La doctorante Andreea Adelina Artenie et la Dre Julie Bruneau

Opioïdes: le traitement de la toxicomanie doit tenir compte des préférences des patients

MONTRÉAL - Les utilisateurs de drogues injectables sont nettement moins susceptibles de s’infecter avec le virus de l’hépatite C (VHC) s’ils considèrent que le traitement qu’ils reçoivent pour leur toxicomanie est adéquat, ont constaté deux chercheuses montréalaises.

L’étude publiée lundi dans le journal de l’Association médicale canadienne par la docteure Julie Bruneau et la doctorante Andreea Adelina Artenie révèle que les personnes qui s’injectent des drogues et suivent un traitement par agonistes opioïdes (TAO) réduisent de plus de la moitié leur risque d’être infectées par le VHC, si le dosage de leur traitement est élevé et si elles perçoivent ce traitement comme adéquat.

«Ceux qui recevaient une dose plus élevée (...) avaient beaucoup moins de risques de contracter l’hépatite C que ceux qui n’avaient pas de traitement, a résumé la docteure Bruneau. Ceux qui avaient une dose moins élevée et qui en plus trouvaient le traitement inadéquat avaient plus de risque de s’infecter que ceux qui ne recevaient pas de traitement.»

Au Canada, environ 250 000 personnes vivent avec le VHC, une infection décrite comme la maladie infectieuse la plus coûteuse au pays. Le nombre de nouvelles infections progresse à un rythme alarmant, notamment chez les personnes qui s’injectent des drogues, un groupe où l’on recense jusqu’à 85 pour cent des nouvelles infections.

Les TAO, telles que la méthadone et la buprénorphine, sont des approches thérapeutiques efficaces pour réduire la consommation d’opioïdes, améliorer l’adhérence au traitement et pour réduire le risque d’infection au VHC. Cependant, les modalités de traitement qui favorisent un effet thérapeutique optimal sur la prévention du VHC demeurent peu connues.

Les deux chercheuses du centre de recherche du CHUM ont suivi entre 2004 et 2017 une cohorte de 513 volontaires qui s’injectent des drogues et qui sont à risque d’être infectés par le VHC. Tous les trois mois, l’équipe de recherche a testé si les volontaires étaient infectés. Elle leur a aussi demandé s’ils suivaient une TAO (oui/non), quel dosage leur était prescrit (faible/élevé) et s’ils estimaient leur traitement adéquat.

«De grandes méta analyses ont démontré, de façon générale, que le traitement avec des agonistes est protecteur au virus de l’hépatite C, a expliqué la docteure Bruneau. On voulait savoir si le fait de recevoir une dose adéquate cliniquement (...) avait un impact sur la prévention du virus de l’hépatite C. On était aussi intéressées à savoir si la perception de la personne quant à savoir si son traitement était adéquat était en cause.»

La rétention en traitement est quelque chose d’extrêmement important dans les programmes agonistes aux opioïdes, a-t-elle rappelé. Tous les effets bénéfiques augmentent avec la rétention au traitement. Mais si le patient estime que son traitement n’est pas bon et s’il se sent jugé par son médecin, il y aura moins de chances qu’il reste en traitement.

Le traitement avec des agonistes aux opioïdes est très clinique, ajoute-t-elle. Contrairement aux médicaments antihypertenseurs, par exemple, où il suffit de prendre la pression du patient pour vérifier l’efficacité du traitement, «avec la méthadone et la buprénorphine, un gros indicateur pour savoir si le traitement est adéquat (...) c’est de savoir si le consommateur se sent confortable, s’il sent que sa dose est suffisante».

«Il n’y a pas de dosage pour ça, a dit Mme Bruneau. Chose certaine, on sait dans la littérature qu’une personne qui reçoit une dose inappropriée ou trop petite de ces médicaments-là, que le traitement est beaucoup moins efficace.»

Même si cela n’a pas été vérifié par cette étude, on peut penser que les utilisateurs qui ne sont pas soulagés et qui ne considèrent donc pas que leur traitement est adéquat seront plus susceptibles d’adopter des comportements à risque, augmentant du fait même leur risque d’infection par le VHC.

«C’est une trouvaille extrêmement intéressante qui permet d’envoyer le message que les personnes qui suivent ces traitements, leurs perceptions, leurs valeurs, leurs préférences, doivent être prises en compte si on veut optimiser l’effet de ces traitements-là, a conclu la docteure Bruneau. Ça va tout à fait dans le sens du ‘‘patient partenaire’’ et le fait qu’on ne peut pas traiter des patients simplement en regardant dans notre livre et en leur prescrivant quelque chose et on pense que ça va fonctionner.»