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Selon un sondage Léger Marketing réalisé au printemps, 72 % des Québécois disaient moins fréquenter leur centre-ville, artères commerciales ou noyau de leur village.
Selon un sondage Léger Marketing réalisé au printemps, 72 % des Québécois disaient moins fréquenter leur centre-ville, artères commerciales ou noyau de leur village.

Pandémie: comment sauver les centres-villes?

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
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Avec le télétravail, la fermeture prolongée des commerces et l’absence de touristes, les centres-villes sont désertés. Puisque l’économie locale et le dynamisme des quartiers centraux en prennent un coup, la Coalition Cœurs de villes et villages interpelle quatre ministres à adopter une stratégie nationale. Mission : sauver les centres-villes.

Les commerces de proximité, les restaurants, les lieux de culture et d’hébergement ont été mis à mal par la pandémie. La plupart, qui ont pignon sur rue au cœur des villes ou des villages, sont moins – voire pas du tout  – fréquentés en raison des mesures sanitaires.

Peu importe la région, tous sont touchés, à divers degrés. 

«Bien avant ça, le 18 février, la Coalition Cœurs de villes et villages lançait un cri du cœur. La situation était déjà préoccupante», raconte Christian Savard, président exécutif du réseau Rues principales. 

Puis, la pandémie est arrivée et la situation ne s’est guère embellie dans les centres-villes; les secteurs d’activités les plus affligés s’y retrouvent. Au printemps, leur vitalité était déjà entachée, observe la Coalition formée de l’Action patrimoine, l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal, le Chantier de l’économie sociale, le Regroupement des sociétés de développement commercial du Québec, Rues principales et Vivre en Ville. 

Selon un sondage Léger Marketing réalisé au printemps, 72 % des Québécois disaient moins fréquenter leur centre-ville, artères commerciales ou noyau de leur village. Conscients de la problématique, les gouvernements ont mis sur pied des «programmes d’urgence» pour tenter de rescaper les attraits les plus affectés par la crise.

Malgré ces aides financières, à l’automne, plus de la moitié (56 %) des restaurateurs du Québec prévoyaient devoir cesser leurs activités d’ici six mois si la pandémie s’étirait encore. Pour ne nommer que ceux-là. 

«Électrochoc»

Bien qu’«essentielles» pour prévenir la faillite, ces mesures de sauvetage ne permettront pas aux artères commerciales des centres-villes de reprendre vie une fois la pandémie finie, martèlent les nombreux acteurs derrière la Coalition Cœurs de villes et villages.  

Faisant sienne l’expression du premier ministre François Legault pour sonner l’alarme, le regroupement demande au gouvernement un «électrochoc» pour renverser la tendance et ainsi faire revivre les centres-villes. 

L’«électrochoc» en question, c’est un plan d’action gouvernemental «pour éviter que nos artères commerciales ne soient durablement amochées par leur mise en pause forcée», explique-t-on. 

Selon un sondage Léger Marketing réalisé au printemps, 72 % des Québécois disaient moins fréquenter leur centre-ville, artères commerciales ou noyau de leur village.

Jean-Pierre Bédard, directeur général du Regroupement des sociétés de développement commercial du Québec, le constate d’ores et déjà : «des zones sinistrées vont nécessiter une intervention pour être sauvées.» 

Dans l’hébergement et la restauration, entre autres, l’absence de travailleurs et de touristes pourrait être fatale. «La durée de vie des entreprises commence à être de plus en plus brève. Plusieurs ne voient pas comment ils vont réussir à s’en sortir si ça poursuivait au-delà du 8 février. Il y aura des fermetures, on s’enligne vers ça, alors la relance est essentielle», défend-t-il. 

«Ça prend des mesures concrètes pour permettre aux commerçants de mieux envisager le futur, parce que s’il n’y a pas de message d’espoir, l’idée de fermeture sera plus présente dans leur vision», craint celui qui est aussi directeur général de la Société de développement commercial de Montcalm, à Québec. 

«Le gouvernement gère de l’urgence pour maintenir la tête hors de l’eau, mais l’impact sur les centres-villes va être très fort. Il va nous falloir une stratégie à moyen ou long terme», confirme son collègue Christian Savard de Rues Principales. 

Face au commerce en ligne

Les prêts ou les subventions offerts aux entreprises ne sont qu’un «pansement», croit Jean-Pierre Bédard du Regroupement des sociétés de développement commercial. Au même titre que la collecte sur rue, récemment permise par le gouvernement Legault, une mesure qui permet de «sauver les meubles», selon lui. Ou encore le Panier Bleu, qui «n’est pas la panacée», mais par lequel une sensibilité à l’achat local s’est tout de même créée. 

Achat local oui, mais si un phénomène a marqué l’année 2020, c’est bien l’achat en ligne. «Certains l’ont découvert et ne reviendront pas en arrière», observe Christian Savard. 


« La durée de vie des entreprises commence à être de plus en plus brève. Plusieurs ne voient pas comment ils vont réussir à s’en sortir si ça poursuivait au-delà du 8 février. Il y aura des fermetures, on s’enligne vers ça, alors la relance est essentielle »
Jean-Pierre Bédard, directeur général du Regroupement des sociétés de développement commercial du Québec

Les entreprises de proximité ont bien tenté de suivre la vague, en se convertissant au commerce en ligne et à la livraison locale. À 47 %, les PME estiment par contre que leur modèle ne s’y prête pas.

Les experts le disent, le commerce de détail en ligne s’est implanté en un an, ce qui aurait autrement pu constituer 10 ans de progression. La tendance va demeurer, estime M. Savard, certains achats ne présentant pas de «plus-value à aller en magasin».

«Ce sera un impact généralisé. Le commerce de détail va être sous pression et pas juste dans les centres-villes.» La vacance des locaux commerciaux se traduirait aussi par une perte de revenus «drastique» pour les municipalités.

«Les artères commerciales où il y a du placardage, ça enlèverait tout le charme de ces lieux, le dynamisme et l’idée d’y déambuler», songe pour sa part M. Bédard.

L’avenir d’une vie hors des grands centres?

Puisque les gens n’ont plus besoin de se déplacer vers la ville pour y consommer ce qu’ils veulent acheter ni pour y travailler, vont-ils déménager hors des grands centres? 

«Le télétravail va s’implanter, mais pas autant qu’on le pense», s’avance le président de Rues Principales. 

Si le «grand étalement» dans les banlieues inquiète, le télétravail pourrait aussi favoriser la fermeture de bureaux commerciaux hors des grands centres, afin qu’ils se concentrent davantage au centre-ville. Puisque le gouvernement du Québec est le «principal joueur immobilier» de la province, il aura son rôle à jouer. 

«Le centre-ville est important pour la communauté, parce qu’en plus d’être un moteur économique, il est le lieu où l’empreinte écologique est la plus faible, tout y est facilement accessible à pied ou en transport en commun. Pour l’élément social aussi et l’appartenance c’est important de le préserver», plaide M. Savard.

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Les 11 recommandations de la Coalition Cœurs de villes et villages

La Coalition Cœurs de villes et villages, formée de Action patrimoine, l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal, le Chantier de l’économie sociale, le Regroupement des sociétés de développement commercial du Québec, Rues principales et Vivre en Ville, demande aux ministres Lebel, Laforest, Roy et Fitzgibbon du gouvernement du Québec d’élaborer un plan d’action. Celui-ci, propose-t-on, devrait s’appuyer sur 11 recommandations transmises aux élus provinciaux par la Coalition au printemps dernier pour soutenir la relance économique et sociale: 

  • 1. Adopter une politique d’achat responsable des acheteurs publics mettant de l’avant l’approvisionnement local. 
  • 2. Soutenir les organisations de concertation et d’appui au commerce de proximité. 
  • 3. Apporter un soutien technique et financier aux municipalités pour la requalification de leurs cœurs de villes et villages. 
  • 4. Favoriser l’acquisition par les communautés d’édifices ou de commerces jugés prioritaires. 
  • 5. Adopter une stratégie de localisation des édifices publics (emplois et services) priorisant les cœurs de villes et villages.
  •  6. Construire, d’ici 5 ans, des dizaines de milliers de logements sociaux et communautaires bien ancrés dans leurs quartiers ou noyaux villageois. 
  • 7. Restaurer les bâtiments patrimoniaux qui font la fierté des communautés. 
  • 8. Créer une mesure de suivi de la santé de nos cœurs de collectivités. 
  • 9. Étudier les conséquences de la montée en puissance du commerce en ligne sur l’occupation des divers espaces commerciaux de nos collectivités et planifier les mesures de reconversion des espaces commerciaux excédentaires. 
  • 10. Moderniser la fiscalité municipale, notamment dans le contexte du virage du commerce en ligne. 
  • 11. Adopter une politique nationale d’aménagement du territoire.