Un coin du monde est l'endroit qui a reçu le plus d'exemplaires à Québec du Charlie Hebdo, avec 50, a confié au Soleil le gérant de la librairie, Simon Chamberland.

On s'arrache le Charlie Hebdo à Québec

Jeannine Matte était très émue, vendredi, quand elle a pris possession de son exemplaire de Charlie Hebdo. Première cliente à mettre la main sur l'hebdomadaire à la boutique Un coin du monde, elle a eu une pensée pour l'économiste Bernard Maris, tué dans l'attentat, et avec lequel elle a déjà tenu une conférence à Paris.
<p>Jeannine Matte a été la première cliente à mettre la main sur un exemplaire vendredi matin dans la boutique de l'avenue Cartier. La dame était très émue, ayant côtoyé l'un des hommes abattus, l'économiste Bernard Maris.</p>
<p>Le livreur Jean-Marc Trottier, de Distribution Plante Lemay, n'était pas peu fier de sortir de son camion la livraison tant attendue!</p>
«Je suis touchée», a confié la dame, un sanglot dans la voix, quelques secondes après avoir mis la main sur la convoitée publication.
Mme Matte s'est présentée, comme plusieurs autres clients, tôt vendredi au marchand de journaux Un coin du monde, avenue Cartier. Elle avait été l'une des premières à réserver son exemplaire, au lendemain des attentats terroristes qui ont décimé la rédaction du journal satirique à Paris, le 7 janvier. En tant que pharmacienne, elle avait déjà participé à une conférence à Paris avec l'économiste Bernard Maris, qui a été abattu avec plusieurs membres de la rédaction de Charlie Hebdo. Si elle n'est pas une lectrice assidue de l'hebdomadaire, elle tenait à acheter le premier exemplaire publié après l'attentat. «Je veux défendre les actions» que posent les dessinateurs et les journalistes de Charlie Hebdo, a-t-elle exprimé.
Plusieurs autres clients s'intéressaient au journal. Ils étaient quelque 500 vendredi à avoir mis leur nom sur la liste d'attente. Une douzaine de personnes attendaient devant les portes avant l'ouverture, à 9h. Une affiche avisait les intéressés que tous les exemplaires qu'on attendait avaient déjà trouvé preneur. Certains repartaient la mine basse, d'autres se réjouissaient d'être parmi les chanceux à avoir pensé à réserver. Après l'ouverture, le téléphone ne dérougissait pas.
Le gérant Simon Chamberland reçoit habituellement trois exemplaires de Charlie Hebdo et en vend un. Vendredi, il attendait avec impatience le livreur qui lui apportait la cinquantaine d'exemplaires qu'il avait exceptionnellement commandés. Jean-Marc Trottier, de Distribution Plante Lemay, n'était pas peu fier de sortir de son camion la livraison tant attendue! «Oui, j'ai des Charlie Hebdo», a-t-il lancé aux journalistes. «Ça fait une semaine qu'on travaille là-dessus. En avoir un en main, c'est beaucoup d'émotion», a souri Simon Chamberland lorsque, enfin, les boîtes remplies de journaux lui ont été livrées.
Le gérant est bien sûr en contact avec le fournisseur de Montréal, qui a reçu une «grosse demande» pour des exemplaires supplémentaires. Il soutient avoir rarement vu un tel engouement pour une publication et a bon espoir d'en recevoir de nouveaux exemplaires d'ici une à deux semaines et de pouvoir répondre à la demande des gens qui se sont placés sur la liste d'attente.
Chez les Magazines Lecto, chemin des Quatre-Bourgeois, les commandes affluaient aussi. En matinée, plus de 700 personnes avaient réservé un exemplaire, a-t-on confirmé au Soleil. Le marchand de journaux de Sainte-Foy avait aussi reçu une cinquantaine de Charlie Hebdo qui étaient tous promis à des clients prévoyants.
Au pays, seulement 1500 exemplaires ont été distribués vendredi, dont 1300 au Québec.