Ouverture de route: place à la sensibilisation à Kegaska

Pour la très grande majorité des citoyens du Québec, être relié à l'ensemble du réseau routier va de soi. Ce n'est toutefois pas le cas pour plusieurs villages de la Basse-Côte-Nord et pour l'un d'entre eux, Kegaska, l'arrivée de la route 138 apporte son lot de possibilités, mais aussi certains côtés plus noirs.
Relié depuis septembre 2013 au reste du Québec par la route, Kegaska est entré dans une nouvelle ère. Voilà pourquoi la Sûreté du Québec (SQ) a déjà rencontré trois fois les citoyens du village de 150 habitants, notamment pour leur faire connaître le Code de la sécurité routière, que plusieurs ne connaissaient pas. Les policiers les ont aussi sensibilisés aux vols, qui pourraient augmenter maintenant qu'il y a une route.
«Quand la 138 s'est rendue à Natashquan il y a quelques années, les gens étaient insécures. À Kegaska, on veut les sensibiliser avant que les problèmes arrivent en leur rappelant les règles de sécurité routière et certaines règles de prudence pour prévenir les vols», a indiqué la sergente Nathalie Girard, porte-parole de la SQ Côte-Nord. «Ce sont des rencontres proactives pour que les gens puissent faire face à cette nouvelle réalité.»
Jusqu'à présent, la SQ ne peut dire si l'ouverture de la route avait eu un impact sur la criminalité à Kegaska. La rencontre de la semaine dernière visait à donner aux citoyens les conseils usuels de prévention en matière de vols de voitures et d'introductions par effraction dans les résidences.
Pour ce qui est du Code de la sécurité routière, il n'est pas nécessairement connu de tous. «La plupart des personnes ont déjà conduit ailleurs au Québec lors de leurs sorties, mais pour les gens d'un certain âge, ils n'ont jamais conduit sur le réseau routier québécois», a souligné Dan Mauger, directeur général adjoint de la municipalité de la Côte-Nord-du-golfe-du-Saint-Laurent, entité qui regroupe sept localités de la Basse-Côte-Nord, dont Kegaska.
S'adapter à la réalité
«Il y a des habitudes à changer, il faut s'adapter à la réalité d'aujourd'hui», a ajouté M. Mauger, rappelant notamment que plusieurs résidents n'avaient jamais hésité auparavant à se balader en véhicule tout-terrain sans permis. «Se promener en quatre roues sans permis, ça va changer. Dans tout ça, il faut évidemment comprendre que toute liberté a son prix et ses limites.»
L'arrivée de la route à Kegaska modifie également la couverture policière du secteur. Les urgences seront dorénavant l'affaire du poste de la SQ à Havre-Saint-Pierre, 200 kilomètres à l'ouest. Quant aux autres services policiers, ils demeurent sous la responsabilité du poste de Blanc-Sablon, plus de 400 kilomètres à l'est. Évidemment, ces deux points ne sont pas reliés par la route. Les policiers doivent donc s'y rendre par voie maritime ou aérienne.