Plusieurs membres de la communauté musulmane ont été submergés par l'émotion en revenant sur les lieux de la tragédie.

Ouverture de la mosquée: «on ne voulait pas faire un show»

Les médias ne devaient pas avoir accès au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) mercredi matin, soutient son cofondateur, Boufeldja Benabdallah. «On ne voulait pas faire un show», affirme-t-il après avoir vu des dizaines de membres de la presse filmer et photographier la scène du crime demeurée intacte après la fusillade de dimanche.
«On ne voulait pas que ce soit accessible aux médias. Ça ne devait être ouvert qu'aux fidèles», a-t-il confié au Soleil. «C'était une erreur», se désole-t-il, évoquant un manque de communication entre les dirigeants du CCIQ. «Le voyeurisme, c'est très mauvais. Je regrette. Il n'y a pas de glorification à faire avec cela», poursuit celui qui croit que les familles des victimes auront un nouveau choc en voyant ces images. «On sait que les gens sont morts. Ce n'est pas suffisant? On sait qu'il y a eu des blessés. Ce n'est pas suffisant? On sait qu'il y a des orphelins. Ce n'est pas suffisant?»
«On ne voulait pas que ce soit accessible aux médias. Ça ne devait être ouvert qu'aux fidèles», a confié le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, au <em>Soleil</em>.
M. Benabdallah et les autres dirigeants du CCIQ devaient se réunir en après-midi et discuter, entre autres, du déroulement des événements depuis 24 heures.
Mardi soir très tard et mercredi matin, les médias ont pu entrer à l'intérieur du centre pour recueillir non seulement des témoignages de membres de la communauté musulmane touchés par les événements, mais, également, prendre des images et des vidéos de la scène du crime.
Cette ouverture en a surpris plus d'un, mais l'invitation a été aussi lancée sur la page Facebook de l'organisme, qui a également lui-même diffusé des images difficiles à regarder. Sur place mercredi matin, même le président du CCIQ, Mohamed Yangui, a justifié la décision. «Je suis certain que cela va avoir un impact positif [...] Des images comme celles-là, même celui qui n'a pas de coeur va avoir un coeur», a-t-il expliqué.
Cirque médiatique
Le Soleil et des dizaines d'autres représentants des médias du Québec mais également provenant des États-Unis ont ainsi pu circuler librement au travers des flaques de sang sur le tapis et des impacts de balles sur les murs. Des témoins de la fusillade et ceux qui se la sont fait raconter pouvaient ainsi expliquer aux membres de la presse le déroulement des événements en montrant du doigt les lieux précis où une victime a reçu une balle par exemple ou encore l'endroit où les rescapés ont pu se réfugier. 
Vers 8h30, les journalistes étaient peu nombreux, et l'endroit était calme et commandait le respect. Mais au fil de la matinée, de nouvelles équipes s'ajoutaient à celles déjà présentes si bien que vers 11h, il y avait davantage de médias que de membres de la communauté présents. Et dans le brouhaha, certains d'entre eux qui n'avaient pas vu la salle vide se retrouvaient sans le vouloir à l'endroit où certains ont perdu la vie. 
Et les quelques musulmans venus se recueillir se trouvaient immédiatement encerclés et bombardés de questions et de flashs des photographes. Même un livreur de fleurs n'a pu échapper aux questions et répondait tant bien que mal qu'il était simplement un messager. Néanmoins, micros et caméras ont aussi pu être témoins de gestes de solidarité de personnes non musulmanes qui ont tenu à se rendre à la mosquée de Sainte-Foy pour offrir leurs condoléances et parfois même signer un chèque pour venir en aide aux victimes. 
Les portes ont été finalement fermées sur le coup de midi au grand soulagement de Boufeldja Benabdallah.
Plusieurs membres de la communauté musulmane ont été submergés par l'émotion en revenant sur les lieux de la tragédie.
Pourquoi ouvrir?
«Parce que c'est quelque chose de très touchant. Ces gens-là, on les a fréquentés tous les jours.» 
Mohamed Dardari
«Ce n'est pas l'horreur que l'on montre, on montre le résultat de cette horreur. J'espère que cet événement va réveiller beaucoup de monde. Et surtout vous, les journalistes, vous avez un grand rôle à jouer là-dessus.» 
Mohamed Labidi, vice-président du CCIQ
«On aime beaucoup partager les bons moments ensemble [avec les Québécois] [...] on a voulu partager notre tragédie avec tout le monde. Je sais qu'il y a beaucoup de monde qui va se poser la question, ils vont nous dire : "Pourquoi vous n'avez pas laissé le monde voir de quoi il s'agit, comment ça s'est passé?" Finalement, on a pris la décision de partager ces moments avec tout le monde [...].» 
Mohamed Yangui, président du CCIQ
Propos recueillis par Annie Mathieu