Diane Lavallée a représenté le Parti québécois dans Taschereau lors des dernières élections générales provinciales.

Partielle dans Jean-Talon: une péquiste derrière la nouvelle députée caquiste

Ancienne candidate et péquiste toujours convaincue, Diane Lavallée a quand même accueilli avec grand bonheur la victoire électorale de la caquiste Joëlle Boutin, dans Jean-Talon.

Lundi dernier, jour du vote pour l’élection partielle. Mme Lavallée met la main à la pâte du Parti québécois en faisant des appels téléphoniques pour le candidat bleu foncé, Sylvain Barrette. La dame a représenté le PQ lors de deux élections générales : dans Jean-Talon, dans les années 1990, et l’an dernier, dans Taschereau.

Mais lundi soir venu, quand le triomphe de Mme Boutin et de la CAQ s’est confirmé, elle ne s’est pas gênée pour applaudir. Et deux fois plutôt qu’une.

«Je suis fière que ce soit une jeune femme, que je connais en plus. Et ça m’a rappelé de bons souvenirs!» a confié Mme Lavallée au Soleil, cette semaine.

Après s’être affrontées dans des débats régionaux durant la campagne électorale de 2018, perdante pour les deux, les deux femmes que 23 ans séparent se sont liées d’amitié.

«On a développé des affinités et après les élections, Joëlle m’a rappelée pour savoir si j’acceptais d’être sa mentore dans ses responsabilités de cheffe de cabinet [du ministre délégué Éric Caire]. Avec l’expérience que j’ai dans la haute fonction publique, elle trouve mon parcours intéressant pour lui donner certains conseils, même si elle est déjà très débrouillarde avec un bon jugement.

«On s’est revues à quelques reprises dans la dernière année pour échanger sur sa vision, son développement professionnel et politique», poursuit la femme de 63 ans, que le public a d’abord connue comme présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, avant qu’elle devienne gestionnaire dans la haute fonction publique québécoise.

«Au-delà de toute partisanerie, je regarde les personnes pour ce qu’elles sont!» tranche celle qui a des amis dans tous les partis. «Joëlle est une femme intelligente, qui va en politique pour les bonnes raisons. Elle veut vraiment servir la population, est très travaillante, engagée. Comme femme d’une autre génération, ça me fait plaisir de jouer un rôle de mentore auprès d’une femme de cœur avec un grand potentiel comme elle.»

Pas assez de chicane

Mme Lavallée a aussi savouré une petite vengeance personnelle datant de 25 ans. À ses premières élections, dans Jean-Talon, la candidate du Parti québécois avait perdu par 24 voix au terme d’un recomptage judiciaire de presque un mois.

La politicienne recrue avait en outre donné naissance à son premier fils une semaine avant le déclenchement des élections de l’été 1994. «Pas le temps de faire de dépression post-partum!» s’esclaffe-t-elle, ravivant ce qu’elle considère comme de bons souvenirs malgré la défaite.

«J’avais à peu près l’âge de Joëlle [qui a 40 ans], même un peu plus jeune. J’ai vécu les hauts et les bas! La journée du vote, j’avais gagné par 500 voix, mais j’ai perdu ma majorité par le dépouillement des votes par anticipation. Donc à 9h10, Bernard Derome me donnait gagnante et à 9h40, perdante», raconte-t-elle.

Elle souligne le respect qui régnait entre elle et sa principale rivale, la libérale Margaret Delisle. 

«On avait beaucoup d’estime l’une pour l’autre. Même que nos organisateurs politiques trouvaient qu’on était trop gentilles! Mais on a fait de la politique autrement et les deux, on en était très fières. Je me disais qu’au moins, que ce soit elle ou moi qui gagne, une autre femme entrerait à l’Assemblée nationale. Et aujourd’hui, je suis contente de voir entrer une jeune femme comme Joëlle», fait valoir Mme Lavallée.

Elle habite encore la circonscription du secteur Sainte-Foy–Sillery; elle a voté à la récente partielle. On ne lui a pas demandé pour qui.

Dur coup pour le PQ

La Coalition avenir Québec est devenue lundi le premier parti autre que le Parti libéral à remporter Jean-Talon en 19 élections et 53 ans d’existence de la circonscription.

Ce revers historique provoque des remises en question dans le camp libéral. Mme Lavallée connaît la candidate Gertrude Bourdon pour l’avoir côtoyée quand elle œuvrait comme directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et que Mme Bourdon en était membre, à titre de présidente-directrice générale du CHU de Québec.

«Gertrude Bourdon est une femme de grande valeur, une grande gestionnaire reconnue. Malheureusement, sa mauvaise entrée en politique l’année dernière lui colle à la peau. Je ne pense pas que c’était la candidate de choix pour le Parti libéral», analyse-t-elle.

Si la défaite libérale est amère, Mme Lavallée admet que celle du Parti québécois l’est tout autant, pour d’autres raisons. Le PQ n’a obtenu que 9,3 % des voix.

«C’est peu. C’est même moins qu’aux élections de l’année dernière [14,5 %]. Mais les gens de Jean-Talon, même des péquistes, voulaient sortir le Parti libéral en misant sur la CAQ», constate celle qui est toujours membre du PQ, mais moins militante.

Pas de doute pour elle, «le résultat de l’élection partielle dans Jean-Talon est une autre évidence qu’il y a un renouvellement à avoir» au PQ. «Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de gens qui y croient [à l’indépendance]. Le projet souverainiste demeure toujours pertinent et beaucoup de jeunes y adhèrent, que ce soit par le Parti québécois, Québec solidaire et aussi Ambition Québec.»

L’ancienne députée péquiste devenue indépendante Catherine Fournier, fondatrice du projet Ambition Québec, fait partie de ces politiciennes de la relève que côtoie Mme Lavallée. Son fils Hubert, le bébé électoral de 1994, est conseiller politique de Mme Fournier.

Quant à une candidature en 2022, Diane Lavallée préfère «laisser la chance à des plus jeunes de faire la lutte». Ce qui est loin de la cantonner à une retraite inactive, elle qui aide entre autres des réfugiés à s’intégrer dans la région de Québec.