Alexandre Bissonnette

«On a créé un monstre»

«Moi aussi je l'ai pointé du doigt. Je l'ai intimidé. On l'a tous fait. On l'a créé, ce monstre-là.»
Nick* n'est pas différent des autres camarades de classe du secondaire d'Alexandre Bissonnette. Il ne se considère pas le pire mais n'est pas blanc comme neige non plus quand venait le temps de s'en prendre à la tête de Turc préférée des élèves de l'école secondaire des Compagnons-de-Cartier.
«Je me ralliais par bout. Comme les autres, je riais quand les autres riaient. Même certains profs se mettaient de la partie», se rappelle-t-il. La vie s'est acharnée sur le jeune Bissonnette puis sur l'homme qu'il est devenu plus tard, affirme Nick.
Attention, son témoignage ne vise pas à excuser ses gestes, précise-t-il. «Loin de là.» Mais il croit que la déferlante de commentaires haineux qu'Alexandre Bissonnette a reçue sur sa page Facebook avant que celle-ci ne soit fermée et tout ce qui circule sur les réseaux sociaux à son sujet a quelque chose d'hypocrite. Surtout lorsque les insultes proviennent d'anciens camarades de classe qui, comme lui, ont contribué à fabriquer «le monstre». 
Au Cégep Garneau, qu'ils ont tous les deux fréquenté, Alexandre Bissonnette a continué à être la cible de moqueries. Nick a ensuite perdu de vue l'auteur de la fusillade de la Grande Mosquée de Québec mais il croit savoir qu'à l'université aussi, il était snobé. 
«J'ai l'impression que c'est un jeune garçon qui a pété les plombs et qui a décidé d'aller tuer son père qui l'a violenté, qui l'a abusé toute sa vie. La seule nuance, c'est que le père, c'est la société», image Nick. Il se souvient aussi qu'au secondaire, Alexandre Bissonnette répliquait à ses agresseurs bien que cela ne faisait bien souvent qu'ajouter de l'huile sur le feu. Dimanche aurait été «sa réplique ultime», croit son ancien camarade de classe. «Il a fait autant de mal en une soirée qu'il en a reçu toute sa vie», laisse tomber le jeune homme. 
«Pourquoi en remettre? Pourquoi continuer à perpétrer les comportements qui ont mené à ça?» questionne Nick au sujet de tout ce qu'il entend et lit sur Alexandre Bissonnette. Selon lui, il est primordial d'avoir une réflexion sur l'impact que peut avoir l'intimidation dans la vie d'une personne. Même si Alexandre Bissonnette est un cas extrême et que la plupart des gens s'en remettent d'avoir été une cible de choix pendant leur enfance, Nick rappelle qu'il n'en faut qu'un pour commettre l'irréparable. Et qu'il faut le prendre au sérieux. 
*Nom fictif