un cimetière. C'est un lieu très important. Et un lieu historique, c'est notre histoire, qui va relater notre passage à nos petits-enfants.»
Mme Belkacem poursuit : «C'est sûr que ça a un impact énorme. Si on n'a pas de cimetière, on est obligé de retourner [dans le pays d'origine]. Alors, on est moitié ici, moitié là-bas. [...] C'est beaucoup de frustrations pour les familles.»
Tiraillement décuplé par la pression souvent exercée par les proches restés à l'étranger : «On a eu des exemples où la famille voulait enterrer ici, mais la grande famille dans le pays d'origine appelle à récupérer le corps. C'est quand même difficile.»
La plupart des immigrants ont choisi de s'installer à demeure, de rebâtir sur une fondation neuve, ajoute-t-elle. «Il y a beaucoup de personnes qui, maintenant, optent pour l'inhumation ici dans notre nouveau pays.»
Elle cite son propre parcours en exemple : «Nous, on a déjà pris la décision qu'on doit être enterrés ici au Québec. Même ma famille là-bas, je leur ai vraiment expliqué que si je décède, mon corps ne va pas être rapatrié au pays d'origine. Je veux être enterrée ici, c'est mon pays, c'est le pays de mes enfants, de mes petits-enfants [quand ils vont arriver, j'espère!].»
Étendre le réseau
Il y a toutefois peu de choix pour les musulmans voulant rester au Québec jusque dans la mort. «Il y a un grand cimetière à Laval [Masson], mais bientôt il va afficher complet tellement il y a beaucoup de décès.» Ailleurs dans la région montréalaise, trois ou quatre cimetières catholiques existants ont délimité des «carrés musulmans».
Mme Belkacem milite depuis 2014 pour dénicher des lieux d'inhumation prêts à réserver d'autres «carrés» pour les citoyens de confession musulmane. «On aimerait faire ça dans d'autres régions où les cimetières [musulmans] n'existent pas : Québec, Sherbrooke, Chicoutimi.»
«C'est difficile. [...] Pour sensibiliser la communauté, le gouvernement, toute la société québécois, ça prend du temps. [...] C'est un sujet qui est très lourd.»
«On aimerait que le gouvernement nous écoute parce que c'est une nouvelle réalité pour la société, pour le gouvernement. Mais c'est une réalité qui nous divise. Il faut la voir en face et trouver des solutions parce que ça n'a pas d'allure que j'aie un décès et que je ne trouve pas où mettre mon défunt.»
Le b.a.-ba du rite funéraire musulman
Il est beaucoup question des célébrations organisées dans la capitale et la métropole en souvenir des six hommes fauchés dimanche soir au Centre culturel islamique de Québec. Une belle occasion de suivre un cours sur le rite funéraire musulman.
Notre professeure se nomme Lilia Derbal, secrétaire générale de l'Association de la sépulture musulmane au Québec. 
Prenez place, la leçon commence : «La première des choses, la famille doit appeler le 9-1-1.» Au sein des familles immigrantes, beaucoup ne savent pas qu'au Québec, il faut contacter les services d'urgence pour que le décès soit constaté à l'hôpital. Puis, que c'est la maison funéraire choisie qui ira cueillir le corps.
C'est là que le rite religieux est entrepris. Une équipe de bénévoles musulmans est appelée pour laver la dépouille, selon les pratiques de leur religion. Laver à l'intérieur et à l'extérieur.
Ensuite? «Le corps n'est pas habillé.» Il faut trois tissus blancs d'environ trois mètres de long. Le mort est enroulé dans un linceul (un suaire, comme dans Saint-Suaire, si vous préférez). Il faut suivre une procédure pour entrelacer les tissus : «C'est très ordonné.»
La prière
La célébration baignant dans la religion, il y a bien sûr lecture d'une prière. Celle-ci a lieu à la maison funéraire, à la mosquée ou au cimetière. «C'est la famille qui fait ce choix-là.» Contrairement aux prières quotidiennes, celle-ci est récitée debout. Un imam ou un membre de la famille déclame le texte, la tête du défunt à sa droite.
«Après la prière, le corps est enterré. La différence avec les autres religions, c'est que nous, notre défunt doit faire face à La Mecque [ville sainte d'Arabie Saoudite], c'est-à-dire vers l'est.»
Au fait, normalement, le rite musulman commande l'enterrement rapide de la dépouille sans embaumement et sans autre enveloppe que le linceul. Mme Derbal explique qu'au Québec, il faut se plier à la loi. Ainsi, le corps sera embaumé si le décès remonte à plus de 18 heures. Et tous les morts devront être déposés dans un cercueil. Un accommodement raisonnable, pourrions-nous dire. «Il y a des règlements à respecter.»
Québec pourrait avoir un cimetière musulman
Québec pourrait bientôt avoir un cimetière musulman, a dit Régis Labeaume mercredi. «C'est un dossier qui traîne depuis des années, mais on est en train de trouver des solutions. Il y a avait des problèmes légaux, fiscaux, etc» a expliqué le maire de Québec en indiquant que les premières discussions en ce sens remontent à 2008. La mort violente de six membres de la communauté musulmane a mis en exergue cette semaine le fait que la capitale n'a pas de cimetière pour inhumer ces victimes de l'attentat. «Mais au moment où on se parle, les dirigeants du Cimetière Saint-Charles sont prêts à les accueillir.» Valérie Gaudreau