Des manifestants se sont rassemblés sur les marches de la Cour suprême des États-Unis, samedi, pour dénoncer la nomination du juge Kavanaugh. Pour plusieurs, cette situation où la parole de la femme et celle de l'homme s'affrontent, résume l'anxiété suscitée par le débat sur le mouvement #MoiAussi.

Parler de sexualité autrement avec les garçons

Parler de sexualité est souvent un exercice malaisant, et ce, tant pour les parents que pour les enfants. Mais un an après la naissance du mouvement #MoiAussi, ces discussions sur la procréation ont un urgent besoin d'être revues et améliorées, selon les experts.

En matière de sexualité, il n'est désormais plus possible de s'en tenir aux oiseaux et aux abeilles, estime Rachel Giese, l'auteure de Boys: What It Means To Become a Man, un livre portant sur l'éducation des garçons.

D'après la Torontoise, les parents doivent laisser de côté les euphémismes et faire entrer le débat sur les rapports de pouvoir entre les sexes dans leur foyer. Parce qu'ils n'abordent pas cette question épineuse avec leurs enfants, et plus particulièrement avec leurs fils, ces derniers risquent d'en pâtir plus tard.

«Un an à peine après le début du mouvement #MoiAussi, le ressac a commencé à se faire sentir et nous entendons les gens dire des choses comme "un gars, c'est un gars" et "c'est ce que font les gars", indique Mme Giese. Le message envoyé actuellement aux jeunes hommes et aux jeunes femmes à propos de ce qui est normal est très dommageable.»

Ces conversations autour de la table familiale sont d'autant plus difficiles que les parents peinent à s'adapter à une réalité sexuelle en constante évolution, croient Rachel Giese et d'autres militants, forçant certains pères à réévaluer leurs comportements passés à la lumière de la conception moderne du consentement.

Alors que les articles sur les répercussions à long terme de la violence sexuelle ne cessent de faire les manchettes, discuter avec les enfants des histoires comme celle des allégations d'inconduite sexuelle contre le nouveau juge à la Cour suprême des États-Unis Brett Kavanaugh pourrait être un bon point de départ.

Il y a une semaine, M. Kavanaugh et Christine Blasey Ford ont livré des témoignages opposés devant le comité judiciaire du Sénat américain au sujet d'une présumée agression sexuelle survenue lorsqu'ils étaient tous les deux adolescents.

Mme Blasey Ford a accusé Brett Kavanaugh de l'avoir agressée sexuellement durant une fête, ce que le principal intéressé dément.

Pour plusieurs, cette situation où la parole de la femme et celle de l'homme s'affrontent, résume l'anxiété suscitée par le débat sur le mouvement #MoiAussi.

Aux yeux des partisans du mouvement, Christine Blasey Ford est devenue l'exemple parfait de l'impact de la violence sexuelle sur l'existence des victimes et sur les forces qui empêchent les femmes de dénoncer les agressions qu'elles subissent.

Les défenseurs de M. Kavanaugh estiment plutôt qu'exhumer des allégations vieilles de plusieurs décennies est une autre preuve que le mouvement a dépassé les bornes et menace tous les hommes.

Comportement décent

Mais pour Mme Giese, elle-même mère d'un adolescent, les fausses accusations ne figurent pas au sommet des préoccupations des parents qu'elle a rencontrés durant la tournée promotionnelle pour son livre.

«Je pense que beaucoup de parents veulent vraiment que leurs fils se comportent comme des personnes décentes, a-t-elle indiqué. La pire chose pour eux serait d'apprendre que leur fils a participé à une agression ou à un acte d'intimidation.»

L'auteure pense que les messages que les garçons et les filles reçoivent à l'orée de l'adolescence mettent en place un double standard qui encourage les adolescents à multiplier les conquêtes tout en demandant aux adolescentes d'être constamment sur leurs gardes concernant les avances non désirées.

Si sa sympathie va avant tout aux victimes de la violence sexuelle, Rachel Giese soutient que cette «tragédie» peut causer du mal chez les deux sexes.

Les jeunes hommes, dit-elle, sont éduqués de manière à traiter les femmes comme des «proies» au nom d'une masculinité qui valorise un comportement sexuel agressif alimenté par la pression des pairs et la consommation d'alcool ou de drogue qui peut les mener à faire des gestes qui les hanteront pour le reste de leur vie.