La députée péquiste Carole Poirier pose avec des membres de la famille Lawrence.

Ottawa refusant d'intervenir, la famille Lawrence expulsée du Canada

Le gouvernement fédéral ayant refusé d’intervenir, les membres d’une famille srilankaise établie à Montréal seront déportés dimanche soir faute d’avoir été admis au Canada en tant que réfugiés.

Les Lawrence devaient décoller de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau à 17 h 30, mais leur vol a été retardé de quelques heures, selon leur avocat.

Me Stéphane Handfield a confirmé que le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, n’a pas utilisé son pouvoir discrétionnaire pour suspendre leur ordre d’expulsion et qu’il a écrit à la famille pour lui indiquer qu’il ne pouvait pas intervenir dans le dossier.

Cinq ans après leur demande d’asile, les Lawrence sont pourtant présentés comme un modèle d’intégration.

Accompagnés de députés néo-démocrate, solidaire et péquiste, ils ont lancé un cri du coeur, samedi, pour éviter de quitter le pays où ils ont entamé des études, décroché des emplois et même accueilli un nouvel enfant dans leur famille.

Ils ont exhorté le gouvernement canadien à leur accorder un sursis, soulignant que le ministère québécois de l’Immigration leur a accordé des certificats de sélection du Québec pour qu’ils obtiennent la résidence permanente.

Me Handfield se dit surpris de la décision d’Ottawa considérant cette intervention du ministère québécois de l’Immigration.

«J’avais vraiment l’impression qu’Ottawa allait respecter cette décision d’Immigration Québec, a-t-il commenté. Il n’y avait pas d’urgence à exécuter le renvoi aujourd’hui, car la famille travaillait, étudiait et ne représentait pas une menace pour la société canadienne», a ajouté Me Handfield.

Le député fédéral de Rosemont-Petite-Patrie, le néo-démocrate Alexandre Boulerice, a déploré la tournure des événements.

«Le gouv(ernement) de JustinTrudeau a choisi d’ignorer notre appel et la famille Lawrence sera déportée. Les trois enfants sont un exemple d’intégration et de travail acharné. Je suis triste mais j’espère que ce sera un «au revoir»», a-t-il écrit sur son compte Twitter, peu avant le départ probable des Lawrence.

Joint par La Presse canadienne en milieu d’après-midi dimanche, l’attaché de presse du ministre Goodale a refusé de formuler un commentaire sur un dossier particulier.

Menaces de mort

Scott Bardsley a déclaré par courriel que «toute personne dont le renvoi du Canada a été ordonné bénéficie d’un traitement équitable devant la loi».

«Les personnes qui font l’objet d’une mesure de renvoi et qui allèguent un risque de torture ou un risque de traitement cruel ou de châtiment si elles sont renvoyées, peuvent faire une demande relative à l’examen des risques avant renvoi, a-t-il ajouté. S’il est établi qu’une personne est à risque, elle n’est pas renvoyée.»

Or, les Lawrence disent craindre de regagner le Sri Lanka, qu’ils ont fui en 2012.

M. Lawrence est un ancien employé des Nations unies qui devait recueillir les témoignages d’actes de torture, a expliqué Me Handfield. Il avait reçu des menaces de mort à la suite des rapports qu’il devait rédiger, selon l’avocat.

L’organisme de défense des droits de la personne Amnistie internationale demandait également à Ottawa de freiner leur déportation.