Dans la nouvelle Stratégie de gestion des ressources humaines du gouvernement du Québec, on souhaite développer le télétravail, la «gestion sans papier» et le «travail collaboratif».

Opération charme à la fonction publique

EXCLUSIF / La fonction publique québécoise veut se faire plus attrayante et plus attractive.

Voilà l’axe central de la Stratégie de gestion des ressources humaines 2018-2023 du gouvernement du Québec, dont Le Soleil a obtenu copie. Les 30 pages du document sont encore pour l’instant estampillées du mot «projet».

«La fonction publique doit se démarquer comme employeur», postule dans un texte d’introduction le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand. Il devrait rendre publique cette stratégie d’ici la fin de la session parlementaire, soit dans moins d’un mois.

Avec quelque 61 500 employés, la fonction publique québécoise est le plus gros employeur au Québec.

Dans ce document, il est question de développer le télétravail, la «gestion sans papier» et le «travail collaboratif».

«Minorités visibles et ethniques»

Le programme d’accès à l’égalité en emploi pour les membres des minorités visibles et ethniques sera renforcé, si l’on en croit ce document. Il comprendra notamment de nouvelles cibles de représentativité, ainsi que des mesures censées favoriser davantage l’intégration des nouveaux arrivants dans l’appareil d’État.

Le document fournit peu de détails à cet égard, mais un interlocuteur du Soleil précise que «la cible de représentativité pour les minorités visibles et ethniques sera doublée pour atteindre 18 % d’ici 2023».

La semaine dernière, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques rapportait que «le taux de personnes se définissant comme provenant d’une communauté culturelle» à l’emploi de la fonction publique québécoise est passé de 2,4 % des effectifs en 2004 à 9,4 % aujourd’hui.

Pour doubler cette proportion, le gouvernement du Québec «travaillera en étroite collaboration avec les organismes d’intégration des immigrants» afin de faire connaître les perspectives d’emplois dans la fonction publique.

Parallèlement, il mènera auprès de ses hauts gestionnaires des opérations de sensibilisation «à l’importance et aux avantages de posséder une fonction publique qui reflète la population québécoise».

À terme, le Conseil du trésor devra produire un «bilan annuel comparatif des résultats obtenus par chacun des ministères et des organismes de l’État par rapport à leurs cibles d’embauche».

La moitié des 41,5 millions $ prévus pour la mise en œuvre de l’ensemble de la stratégie d’ici la fin de l’année 2023 sera consacrée aux actions devant accroître la présence de personnes provenant de la «diversité».

Les cadres: défis multiples

Le gouvernement prévoit qu’au cours des cinq prochaines années, quelque 15 000 postes réguliers seront à pourvoir dans la fonction publique québécoise. Celle-ci fait également face à «une rareté de main-d’œuvre dans certains secteurs d’activité», ainsi qu’à une «perte d’expertise causée par les nombreux départs à la retraite», résume l’interlocuteur du Soleil.

Un volet du document concentre son attention sur la situation des 3200 cadres de la fonction publique, car 23 % d’entre eux pourraient prendre leur retraite d’ici 2022. Dans le cas des «cadres de niveau supérieur», ce pourcentage est plus élevé encore. Il est estimé à 28 %.

«Le défi de la relève est d’autant plus crucial que ces cadres de niveau supérieur jouent un rôle de conseillers stratégiques de première importance auprès des décideurs gouvernementaux. Ils ont également un rôle essentiel à jouer en matière de mobilisation et de gestion de la performance des gestionnaires et des équipes sous leur responsabilité.»

Afin de développer et de transmettre les compétences des cadres, le document propose d’instaurer des «cercles d’excellence» de manière à ce que l’expérience des uns et des autres se diffuse.

Un forum de «gestionnaires d’impact» devrait aussi être mis en place.

Selon la Stratégie de gestion des ressources humaines 2018-2023, la performance de la fonction publique devra de plus être davantage mesurée qu’elle l’est aujourd’hui. «De nouvelles approches renforçant l’encadrement et le suivi quant à l’atteinte des résultats» devront être définies, indique-t-on.

«Le cadre de gestion actuel sera appelé à évoluer pour refléter les meilleures pratiques en matière de gestion de la performance. Ainsi, chaque employée ou employé recevra de manière plus systématique des attentes claires quant aux résultats à obtenir par rapport aux objectifs de son unité administrative, ainsi qu’une rétroaction en continu afin d’apporter les améliorations requises au fur et à mesure.»

Les quelque 61 500 salariés de l’État œuvrent au sein de 20 ministères et d’une soixante d’organismes.

Quelle valeur?

Quelle valeur revêt ce document qui sera dévoilé à quelques semaines des élections? Probablement la même que s’il avait était présenté en début de mandat, pourrait-on dire, car les orientations qu’il contient ne sont pas à proprement parler «politiques».

Elles proviennent beaucoup de la machine elle-même. Sans compter qu’elles s’appuient sur des éléments factuels et qu’elles tendent vers des objectifs que partagent tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale.