Le syndicat évalue qu’il manque environ 50 constables spéciaux pour couvrir de façon sécuritaire les 52 palais de justice régionaux.

Palais de justice: des agents de sécurité peu utiles, selon les constables spéciaux

Maniwaki aurait pu être Rimouski, Lac-Mégantic, Alma ou Sainte-Anne-des-Monts. Les palais de justice régionaux sont loin d’être assez sécuritaires, plaide le syndicat des constables spéciaux, qui réclame un ordre de la cour pour forcer l’embauche d’agents de la paix plutôt que d’agences de sécurité privées.

À l’audition lundi matin de sa requête — prévue depuis des mois —, le syndicat des constables spéciaux n’a pas manqué de déposer en preuve la vidéo de l’altercation de la semaine dernière au palais de justice de Maniwaki. L’unique constable spécial en poste a tiré sur un jeune détenu qui lui avait enlevé son bâton télescopique et le frappait avec.

Ce triste événement n’était que le plus récent d’une longue liste, a fait valoir le syndicat des 360 constables spéciaux, devant le juge Jean-François Émond de la Cour supérieure.

En novembre dernier, une vidéo a été tourné au palais de justice de Granby, montrant un constable spécial qui peine à menotter un individu récalcitrant, sous le regard passif des agents de sécurité.

«Des yeux, des oreilles et des bras»

Patrick Melo a fait partie de la première cohorte de constables spéciaux à sortir de l’École nationale de police de Nicolet, en 2009. Pour lui, les agents de sécurité sont aussi utiles que des boutons-panique, car ils n’ont pas de pouvoir d’intervention. «Un agent de sécurité, ce sont des yeux et des oreilles», résume le constable Melo. «Des constables spéciaux, ce sont des yeux, des oreilles et des bras.»

À l’automne 2015, à titre d’officier syndical, M. Melo a visité une dizaine de palais de justice régionaux. De manière générale, un constable spécial y est en poste pour faire la patrouille et contrôler l’accès tandis qu’un ou deux agents de sécurité veillent dans les salles d’audience.

Dans le vieux palais de justice de Rimouski, le constable spécial lui a expliqué qu’il ne pouvait procéder à l’arrestation des contrevenants visés par un mandat faute d’endroit pour fouiller le détenu.

À Sainte-Anne-des-Monts, le juge s’inquiétait de la recrudescence des cas de vandalisme et exigeait, par ordonnance, la présence de constables spéciaux. 

À Alma, trois des quatre boutons-panique dans les salles d’audience ne fonctionnaient pas. Pendant de longues minutes, c’est donc l’agent de sécurité, âgé de 72 ans, qui était en charge de la salle. 

Des craintes

Partout, les collègues constables ont répété leurs craintes d’être laissés à eux-mêmes lors d’une intervention houleuse. 

«Quand ça dégénère, que la personne n’a pas été contrôlée, tu arrives et le feu est pris, illustre Patrick Melo. Tes choix d’intervention diminuent grandement. S’il y a un constable à l’intérieur qui commence à calmer la personne, tu as déjà quelqu’un qui intervient. Mais ce n’est pas la job d’un agent de sécurité de faire ça.»

Le syndicat évalue qu’il manque environ 50 constables spéciaux pour couvrir de façon sécuritaire les 52 palais de justice régionaux.

En contre-interrogatoire, l’avocate du gouvernement a fait remarquer qu’en février 2017, un journaliste s’est fait agresser par un accusé dans un corridor du palais de justice de Québec, desservi uniquement par les constables spéciaux. Et l’automne dernier, un accusé en liberté s’est suicidé en pleine salle d’audience, malgré la présence de deux constables.